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mercredi 7 juin 2017

Les experts...

Les experts sont des personnes qui sont censées avoir acquis une longue expérience dans une profession ou un domaine particulier et qui ont de ce fait des connaissances approfondies pratiques ou théoriques.

Aujourd’hui il y a des experts sur tout. Dès que se produit une catastrophe on fait appel à eux pour expliquer le pourquoi et le comment de l’événement. On les entend tous les jours à la radio se prononcer sur tel ou tel problème. Ils nous rassurent en nous donnant l’impression qu’ils savent de quoi ils parlent, qu’ils ont compris la situation et qu’ils connaissent la solution. Ils nous laissent à penser que l’avenir peut être plus prévisible, plus assuré. 

Que ferions-nous sans eux ?

De fait lorsqu’on pratique la méditation on est l’antipode de l’expert. On ne sait rien d’avance, on ne cherche pas à comprendre un problème. On ne cherche pas à trouver une solution; on reste plutôt dans la question ouverte.

C’est là précisément la véritable expérience qui nous permet d’entrer pleinement au cœur d’une situation; une expérience chaque fois nouvelle, une expérience nue, déstabilisante parfois, qui n’a pas besoin pour être de bibliothèques de références passées ; une expérience qui ne comptabilise pas, ne capitalise pas, qui ne fait pas de nous des experts mais qui nous laisse la fraîcheur de ce que le maître zen Shunryu Susuki appelait « l’esprit du débutant ».

Xavier Ripoche
Paris

dimanche 2 octobre 2016

Courgette !

Source photo : French Vocabulary Illustrated
Shunryu Suzuki, sans aucun doute le plus racé des maîtres de méditation zen de son temps – souple et vif comme un félin dans sa pensée d'une douceur incomparable – disait :
un esprit éveillé est un esprit vide et prêt. 
On sent le chat prêt à bondir. 
On voit aussi ce qu'il entend par l'esprit du débutant – cette joie curieuse qui nous prend au premier cours de danse, à la première conversation.
Cette ignorance ravie de faire connaissance. Cette soif d'apprendre qui nous pousse en
riant dans l'erreur – parce qu'elle se préoccupe moins du résultat que de la découverte.
Comme ces enfants de 8 à 10 ans qui, en classe, lèvent encore le doigt même s'ils ne savent pas réponse. Quand la maîtresse les interroge – les voilà bouche bée : leur doigt pointé ne visait que le plaisir de chercher.

L'autre jour à l'école, il y avait une charade pour ouvrir la matinée.

mon premier fait miaou
mon second est sous la vache
mon troisième n'est pas tard
mon tout fait le cirque

Interrogés par la maîtresse, plusieurs élèves déjà avaient vainement tenté de résoudre l'énigme. Quand vint le tour d'Hamza (Hamza lève souvent le doigt) il s'écria d'un ton convaincu :
Courgette !
Ne me demandez pas comment il en était arrivé là – lui-même ne le savait pas – mais la réponse très assurément résidait là : courgette !
La classe éclata naturellement de rire – ce qui élargit encore le grand sourire d'Hamza.

En plus de cette fraîcheur enfantine si réjouissante, je crois que nous étions tous frappés de la puissance poétique de cette réponse. Un court instant – entre ce mot de courgette et les rires – nos esprits à tous s'étaient arrêtés. Peut-être est-ce cela qui avait déclenché nos plus beaux éclats de joie : cette effraction de non-sens qui, vidant nos esprits, les préparait au rire – comme le coussin nous prépare à la surprise du moment.
Les rires se turent, Hamza souriait encore. Ses yeux disaient que certainement à la prochaine question, il lèverait à nouveau le doigt – en attendant que la réponse vienne – ou pas.

Yves Dallavalle
Chapendu

samedi 30 janvier 2016

La philosophie du thé

Il y a peu, j’ai découvert un court ouvrage écrit en 1906 par le japonais Okakura Kakuzô. Lettré japonais persuadé de la valeur universelle de la cérémonie du thé, Okakura lui consacre un traité en forme de manifeste à l’intention du public occidental. Il invite ainsi les Américains et les Européens à découvrir un raffinement japonais qui dépasse largement la tradition et se présente plutôt comme un enseignement de vie.

Une phrase en particulier, qui apparaît dès le début de l’ouvrage, a retenu mon attention :

« La cérémonie du thé est essentiellement le culte de l’Imparfait, puisqu’elle est un effort pour accomplir quelque chose de possible dans cette chose impossible que nous savons être la vie. »

Alors que l’on pourrait penser que la cérémonie du thé est la recherche d’une forme de perfection, Okakura nous parle du « culte de l’imparfait ». Un accueil de l’imparfait, une ouverture à l’imperfection, à l’inévitable dissonance propre au cheminement humain.
En réalisant une action possible, (c’est-à-dire une action qui ait un début, un déroulement et une fin que nous pouvons décider) au sein de notre vie impossible (à savoir dont nous ne pouvons pas maîtriser la durée) nous nous mettons en rapport à nos limites, ce qui est au fond très sain.

De la même manière, quand nous pratiquons la méditation, peut-être aspirons-nous à apprivoiser l’imparfait : nous faisons l’effort d’accomplir quelque chose de possible, une session circonscrite dans le temps, accessible à tous… au sein de cette chose impossible et non saisissable qu’est la vie.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

Référence du livre : Okakura Kakuzô, Le Livre du thé, Picquier Poche.

Pour s’initier à la cérémonie du thé, plusieurs lieux proposent des sessions à Paris et en région. Notamment L’école du thé organisée par le Palais des Thés