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jeudi 8 juin 2017

Rencontre

Dans le métro à Paris, mais ça pourrait être n’importe où, une jeune femme ivre morte se tient difficilement debout, accrochée à la barre. Elle tangue et menace à tout moment de s’effondrer.  

Le spectacle est difficilement soutenable, et soulève toutes sortes de sentiments pénibles. On aimerait faire quelque chose, aider.  On lui propose de s’asseoir, mais bien qu’elle ait l’air de ne plus s’appartenir, elle décline l’invitation, faisant comprendre que si elle s’asseyait, elle allait s’endormir et manquer son arrêt. 

Sortie du métro. Elle part devant moi, cherchant péniblement à enfiler la bretelle de son sac à dos. Je m’approche pour l’aider à ajuster cette bretelle, elle a un mouvement de recul, puis voyant que je n’avais pas l’intention de lui piquer son sac, elle se détend. Échange de regard, sourire, merci. Et elle repart. Je suis détendue, il n’y a plus de lourdeur. 

Quelque chose s’est passé. Nous nous sommes rencontrées au-delà de la situation, tout simplement, comme deux êtres humains. Ce qu’elle traverse lui appartient, ce que je vis m’appartient. Les aléas de nos existences n’ont aucune incidence sur le fait que nous sommes deux êtres humains et que nous pouvons nous rencontrer. 

Quand nous pratiquons, nous touchons au cœur de la présence et nous rencontrons cette partie de nous-mêmes qui demeure sauve quelles que soient les circonstances que nous vivons. Apprendre à la reconnaître, c’est se donner la possibilité de la reconnaître chez les autres et de se relier au-delà des apparences qui souvent nous égarent et nous maintiennent dans un douloureux sentiment d’impuissance.

Dominique Sauthier
Genève

lundi 29 mai 2017

Variations

Lundi

Je me réveille de très mauvaise humeur.  Mélange de mécontentement envers moi-même, de peur de l’avenir et de contrariété à l’idée de la journée qui m’attend. Je dégage Rosalie le chat de mon coussin.  Je m’assois.  Il fait beau.  L’écheveau de contrariétés pèse sur mon plexus. Il s’élargit pour former un losange entre la gorge, le nombril et la pointe des seins. Un merle chante. Le cerf-volant de contrariétés reste coincé et ne s’envole pas.
Je descends les escaliers.  La lumière vive du soleil m’accueille à travers la fenêtre de la porte d’entrée.

Mardi

Sur le coussin. La petite fille des voisins crie « Maman ! Maman ! ».  Leur chien aboie.  Qu’est ce qu’il est bête ce chien.  Le vent frappe la fenêtre entrouverte.  Une pie passe.  Je n’aime pas les pies.
Bercée par le flux et le reflux du souffle.  Bercée par le doux ressac des pensées.  Soupir.

Mercredi

Je me suis réveillée très en retard.  Pas de coussin ce matin.
Le chauffeur de bus m’a vue au coin de la rue.  Il m’a attendue.  La journée commence bien.

Jeudi

Jeudi de l’Ascension.  Je suis bien dans le jardin, au soleil, en train de bouquiner.  Je me décide enfin à aller méditer.  Je me pose sur le coussin.  Sensation de lourdeur au niveau du plexus qui remonte jusqu’à la gorge qui se serre.  Un sentiment de tristesse m’envahit.  Je cherche un peu le pourquoi de cette tristesse qui apparaît si brusquement. 
Ma mère est décédée il y a tout juste un an.  J’avais oublié.  Je pleure ma maman sur le coussin. Mon chagrin se mêle aux cris d’alerte des parents oiseaux qui ont repéré Rosalie le chat près de l’arbre où sont perchés leurs petits.

Vendredi

Je fais le pont. Ciel bleu.  Le vent fait danser les feuilles des marronniers. Mon bas ventre est pesant. Pesant du poids de mon âge. Assise sur le coussin, mon corps est un morceau de pierre ponce toute grise.
Est-il possible de retrouver la légèreté et la vivacité de l’enfance ?  Comme les petits enfants de mes voisins.  A fond, à fond,  toujours à fond.  Splendeur de l’enfance.

Anne Vignau
Saint-Gratien

mercredi 29 mars 2017

Méditer ou philosopher ?

Hadrien France-Lanord et Fabrice Midal, séminaire Éthique & Méditation.
En 2006, j'ai participé à mon premier séminaire de méditation co-enseigné par... un philosophe! Pas un philosophe qui vous explique que le Bouddhisme n'est pas une religion mais une philosophie, non, un philosophe occidental, qui nous dévoilait le monde Grec, Socrate, Aristote et Platon. Qui nous présentait le panthéon grec et le magnifique ouvrage de Walter Otto Les Dieux de la Grèce

Pour moi qui avais fait des études scientifiques ce fût un choc ! Inscrite là pour apprendre à méditer, j'ai de surcroît découvert comment apprendre à penser. Je ne parle pas tant de penser de manière intellectuelle ou conceptuelle, mais plutôt de voir le monde en ayant conscience du prisme que notre héritage occidental installe dans nos esprits. 

J'ai découvert aussi comment le monde grec a pensé la pure présence, la pleine présence que nous travaillons dans la méditation. Comment la philosophie occidentale établit son rapport à l'espace, au temps, au passé et à l'avenir... Des sujets éminemment passionnants qui m'ouvraient de nouvelles perspectives. 

Découvrir ainsi "mes" racines grecques a permis de m'ancrer plus solidement dans le monde.Être consciente d'où je viens me permet de comprendre où je vais et comment y aller.

Depuis, je ne manque plus aucun de ces séminaires organisés une fois par an. Ils forment un cercle vertueux : étudier la philosophie sur un séminaire de méditation donne de l'ampleur et de la profondeur à notre geste méditatif. Et méditer dispose à une ouverture d'esprit parfaite pour écouter pleinement la parole philosophique.

La philosophie est une manière d’essayer de comprendre comment habiter notre monde. Or cela résonne avec l’invitation de la méditation : trouver sa place sur cette terre et l’habiter pleinement.
Il faut dire que les philosophes que Fabrice Midal invite sont exceptionnels de pédagogie, de simplicité et d'humanité :  la force de ces séminaires est d’être absolument compréhensible par tous, que l’on aime la philosophie ou pas. Non parce que les enseignants vulgarisent le propos et “abaissent le niveau” mais parce que leur seul souci est de parler avec simplicité de notre existence et de ce qui peut nous libérer.

Le prochain séminaire, intitulé Comment habiter le monde en poète ? commence le 10 avril et sera co-enseigné par Fabrice Midal, qui parlera de la culture, et par le philosophe Hadrien France-Lanord. S'il reste des places je ne peux que vous recommander de vous inscrire, c'est une expérience étonnante qui risque de changer votre regard sur le monde.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

samedi 18 mars 2017

Dévorer la moelle des koudous

La perte d’un proche est une épreuve existentielle très profonde. La disparition de mon compagnon a chamboulé ma vie et, étonnamment (ou pas), ce n’est pas seulement cette relation qui est touchée, mais tout ce qui constitue ma vie. 

Par moment, quand on médite, quelque chose s’ouvre, et on ne sait plus rien, tout est ouvert et sans repères.  

Là, quelqu’un est parti, et l’absence a ouvert une brèche.  Plus rien n’est configuré comme avant, tout est ouvert, ce que je suis n’est plus, comme si nous ne pouvions être qu’en étant adossés à d’autres. Et quand un autre qui a de l' importance s’en va, ce que nous sommes s’effondre.  

La tentation, c’est de vite reprendre « tout comme avant », pour ne pas trop ressentir le vent qui balaie toutes les balises sur son passage et laisse sans voix, les mains et la tête vides.  

L’expérience de la pratique m’aide à tenir debout dans ce vent sauvage; c’est douloureux, parfois presqu’insupportable, et pourtant c’est là que la vie se tient, dans cette contrée aride, entière, première,  pas encore domestiquée par les projets et les certitudes.   

Un passage de Thoreau extrait de De la marche, publié en 1862, m’a frappé. Il parle de ce qui nourrit véritablement l’être humain : 
"Les Hottentots  dévorent avec avidité la moelle crue du koudou et d’autres antilopes, tout naturellement. Certains de nos Indiens du Nord mangent la moelle crue du renne polaire ainsi que d’autres parties, y compris la pointe des merrains aussi longue que souple… Ils prennent ce qui sert d’ordinaire à alimenter le feu. C’est sans doute meilleur que le bœuf nourri en étable et le porc d’abattoir pour bâtir un homme. Donnez-moi une nature sauvage qu’aucune civilisation ne peut supporter de regarder, comme si nous vivions de la moelle des koudous dévorées crues. » 

Les épreuves de l'existence nous nourrissent, si on veut bien les laisser nous ébranler. 
Et la méditation, c’est ainsi que je la comprends, n’a rien d’un artifice pour domestiquer la vie et moins souffrir ; elle est  une école pour apprendre à goûter à sa moelle.

Dominique Sauthier
Genève

mercredi 15 mars 2017

D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?

A l’heure où les responsables politiques se déchirent pour des querelles de partis, loin du tumulte, à contre-courant de l’affairement et des démêlés judiciaires dont nous abreuvent les médias, juste s’assoir sur le coussin de méditation est un acte décisif. 

Là, au lieu d’accélérer pour être le premier on ralentit à l’extrême. C’est comme si dans la rue, dans le métro parisien, parmi la foule pressée on se mettait à marcher à tout petits pas. Cela semblerait très étrange alors que tout le monde autour de nous marche à grands pas rapides.
Peut-être pas si étrange que cela si on prêtait attention à cette vieille dame ou à ce vieux monsieur qui avance très lentement, courbé par le poids des ans, rasant les murs pour ne pas être bousculé. 

D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?

D’où nous vient l’idée que la politique est le choix du meilleur système de gestion économique

Nous avons oublié que la politique, qui nous vient de la Grèce antique, c’est le bien vivre ensemble.
La politique commence par la politesse. Lorsque je tiens la porte à une personne, je me mets en retrait pour ouvrir la possibilité du bien vivre ensemble. Lorsque je dis bonjour, c’est un monde qui s’ouvre. 

Sur le coussin de méditation je peux faire les mêmes expériences. Je mets mon affairement en retrait pour laisser quelque chose de neuf apparaître, je dis bonjour à ce qui est, je marche à tout petits pas parmi la foule de mes pensées pressées.

S’assoir sur le coussin de méditation est pour moi l’acte politique par excellence car il ménage la possibilité du bien vivre ensemble.

Xavier Ripoche
Paris

mardi 14 mars 2017

La précision est mère de la douceur.

La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'était en 2005, à l'occasion d'une réunion de préparation d'un week-end de méditation. 

Certains bénévoles s'inquiétaient d'être trop stressés ou trop brusques avec les participants, impressionnés par la tâche qui leur était confiée. Tous n'aspiraient qu'à une chose sans savoir comment faire : être le plus accueillant possible, de la plus grande douceur possible.

Fabrice Midal a répondu alors "la précision est mère de la douceur". 

Cette phrase m'a percutée en plein cœur. Jusque là je savais que je pouvais faire preuve de précision, j'étais même connue pour ça. Mais j'avais peur de ne jamais savoir être douce. 
Qu'il soit ainsi possible de faire le lien entre les deux m'a ouvert une voie que depuis j'explore dans ma vie, dans mon travail, dans ma pratique.

Par exemple j'ai enfin compris qu'il est très important d’aborder la méditation sans se culpabiliser, sans brutalité, sans en faire une obligation de plus. Mais plutôt de la regarder comme une expérience humaine, profonde, fondamentale. 

Pour cela, il est s'agit de bien établir sa pratique, avec précision et douceur. 
C'est pourquoi dans les stages nous passons tant de temps à expliquer en détails la méditation, la posture, le souffle, l'esprit, les émotions...

Et comment habiter son corps avec douceur ?


Ce n'est pas parce que nous restons immobile que nous n’entrons pas en rapport au corps. Au contraire ! Ce rapport est peut-être plus évident à comprendre lorsque l'on bouge, que l'on danse ou que l'on se promène. Et pourtant la méditation est un espace intime et profond de rencontre avec le corps. 

Une rencontre de la plus grande douceur. 

Car cette immobilité nous montre précisément combien nous sommes vivant, elle dévoile un espace rare dans lequel nous pouvons apprécier d’être un être corporel et vivant. Méditer est très physique, c’est une expérience pleine de sensations, qui nous invite à pendre le plus grand soin de ces sensations  la vue, l’ouïe, l’air sur notre peau, les tensions, les douleurs, les battements de notre cœur, notre souffle... 

Ainsi, au fil des ans, la précision que j'aiguise grâce à la méditation m'apprend à accueillir les choses et le monde avec davantage de douceur.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

mercredi 8 mars 2017

L’aspiration, lieu de la discipline véritable

Qu’est-ce qui nous meut, nous fait lever le matin, nous habiller, nous assoir sur le coussin ? 
Notre aspiration. 

C’est un bien grand mot qui recouvre un horizon qui peut sembler trop vaste à saisir, et pourtant …

L’aspiration est ce souffle qui nous traverse et nous élève, ce souffle qui nous fait aspirer au plus grand que nous, ce quelque chose au creux de notre cœur qui nous dit que quelque chose d’absolument bon et sain est possible dans ce monde.

Lorsque nous entrons dans un rapport d’intimité avec notre aspiration, c’est un peu comme si nous tissions l’entièreté de notre existence avec son fil d’or. Au point que lorsque nous dévions de notre route, cela en devient douloureux, voir même insupportable.

Nous revenons alors à ce que dit notre cœur et nous apprenons doucement à cultiver une fidélité par rapport à notre aspiration. Naît alors une discipline qui est tout sauf une nouvelle injonction, une discipline qui nous fait - par exemple - nous assoir sur le coussin, non pas comme un geste d’habitude, mais comme la reconnaissance à neuf de la voie de transformation qu’est la méditation. 

Et ainsi : s’habiller, décorer sa maison, manger, faire les courses, tel dossier… Tous ces gestes quotidiens, souvent perçus comme usant, répétitifs, déprimant deviennent très réels quand ils sont pris dans cette perspective. Nous ne flottons plus d’une chose à l’autre mais celles-ci sont reliées entre elles par le fil de notre aspiration véritable. Cela nous libère de l’automatique, du conditionné, du découragement, de cette lourde fatigue d’être. C’est dire OUI ! à la vie.

La méditation, c’est cet entraînement à revenir à la source de notre aspiration. Nous y goûtons ce que c’est qu’être vivant, réel. Et nous pouvons y revenir, encore et encore. 

Au fond, c’est être fidèle à ce qui était déjà là dans notre cœur, tout simplement.

Marine Manouvrier
Bruxelles

Extrait d’un enseignement du stage Entrer dans la Confiance
février 2017

mardi 7 mars 2017

Respirer

Je suis souvent en train de me battre avec le souffle lorsque je pratique.
  
Je suis là, tranquillement en train de méditer, de ne rien faire, et soudainement le petit train se met en marche : « Il faut que je suive mon souffle, que je l’accompagne.  Mais ça veut dire quoi être un avec le souffle ? Ah oui ! Il faut aussi que je porte une attention un peu plus soutenue sur l’expir… Le souffle se dissou-ou-out… dans l’espaaaaaaace….Pfffff…… » 

Et puis, un jour, j’ai décidé de me foutre la paix avec cette histoire de souffle.  Je me suis retrouvée à respirer, tout simplement.  
Cela a quelque chose de profondément maternel.  Le va et vient de la respiration me rappelle ma grand-mère en train de tricoter.  Le tic tic des aiguilles, ma grand-mère posée et paisible, ne regardant pas les aiguilles. Cela me fait penser au bruit du ressac, au bercement de la chaise dans laquelle on berce son bébé pour l’endormir.

On est présent, on sent la vie qui nous berce. 

Mais… être simplement dans cette présence, ça m’angoisse. Car je sens aussi la fragilité de ce souffle qui peut s’arrêter à tout moment. Et le petit train repart. Et une petite pensée ! Une !  Histoire de recouvrir cette angoisse… 

Et bien oui, c’est comme ça. Accepter ce va et vient des pensées, c’est aussi ça se foutre la paix.

Anne Vignau
Saint-Gratien

samedi 4 mars 2017

Un art de la confiance

Le mois dernier, j’ai eu la chance de participer au tout premier stage sur la Confiance organisé par l’École occidentale de méditation. 

Au fil des jours, nous avons exploré comment la Pleine présence, en nous réaccordant à la vie, ouvre à un sens profond de confiance, comment cette confiance se déploie dans nos vies et comment la dépression ordinaire par exemple, peut se transformer en un sens d’allant brillant et fécond.

Clarisse Gardet et Marine Manouvrier ont déployé d’une manière absolument superbe ce qu’elles ont nommé un art de la confiance ! J’ai trouvé profondément éclairant et aussi très inspirant de nommer ce chemin dans la confiance un art. 

Découvrir qu’il existe un art de la confiance c’est par exemple voir que tout peut être l’occasion de manifester beauté et dignité. Le moindre geste – s’habiller, préparer sa valise, écrire une lettre (ou un mail) – lorsqu’on y porte vraiment attention, peut contribuer à rendre le monde plus beau et peut ouvrir à un sens plus vaste de confiance. 

Tout en pensant à ce que j’avais vécu lors de ces cinq jours de stage particulièrement riche, je suis tombé sur ces merveilleuses lignes de l’écrivain Stefan Zweig dans son autobiographie Le Monde d'hier, souvenirs d'un Européen, où il parle de son ami, le poète Rainer Maria Rilke. 

« Bien que ses ressources fussent des plus modestes, ses vêtements attestaient toujours la perfection du goût, du soin, de la propreté. Ils étaient, eux aussi, un chef-d’œuvre concerné, un chef-d’œuvre composé en vue de n’attirer point l’attention, et cependant toujours avec une note toute personnelle, et encore qu’à peine perceptible, un petit accessoire dont il se charmait en secret, comme par exemple, un mince bracelet d’argent autour du poignet. Car jusque dans les choses les plus intimes et personnelles, il mettait son goût de la perfection et de la symétrie. Un jour, je le regardai faire sa malle à la veille d’un départ – il déclina avec raison mon aide en arguant mon incompétence. C’était comme un travail de mosaïste ; chaque objet était déposé je dirais presque avec tendresse à la place qui lui avait été soigneusement ménagée. J’aurais considéré comme une profanation de déranger par mon aide indiscrète cet assemblage précieux comme une fleur. Et ce sens élémentaire de beauté l’accompagnait jusque dans les détails les plus secondaires ; ce n’est pas seulement ses manuscrits qu’il calligraphiait si soigneusement de sa belle écriture arrondie, que les interlignes semblaient mesurées au mètre pliant ; même pour la lettre la plus insignifiante il choisissait de beau papier, et son écriture régulière, pure et arrondie, allait rigoureusement jusqu’à la marge qu’il réservait. Jamais il ne se permettait un mot raturé, même dans les communications les plus hâtives, mais dès qu’une phrase où expression ne lui paraissait pas avoir toute sa valeur, il récrivait la lettre entière avec sa magnifique patience. Jamais Rilke n’a lâché quelque chose qui ne fut pas absolument achevé. » 

Pour ma part, je trouve que ces lignes résonnent magnifiquement avec cet art de la confiance que l’on découvre grâce à la pratique de la méditation...

Guillaume Vianin
Neuchâtel

mardi 21 février 2017

Ne rien faire. Pourquoi ?

Quel est le lien entre "Foutez-vous la paix" et la pratique de la méditation ? Quelle est la singularité de se foutre paix ?

Est-ce un préalable ? Un pas en arrière puisque la pratique de la méditation est trop dure ? Abandonne-t-on la technique puisque de toutes les manières nous n’y arrivons pas ? Non. C’est avoir la possibilité de placer les choses plus à l’endroit, pour éclairer ainsi la pratique. C’est plutôt un cadeau, qui nous éclaire en disposant comme il faut, mais aussi un cadeau qui pointe la quintessence de la pratique.

Comment ne rien faire, comment se foutre la paix éclaire et nous aide à appréhender ce dont il est question dans la pratique de la méditation ?

Un axe pour le montrer est de voir qu’à travers ce geste, on court-circuite tout projet.  Se foutre la paix, c’est toucher le tout de suite. Le Bonjour du bonjour. Le Maintenant du maintenant. On a rien à faire thématiquement. Ça court-circuite tout projet car il y a toujours le risque d’un « je vais gagner ça » qui persiste (bien caché parfois). C’est céder dès le début, plutôt que grâce à la pratique, en le faisant encore et encore, et par la force des choses quelque chose s’érode et nous fasse céder. Ça nous donne à voir la fraîcheur de l’expérience du présent, la possibilité de commencer à neuf à chaque fois.

Là où l’on pourrait chercher à réussir quelque chose, se foutre la paix nous place d’emblée dans un espace où il est bon de ne rien chercher.

Clément Cornet
Bourg la Reine

lundi 20 février 2017

Lettre de mon moulin

Avez-vous déjà médité dans un moulin ?

Il y a trois semaines, j’ai eu l’occasion de diriger un week-end de méditation dans un moulin. Un vrai moulin, avec de grandes ailes, au milieu d’une splendide campagne, à la frontière de la Bretagne et de l'Anjou, des pays d'Ancenis et de Châteaubriant …


Plusieurs amis de Nantes, d’Angers, de Niort, de la Mayenne s’étaient réunis pour organiser ce rendez-vous dédié à la pratique de la méditation.

Estelle, notre hôtesse, avait transformé la salle à manger en salle de pratique. Mireille avait imaginé les repas de galettes
goûteuses et salades fraîches. Elles avaient tout mis en œuvre pour nous recevoir de la meilleure manière qui soit et nous permettre d’explorer ensemble les trois pratiques de méditation transmises dans l’École.

Le moulin n’était pas en reste : planté là depuis quelques siècles, solide, accueillant, il nous offrait un cadre idéal pour nous poser. Quelle chance de pouvoir juste s’asseoir dans un lieu authentique, ayant une âme et qui vous montre qu’habiter le monde est possible !

Édifié au XVII ème siècle puis agrandi en 1850, le Moulin du Bel Air est flanqué d’une belle minoterie en 1922 puis d’un magasin à farine en 1935. Avec l’avènement des minoteries industrielles, le moulin est laissé à l’abandon pour être repris et entièrement restauré par le père d’Estelle en 1972.

Écouter Estelle parler de « son » moulin est magique. On sent l’amour qu’elle a pour cette bâtisse avec laquelle elle a tissé une profonde intimité durant son enfance, et puis on sent aussi toute la tendresse qu’elle a pour sa famille, ses grands-parents qui ont œuvré ici-même, son amour pour ce pays qui est resté un « vrai » pays.



Cette atmosphère de bienveillance simple, humaine, naturelle a coloré notre week-end. 

Les 18 personnes rassemblées là ont senti à quel point être réellement quelque part et méditer ensemble est bon, profondément bon.

Comment habiter son corps. Découvrir le souffle. L’agilité de l’esprit. S’ouvrir aux perceptions sensorielles et retrouver la bonté du quotidien. Comprendre l’articulation entre la Pleine présence, la Confiance et l’Amour bienveillant *… tel était le programme que nous avons travaillé ensemble pour célébrer  la réussite de ces premiers groupes régionaux de l’École occidentale de méditation.

En rentrant à Paris je me sentais légère, emplie d’une joie simple, celle d’une enfant ayant pu jouer dans un vrai moulin le temps d’un week-end, celle d’une adulte retrouvant le goût des autres, de la nature, du vent et de la pluie.


* ces enseignements sont des extraits des modules transmis lors des stages de découverte de la méditation organisés par l'École occidentale de méditation.
 
Marie-Laurence Cattoire
Paris

dimanche 29 janvier 2017

L'attente de la neige

Dans l’Autriche de mon enfance le climat continental rythmait la vie. 

Les quatre saisons étaient nettement distinctes et les passages de l’une à l’autre d’une grande régularité. Chacune déterminait notre vie si fondamentalement.
L’attente de la neige par exemple - je me rappelle les nombreux matins où j’essayais de deviner une éventuelle chute de neige aux sons venant du dehors avant de tirer les rideaux,  parfois  ce fut la déception, parfois la grande joie. 

Puis la fonte des glaces au printemps et cette odeur incomparable de la terre trempée d’eau.

Puis il y avait aussi la fenêtre à laquelle ma grand-mère s’accoudait des après-midi entiers pour voir des gens passer, les interpeller ou simplement imaginer où ils allaient et ce qu’ils allaient faire. La fenêtre est toujours là, inchangée mais il n’y a plus rien à voir.
Les gens ne passent plus, plus que des voitures.

Ces sensations, ces images de mon passé lointain, la pratique de la méditation me les restitue parfois avec une fraîcheur étonnante. Je les reçois comme un cadeau. Elles arrivent comme des couches de roche ou des plaques de glace qui se détachent.

Si je ne prenais pas le temps de m’asseoir, très probablement,  je ne saurais pas à quel point tout cela est vivant en moi.

Et cet effet que peut avoir la méditation me fait penser au conte du Liezi, Faire venir le printemps à l’aide d’une cithare, que cite Alexis Lavis dans son très beau livre L’espace de la pensée chinoise  dont voici un extrait :

"… Shi Wen ne dit pas un mot et se contenta de sortir sa cithare. Il pinça alors une seule corde et le temps changea brusquement. Nous étions au printemps et, soudain, le vent d’automne se leva et les fruits mûrirent. Il pinça une autre corde et le soleil livra ses rayons d’août et le vert fatigué par l’été gagna toute la région. Enfin, il pinça une dernière corde : le vent du printemps souffla, les fleurs envahirent la plaine et les arbres…"  


Elisabeth Larivière
Paris

vendredi 27 janvier 2017

Un enfant est pleine attention à tout ce qui l’entoure

 « Un bébé montre le même intérêt fondamental envers tout. Si vous l’observez, vous noterez qu’il apprécie constamment sa vie. Nous autres adultes sommes presque toujours prisonniers de nos idées préconçues. Nous ne sommes pas complètement libres du monde objectif parce que nous ne sommes pas un avec celui-ci. » Shunryu Susuki, Libre de soi, libre de tout.

Pratiquer la méditation c’est retrouver cet état d’esprit de l’enfance où tout est appréciable et digne d’intérêt. 

Je suis en général assez organisé dans ma vie. Je parviens à anticiper beaucoup de tâches. Il y a quelques années quand je travaillais comme responsable de  production en usine c’était une part importante de mon travail que d’anticiper les problèmes techniques ou humains ; tel équipement ou tel matériau qu’il fallait approvisionner, prévoir les congés du personnel, les besoins en assistance technique, la maintenance des équipements, la formation et l’information du personnel. Je devais penser à tout et le moindre détail pouvait avoir des conséquences sur la fabrication, la qualité des produits et la satisfaction des clients. 

Cette capacité à organiser les choses est précieuse, mais il y a un côté enfermant ; je me sens parfois comme un super-ordinateur faisant du traitement multi tâches et j’oublie le monde autour de moi. 

C’est enfermant parce je ne vois pas l’entièreté de la situation qui est réduite à des considérations au fond techniques. 

Un petit enfant n’a pas la capacité d’organisation et d’anticipation d’un adulte. Il faut qu’on le prenne par la main et qu’on s’occupe de lui. En revanche, s’il ne calcule pas, s’il n’est pas capable d’anticiper, il est pleine attention à tout ce qui l’entoure, il s’émerveille de tout et n’enferme pas ce qu’il voit dans des concepts. 

En ce sens, être auprès d’enfants nous rappelle cet état d’esprit libre que nous avons connu. C’est aussi ce que nous retrouvons en pratiquant la méditation. Sur le coussin on peut s’autoriser à être comme un bébé ouvert à tout. On peut pour un temps laisser de côté notre agenda, nos préoccupations et les concepts qui nous éloignent de la vie. 

Cette expérience peut alors nous permettre de voir les situations concrètes de la vie de tous les jours de manière plus ouverte et plus entière.

Xavier Ripoche
Paris

mercredi 7 décembre 2016

Se regarder le nombril

Quand, au cours d'une discussion, je dis à mes amis que je médite, il arrive parfois que certains me répondent : « ah bon... tu as le temps de te regarder le nombril ?... ». 

Voilà bien une idée fausse - et très répandue - sur la méditation, celle qu’il s’agirait d’un exercice d’introspection.

La méditation n’invite pas à se centrer sur soi-même, mais plutôt à retrouver son centre. 

La posture de méditation dans son entièreté nous dit comment retrouver un axe, un centre à partir duquel notre intelligence, notre singularité, notre bonté, notre beauté peuvent se déployer. 

Elle nous invite à nous ouvrir, par la délicatesse et la vivacité des perceptions sensorielles, au lieu de nous replier en décortiquant nos ressentis.

Il ne s’agit pas de trouver qui nous sommes en cherchant à l’intérieur de nous de manière analytique ou psychologique, mais de nous ouvrir, avec détente et attention, à notre manière d’être au monde, à notre manière de faire, puis à notre vérité propre.

En illustration, l’Escargot en papier découpé de Matisse, photographié à la Tate Modern de Londres.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

mardi 6 décembre 2016

La dimension bienveillante de la Pleine présence

« Dans la pratique de la Pleine présence, nous laissons être ce qui nous concerne. Si une douleur est là, lancinante, plutôt que d’essayer de s’en débarrasser, le geste est de la laisser prendre sa place. 
Pas toute la place, mais sa place, dans l’ensemble de la situation, sans nous couper de toutes nos sensations, des autres et du monde »

 


Un petit extrait de l’enseignement 
« la dimension bienveillante de la Pleine présence » donné par Clarisse Gardet à Bruxelles dimanche 4 décembre dernier

mercredi 16 novembre 2016

Prendre soin de ses blessures

Nous avons tous très peur d’avoir mal, d’avoir trop mal, ou d’être trop inquiet, trop triste, trop seul, trop stressé…

Nous avons parfois si peur que nous ne rencontrons aucunement ce qui nous arrive. 

Nous faisons tout pour l’éviter, pour nous éloigner de ces douleurs ou de ces peines, pour les noyer…

Premier réflexe : fuir devant la peine…

Grâce à l’entrainement que nous offre la méditation, nous apprenons à devenir un peu plus courageux : la méditation nous invite à accueillir ce qui est, comme c’est, sans bouger, sans chercher à faire quoi que ce soit, mais en regardant avec précision et douceur.

Alors au lieu de rester juste un inconfort flou, une douleur irréelle, une inquiétude sourde mais même pas nommée, nous apprenons à entrer en relation avec nos peurs, nos incertitudes, nos malheurs. 

Et du fait même de les reconnaître nous pouvons commencer à en prendre soin, à les accueillir au lieu de les fuir, à les bercer au lieu de les ignorer.

Car ignorer ce qui nous arrive ne marche jamais ! Nous sommes toujours rattrapés par la réalité.

Refuser le réel est toxique.

En conclusion, une citation de l'écrivain humaniste Romain Rolland, tirée de son livre La vie de Michel-Ange, 1907.
« Il n’y a qu‘un seul héroïsme au monde : c’est de voir le monde tel qu’il est, et de l’aimer. »

Cet article est extrait de l'enseignement donné le jeudi 10 novembre 2016 dans le cadre des soirées dédiées à l'Amour bienveillant et offertes aux membres amis de l'École.

Marie-Laurence Cattoire
Paris


vendredi 21 octobre 2016

La vertu des stages

Notre École a donné fin septembre son tout premier stage d’Amour bienveillant. Nous étions 40 réunis dans la jolie campagne normande d’Aubry-le-Panthou pour découvrir et approfondir un ensemble de pratiques précieuses et essentielles et pour retrouver un lien à notre cœur, à nos proches et au monde. 

Voici quelques témoignages touchants qui reflètent l’atmosphère très particulière aussi bien que le travail de fond que nous avons partagés :

    « Une plongée dans de l’océan du cœur » Jean-Marc
    « Un travail de pionniers » Annette
    « Il y a une telle précision dans les réponses à chacune des questions que nous nous posons quand nous abordons ces pratiques » Nell
    « J’ai l’impression d’avoir trouvé le chemin de mon cœur » Laure
    « Je sens une grande gratitude en recevant toutes ces pratiques… La manière de les présenter est tellement simple et lumineuse » Boris
    « Le cadre affectueux de l’École me permet de faire l’expérience de la Bienveillance malgré les difficultés. Et mon lien aux autres s’en trouve renforcé. » Valérie

Les conditions étaient idéales pour donner naissance à cette grande première et chacune, chacun peut témoigner d’une expérience importante. 


Les pratiques d’Amour bienveillant recèlent de grandes possibilités de transformation et sont la voie royale pour entrer en amitié avec soi. La bienveillance est au cœur de tous les enseignements transmis dans l'École. Pourquoi ? Peut-être parce ce qu'elle sauvera le monde de la brutalité ordinaire dans laquelle il s'engouffre chaque jour un peu plus... 
Qui n'a pas rêvé enfant ou adolescent de "sauver le monde" ? 
Et si l'on pouvait commencer par soi, par entrer en amitié avec soi, par prendre soin de ceux qui nous entourent qu'ils soient amis ou étrangers ?

La bienveillance est également au cœur  de la Pleine présence telle qu'elle est apprise dans l'École. "Bienveillance et Pleine présence sont les deux ailes du même oiseau" aime à rappeler Fabrice Midal.

Cette délicatesse, ce soin avec lequel nous pouvons aborder la pratique, voilà où réside la bienveillance, toujours accessible pour peu qu'on lui donne droit.

Marie-Laurence Cattoire
Paris 

Pour en savoir plus sur les stages organisés par l'École occidentale de méditation

jeudi 20 octobre 2016

Une étrange plénitude

Lisant hier la dernière Newsletter de l'Ecole consacrée à la pleine présence, ce qualificatif de pleine m'a arrêté. La présence on sait ce que c'est : être – ni plus ni moins – à soi et au monde.
 
On sait aussi la présence des choses (quand elles sont des choses justement et non des objets). Et combien tout ce qui abrite la vie est d'autant plus présent – les plantes, les animaux, les hommes.
 
Mais pour le promeneur, combien étrange sur son chemin la variable qualité de cette présence. Une lumière vient frapper obliquement un vase bien ordinaire – et celui-ci se met à embraser la pièce entière. Un chat se dresse par la pointe des oreilles vers un bruit insolite – le voici doublement lui-même.
 
N'est-ce pas cela aussi que suggère ce mot de pleine appliqué à la présence : qu'il en existe divers degrés – de la quasi évanescence au parfait déploiement de l'être. Les humains arpentent particulièrement cette gamme. Parfois tellement effacés qu'on les dirait comme doués d'absence – si peu eux-mêmes – et par là si loin des autres. D'autres fois si pleins de vie – habités presque à notre insu par une densité qui nous échappe et coule d'elle-même comme une rivière dans le pays. 

Étrange encore comme les pays abritent la présence. Je pense bien sûr à ce massif des Bauges, jadis traversé, et où se déroule le prochain stage de novembre. Me reviennent sous les pas les pierriers sifflant de vipères au pied de ses hautes falaises. Les trésors sonores véhiculés par ses torrents jusqu'aux grands lacs de silence qui bordent ses remparts. C'est dans son mystère qu'une montagne vous garde. Celui-ci est un mystère à ciel ouvert. Sa clef (s'il m'est ici permis de révéler un secret) est dans ses nuages. Nuages au fond des lacs – et de là à l'assaut des pentes vers les cols – pour gagner leurs célestes champs.
 
C'est peut-être cela qui fait du promeneur un méditant : cet accord au pays, révélant combien se travaille la plénitude de la présence. S'asseoir comme une montagne, goûter la vie comme elle se présente et apprendre à la laisser rayonner.
 
Étrange enfin que nous puissions, par la méditation, cultiver ensemble cette assise, comme nous y invite ces stages. En quelques jours, donner droit à cette commune présence – comme si la méditation, abritée le reste du temps dans la pratique de chacun, soudainement découverte au grand jour, pouvait se déployer entièrement dans ce partage.

Yves Dallavalle
Chapendu

vendredi 14 octobre 2016

Un dimanche à Bruxelles

C’est baigné du soleil de l’automne bruxellois que nous avons ce dimanche dernier exploré les Bases de la Méditation en un Jour.
Marie-Laurence Cattoire nous a promené au travers des 6 points de la posture et a allègrement tranché dans les grands idées fausses les plus répandues à propos de la méditation. 
Après avoir goûté la richesse de la vie en nous en nous appuyant sur le souffle, ce sont quelques fruits de la méditation que j’ai eu la joie de déployer l’après-midi.
Nous avons aussi médité en évoquant des images comme manière d’entrer plus précisément en rapport à l’immobilité et Marie-Laurence et moi avons donné quelques pistes pour poursuivre le travail, chez soi et au sein de l’École occidentale de méditation.

Le tout accompagné des sourires, des questions et de la chaleur de tous les participants. 

Comment passer un plus beau dimanche ?

Marine Manouvrier
Bruxelles


Pour plus d'information sur l'École occidentale de méditation à Bruxelles c'est ici.

samedi 1 octobre 2016

Un "ne rien faire" qui n'est pas rien !

La méditation est mangée à toutes les sauces depuis quelques années et il est de plus en plus difficile d’en retrouver le goût initial derrière toutes ces manières de l’accommoder. La méditation comme : méthode pour se calmer, pour mieux dormir, pour gérer nos émotions, pour augmenter les ondes gamma de notre cerveau, pour mieux aimer, pour être heureux, pour diminuer son stress, pour essayer le dernier truc à la mode, pour supporter ses enfants, son boulot, ses voisins, son chien, … Bref ! Dans cette société où seules les choses qui ont une utilité ont de la valeur, ce n’est au fond pas si étonnant que cette pratique soit présentée ainsi.

Pourtant, ce qu’il faudrait essayer de voir c’est que si toutes ces choses peuvent être le fruit de la méditation, jamais ces fruits ne mûriront si nous nous asseyons sur un coussin avec ceux-ci comme objectif. Y aller par là, c'est tout prendre à l'envers ! Si ces fruits peuvent un jour éclore, c’est bien parce que nous aurons - à un moment donné de notre existence - choisi de poser un geste qui fait effraction dans le cours habituel de nos habitudes et ce geste c’est s’asseoir. Pour rien !

Pratiquer la méditation, c’est se donner de l’espace et se mettre dans une disposition d’esprit, d'être même, dans laquelle nous sommes ouverts entièrement à ce qui n’a pas de prix. Un temps d’arrêt, où rien ne s’arrête, et où tout se reconfigure.

Je me fais ce cadeau de m’asseoir sur terre et de me rappeler que je suis un être corporel. Je me tiens assise et droite et je reste dans cette posture, je m’y tiens. A chaque fois, c’est nouveau. Parfois je m’ennuie comme un rat mort, parfois je me sens prise dans étau de feu, parfois c’est la grâce, parfois je dors, parfois je touche le cœur de mon être, … jamais ce n’est pareil et c’est à l’être animé par la vie auquel je me relie en méditant. Et ce n’est pas rien !

Et oui, les bourgeons de la pratique fleurissent progressivement, je suis plus courageuse et plus confiante, je me relie plus authentiquement aux autres, j’ai moins peur de toutes ces émotions qui me traversent, je suis plus patiente, je sais que tout est mouvement, plus bienveillante aussi, … Autant de choses intangibles, sans valeur commerciale, qui arrivent au gré de l’expérience, au gré du cœur que l’on y met. Et ce n’est pas rien !

Marine Manouvrier, 
extrait de l'enseignement à Bruxelles du mercredi 28/09/2016