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samedi 22 juillet 2017

L’homme qui ne voulait pas changer le monde mais affirmer ce qui est !

Lors d’une de ses dernières causeries consacrées, les mercredis soir de la saison 2016/17, au rapport que nous entretenons (ou non) avec notre corps, Fabrice Midal, parlant ce soir-là du sens que nous pouvons donner à ce que signifie « être touché », évoqua l’exposition consacrée du 26 avril au 14 août 2017, au photographe américain Walker Evans, au Centre Pompidou. 

Je ne connaissais pas du tout ce photographe, mais l’enthousiasme avec lequel Fabrice évoqua ce soir-là son travail me donna envie d’aller voir l’exposition, bien que j’en aie appris l’existence quelques jours avant de quitter Paris pour les vacances d’été, puisque j’avais écouté la causerie en différé, plusieurs semaines après sa première diffusion en direct. Je me rendis donc à Beaubourg un samedi soir, deux heures avant la fermeture. Les salles étaient presque vides.

Fabrice avait conseillé de ne pas lire les légendes des photos. Mais je compris vite que l’artiste était notamment connu comme le photographe des années 30, témoin de la grande crise qui toucha alors les États-Unis. Au cours de l’exposition, on peut effectivement voir des portraits de paysans, de mineurs, d’enfants des rues, et l’on sent la précarité de leur condition... De là à faire de Walker Evans une sorte de super photographe journalistique, soucieux de dénoncer les malheurs et les injustices de son pays, il n’y a qu’un pas… Pourtant, à la fin de l’exposition, est proposé un film documentaire où l’on entend le photographe démentir formellement la volonté de se mettre au service de quelque cause que ce soit, et même refuser d’être embrigadé à des fins de « propagande ». « Je ne voulais pas changer le monde », précise Evans, mais « affirmer ce qui est »

Mais ce qui apparaît alors rétrospectivement ( puisqu’on voit le documentaire à la fin de l’exposition et donc, après avoir contemplé les photographies ), c’est qu’en « affirmant ce qui est », précisément tout change ! Affirmer ce qui est, c’est déjà changer les choses. C’est changer les choses ! En l’occurrence, de quelle noble manière. Pas le moindre pathos dans ces photographies, mais une délicatesse, un tact infinis pour nous montrer les visages noircis, sans doute par le charbon, de ces mineurs condamnés à mourir trop tôt à la tâche, la tombe d’un enfant, réduite à un petit monticule de terre à peine visible et, devine-t-on, bientôt définitivement aplani : l’enfant a-t-il même existé ? Justesse du regard pour dire parfois la violence à l’état pur, sans la moindre emphase. Rien à ajouter pour montrer cette violence que d’affirmer, en l’occurrence en image, ce qui est.
Les visages de ces cultivateurs, de ces mineurs, de ces propriétaires terriens, de ces enfants, montrés comme ils sont, frappent, toutes classes sociales confondues, par leur magnifique dignité. En photographiant ces travailleurs, ces hommes et ces femmes généralement modestes et de provenances diverses, Evans les porte à existence, non pas en les présentant dans des circonstances exceptionnelles, mais en affirmant leur présence ordinaire et en faisant ainsi apparaître leur humanité profonde.

J’ai été frappée, dans une série de portraits sans doute pris dans le métro, par celui d’une jeune fille, dont, après de longues minutes de contemplation, j’ai fini par me dire qu’elle devait être porteuse de ce qu’on appelle aujourd’hui une « trisomie 21 ». Mais le portrait est d’autant plus remarquable qu’il faut en effet un certain temps, pour apercevoir ce « handicap ». L’on voit d’abord un regard qui vous regarde. Une innocence qui vous voit. Bref, un être humain et pas du tout une « personne handicapée ». Non parce que le photographe aurait choisi le « meilleur angle » pour que la particularité de cette jeune fille soit aussi peu apparent que possible. Quand j’ai brusquement compris que cette jeune fille était très probablement porteuse d’un « handicap mental », j’ai justement été frappée par le fait que, ne dissimulant rien de cette caractéristique, Evans avait réussi à faire en sorte que l’humanité de la jeune fille supplante ce qu’on nommerait, avec tant d’indélicatesse, sa « déficience ». 

La chose est d’autant plus impressionnante que la photographie date du début du XXème siècle, où sévissaient les théories raciales les plus délétères. On parle encore aujourd’hui dans les pays anglo-saxons du syndrome de Down, qui avait identifié cette singularité, mais on oublie que ce médecin était un théoricien du racisme, qui avait imaginé que, ce que l’on sait être à présent un désordre chromosomique correspondait à la reviviscence, au sein de la race blanche, de formes archaïques de l’humanité. En France, on parlait, pour les mêmes raisons, de « mongoliens » et l’expression est loin d’avoir complètement disparu. Elle n’était évidemment élogieuse ni pour les Mongols auxquels elle faisait allusion ni pour les « mongoliens », pris dans le même mouvement de radicale déconsidération où la personne est réduite à un manque.

Si j’ai été particulièrement saisie par ce portrait, c’est sans doute que, comme certains le savent peut-être, j’ai écrit, voici quelques années : Handicap, pour une révolution du regard. Et bien ici, cette révolution est accomplie : on ne voit plus le handicap, mais seulement la personne qui a, entre autres caractéristiques, celle de vivre avec une trisomie 21. Il faudrait, pour accomplir la révolution dont je rêvais, être capable de dire en mots, de faire en comportement, ce que Evans fait en image… Et ce qui vaut pour le portrait de cette jeune fille, vaut pour celui de toutes les autres personnes photographiées, « affirmées », aurais-je envie de dire, pour employer ses propres mots, par Evans. Montrées comme ils sont, sans effets de camouflage ou de transformation, les êtres humains apparaissent… comme tels. Affirmés, les femmes et les hommes photographiés par Evans le sont éminemment, tant leur présence nous saute aux yeux ! 

Appliqué aux êtres humains affirmer ce qui est, c’est-à-dire affirmer ceux qui sont, c’est leur rendre leur dignité, leur magnifique présence. Autrement dit, plus radical que le projet de changer les choses, il y aurait la possibilité d’y « parvenir » en les affirmant. Walker Evans ne voulait pas changer le monde mais il révolutionne notre regard. 

L’on comprend évidemment pourquoi Fabrice Midal évoqua le travail de ce photographe pour essayer de « définir » ce que signifie être touché, qu’il tint à distinguer de ce que l’on appelle « l’émotion ». Ici, pas de séisme émotionnel en effet, même si plusieurs photographies font venir les larmes aux yeux, mais le sentiment d’être en rapport entier avec les femmes et les hommes que nous sommes invités à rencontrer. 

De fait, nous sommes d’autant plus touchés que se produit ce que Roland Barthes, dans La chambre claire, le beau livre qu’il a consacré à la photographie, dit des photos lorsqu’elles sont des chefs d’œuvre : la présence de ceux qui nous regardent est à la mesure de leur absence, souvent définitive. Ils sont devant nos yeux, mais ils ne sont plus là. Nous les savons disparus. Même lorsque les modèles sont encore vivants, ils ne sont plus comme ils « sont » sur la photographie. À plus forte raison est-ce le cas, quand nous voyons quelqu’un qui n’est plus. De même, dans les photos d’Evans, les portraits sont saisissants de présence par le fait même que les personnes qui nous regardent s’en sont allées. Qu’ils aient été pourtant une fois, ce jour-là, face au regard du photographe, nous apparaît comme irrévocable.

À tous égards nous sommes donc bien touchés…et comme grandis par l’apparition de l’humanité partagée avec tous ceux qui, à travers ces magnifiques portraits, nous dévisagent, et ce faisant, nous rendent notre propre visage. 
   

Danielle Moyse
Chenevières

samedi 24 juin 2017

"S’accorder au rythme de la vie"

Impression V - Kandinsky
C’est pleine de joie que je reviens du stage Confiance enseigné avec tendresse et courage par Marie-Laurence Cattoire et Yves Dallavalle.

Parmi les trésors offerts avec tant de générosité pendant ces journées riches et intenses,  quelques perles vont briller encore longtemps. 

L’une d’entre elle brille en ce moment d’un éclat plus soutenu, elle parle du rythme de la vie

« S’accorder au rythme de la vie" est une phrase déjà entendue, une de ces phrases qu’on aime bien garder dans son coffre à trésors où ses mots évocateurs ouvrent sur une promesse. 

Qu’est-ce au juste, le rythme de la vie ?  

Avec précision et acuité, Marie-Laurence a donné de la chair à cette phrase un peu nébuleuse quand on reste dans la fascination qu’elle exerce, fascination pour un rythme qu’on imagine celui de la ronde des sphères célestes, rêvé et gardé par paresse dans une confortable inaccessibilité. 

En réalité, « S’accorder au rythme de la vie » c’est beau et simple comme bonjour. C’est juste coïncider exactement, précisément,  avec ce qui se passe à chaque instant, coïncider avec chacune des manifestations de la vie ici maintenant, sans le moindre écart. Danse rapprochée. Un avion  passe, un avion passe. Un rais de soleil, un rais de soleil. Une douleur, une douleur. Une inquiétude, une inquiétude. Un serrement de coeur, un serrement de coeur. 

Coïncider exactement avec le ballet des multiples manifestations de la vie, suivre leur apparition et leur disparition, leur durée ou leur soudaineté, leur densité ou leur légèreté,  la façon dont elles se répondent ou s’entrechoquent, leur intensité ou leur ténuité. Grâce à notre corps ouvert sur le monde par tous nos sens,  nous sommes déjà accordés au rythme de la vie, nous sommes déjà dans la danse. La méditation nous offre le luxe de nous laisser porter par le mouvement de cette danse et d’apprécier ces moments où « s’accorder au rythme de la vie » prennent chair et deviennent réalité.

Merci Marie-Laurence de nous avoir montré ce beau chemin de la confiance !

Dominique Sauthier
Genève

mercredi 24 mai 2017

S’ajuster à ce qui est

Un mercredi matin.  
Je me pose sur le coussin.
De retour d’un séjour au Québec, un peu cassée par le décalage horaire. 

Je reprends le travail aujourd’hui, des urgences m’attendent.

Je suis surprise.  Je pensais voir le stress - à l’idée de ce qui m’attend - affluer à la surface mais en fait le fond de mon esprit est calme.

Voilà quelque chose qui ne cesse de m’étonner.  On est occupé par sa vie, les choses à faire, on a l’impression d’être comme ceci ou comme cela.  D’aller plutôt pas mal, ou très bien, ou très moyen.

Puis, lorsqu’on se pose sur le coussin, c’est quelque chose d’autre qui apparaît.  On avait l’impression d’aller plutôt pas mal, normal quoi, et un sentiment de tristesse remonte à la surface sur le coussin. Ou alors c’est l’inverse, on avait l’impression d’être énervé et la séance sur le coussin fait apparaître un état d’esprit neutre.

J’aime bien dire que la pratique de la méditation est un rendez-vous avec soi-même.  
L’espace de quelques instants, notre être s’ajuste à ce qu’il est à ce moment même. Ajusté comme lorsque l’on met une veste.  On met la veste, puis on tire un peu sur les manches, sur le revers, on hausse les épaules.  Petits gestes de rien du tout qui permettent à la veste de bien tomber, d’être bien portée.

Quelques instants sur le coussin et on s’ajuste à soi-même. Ce n’est rien du tout mais cela change tout. A partir du moment où l’on est d’équerre, peu importe si l’équerre est triste ou joyeuse ce jour là, tout est à sa juste place, comme dans un mandala.

« Le mandala nous montre l’image d’une unité entière qui inclut les différences et les tensions d’une manière harmonieuse. Il répond à un projet visant à éveiller l’être humain à son propre secret (…) L’entièreté (…) est le caractère de ce à quoi rien ne manque pour être. Une plénitude vivante, ouverte et chaleureuse. »  

Anne Vignau
Saint-Gratien

samedi 22 avril 2017

La Révolution concrète

"Être abstrait, c'est perdre le rapport avec ce que c'est que de se tenir debout".


Cette citation de Fabrice Midal est plutôt abyssale : quand sentons-nous réellement ce que c’est que de nous tenir debout?
Quand sommes-nous le trait d’union entre la terre et le ciel qui se font face ?

Cette citation questionne directement ce que c’est que le concret. 

A y regarder de plus près, nous naviguons entre les généralités affligeantes répétées à l'envie, l’uniformisation de tout qui nous empêche d’avoir rapport réel à rien et dans un monde où le mot éthique ne signifie plus qu’un compendium de règles à suivre.

Alors qu’est-ce que le concret dans nos vies ? Peut-être que pour ma part c’est laisser tomber le convenu, l’attendu, pour se mettre à l’écoute de ce qui se passe, là, maintenant. Interroger toujours à neuf le rapport que j’ai aux autres, aux choses, au monde et écouter comment cela parle concrètement en moi, au-delà des discours habituels ou des idées préconçues.

Et quand cela parle, tout devient plus dense, plus incarné, je ne me sens plus comme un ectoplasme qui flotte dans son existence. Un espace d’habitation s’ouvre, au sein duquel je peux me tenir debout avec dignité et dont je peux prendre la responsabilité.
Et dans votre vie, le concret, c’est quoi ?

Marine Manouvrier
Bruxelles

mardi 18 avril 2017

Ciel

En relisant mes notes du séminaire « Habiter le monde en poète » je vois certains mots écrits à la hâte pendant les enseignements que je n’arrive plus à relire. Il y a des phrases incomplètes, il y a des points de suspension. 

Même si le séminaire est terminé depuis deux jours, le travail continue à se faire. C’est un travail plus intérieur, une sorte de décantation. Certaines choses sont bien présentes, d’autres  un peu effacées. A la présence vivante et fulgurante des enseignants et des participants succède le silence et le retrait.
 
Ce qui est clair c’est que je ne regarderai plus le ciel comme avant. J’ai lu dans mes notes : 

« le ciel est la course arquée du soleil, il rythme l’habitation des hommes. Chaque dimension est en mouvement, fixe une temporalité, détermine une intensité. Le ciel nous plonge dans la profondeur bleuissante ». 

Puis au sujet de Monet : « Monet passe de la peinture des ciels à la peinture qui devient ciel ».
 
Alors ce matin je suis allé voir les Nimphéas au musée de l’Orangerie et j’ai vu la profondeur du bleu, j’ai vu l’eau et le ciel indifférenciés. J’ai vu l’abîme du ciel.

Même si les mots s’effacent, le ciel vaste est bien là et sa « bleuité adorable » colore ma pratique de la méditation.

Xavier Ripoche
Paris

samedi 15 avril 2017

Pour l'amitié, pour la grâce.

Un matin.   

Chacun fait son nid de chaise ou de coussin.  On dépose autour de soi le cahier de notes, la photocopie du texte de Martin Heidegger, le stylo pour les notes, le crayon à papier pour annoter le texte. Son sac sur le côté, près du voisin, à la frontière du nid. La veste de l’autre côté. La bouteille d’eau où l’on peut. Des chaussettes de toutes les couleurs, des châles sur certains genoux.

Ça papote malgré Marine, gardienne du temps hiératique, qui attend, le gong à la main.
Les bruissements de voix se calment.  Les trois coups de gong résonnent.
Nous méditons, tous réunis dans le silence.  Il fait chaud. Un coup de gong.

Tous les jours.  Hadrien et Fabrice s’installent tour à tour à la table posée sur l’estrade couverte d’un tapis rouge.

Ils sont dire et monstration :
Posez-vous devant un tableau, mettez-vous à l’écoute de la parole, à l’écoute de la musique du monde.  Tout être humain peut le faire, il suffit de se mettre au travail.

Lecture d’un poème d’Henri Michaux.

La culture, c’est apprendre à être un être humain.

L’homme vit dans la Dimension, entre le ciel et la terre.  Une mesure nous est octroyée et nous avons à la déployer.  On ne comprend pas tout mais c’est ça la Dichtung, proche parente de la poésie et de la philosophie.

Et Hadrien et Fabrice nous montrent et nous remontrent.   Regardez comment toutes les touches de peinture chez Cézanne sont en rapport.  Regardez ce tableau de Poussin, la courbe de la rivière.  Et Matisse, comment tout bouge et vous inclut. 

Lecture d’un autre poème de Michaux.  Quand on aime on ne compte pas.

Et puis il y a Anna qui danse avec son violon. La musique de Bach nous traverse.  Mon voisin pleure.

Posez-vous devant un tableau, cela prend du temps de voir.  Ecoutez.  Mettez-vous au travail.

Allez voir Pelléas et Mélisande dans la mise en scène de Bob Wilson, Le sacre du printemps de Pina Bausch.  Agone de Balanchine. La sculpture de Caro à La Défense, After Olympia.

Se mettre à l’écoute du monde, prendre la place qui nous est octroyée.  Nous mortels, avec cette mort comme limite qui nous ouvre tous les possibles. Martin appelle ça horizon.

Poème.  De… Henri Michaux. Cela va de soi.   La voix de George Oppen, autre poète.  Américain celui-là.

Il suffit de travailler.  Mettez-vous au travail. On est paresseux parce qu’on ne se fout pas la paix.  Si on se fout la paix on est là. Quand on travaille ça donne.

Se déployer à sa juste mesure.

Hadrien, Fabrice, Fabrice, Hadrien. Regardez, écoutez.  Soyez.

Demain Hadrien va nous parler du Ciel et de l’Inconnu.

Fabrice-Hadrien.  Hadrien-Fabrice. Pourquoi ce séminaire ?

Pour être le « là ».  Pour être un trait d’union.  Pour rien.

Pour l’amitié. Pour la Grâce.

Merci.

Anne Vignau
Dinard



Il restera dans nos cœurs comme un temple grec

Je retrouve aujourd’hui la magie que j’ai connue dès le premier séminaire auquel j’ai assisté dans l’école. 

Il y a magie parce qu’il y a monde, c’est-à-dire un espace où on peut habiter ensemble. 

Notre séminaire déploie ses modulations sous le ciel de Bretagne.  

Une parole y est transmise qui nous élève et nous réjouit; parole philosophique, parole poétique. Nous avons entendu que l’être à la possibilité de se déployer dans l’horizon de la finitude humaine, entre ciel et terre, entre naissance et mort, dans la parole. 

Le violon d’Anna Gockel, exemplaire, lui aussi parle, danse, enseigne et sa voix résonne sublimement dans cet espace.

Bientôt ce sera la fin mais il restera dans nos cœurs comme un temple grec, magnifique sous le soleil.

Xavier Ripoche
Dinard

lundi 10 avril 2017

Habiter le monde en poète

Aujourd'hui 10 avril, nous sommes 112 à nous être réunis pour essayer de travailler et comprendre ensemble comment habiter le monde en poète... 

Le séminaire a démarré de manière "fracassante" avec Fabrice Midal qui nous a lu un poème de Henri Michaux Portrait des Meidosems (si vous voulez le lire ou le relire, je vous recommande de le faire à voix haute ou - encore mieux - de vous le faire lire, c'est une étonnante expérience). 

Ce très long poème nous a d'emblée embarqués dans une expérience profonde d'écoute : 
un poème incroyablement concret, réel, qui balaie toutes les idées reçues sur la poésie qui essaieraient de la réduire à un divertissement esthétique...


Puis Hadrien France-Lanord a donné son premier enseignement : son propos est de nous faire voir en quoi la poésie fait apparaître les choses, dévoile la réalité, montre la vérité. De quelle manière la poésie donne lieu à l'existence en nous disposant à une ouverture au monde.

"Rien ne vous interdit d'entendre les mots qui peuplent notre monde" 



Cette belle phrase d'Hadrien France-Lanord est une invitation à écouter pour de bon durant cette semaine qui s'ouvre à nous, sous un soleil radieux, en Bretagne.

Marie-Laurence Cattoire
Dinard

mercredi 5 avril 2017

Nous pouvons arrêter de faire comme si le présent n'existait pas.

Hier j'étais interrogée par un jeune étudiant en école de commerce qui rédige un mémoire sur la méditation. Il voulait savoir ce que cette pratique m'apportait en tant que manager. J'ai d'abord pris la précaution de lui dire que c'est en tant qu'être humain que la méditation m'aidait. Depuis treize ans, elle colore tous les aspects de ma vie. Elle a changé mon rapport aux enfants, à mon conjoint, au travail, à mes parents, aux autres, au monde... 

Mais en premier lieu, elle m'a fait découvrir qu'il existait quelque chose de tout à fait réel, disponible, tangible, concret : le présent ! 

La pratique régulière m'a entraînée à distinguer les moments où j'étais présente de ceux où j'étais ailleurs, plongée dans une rêverie, prisonnière d'une rumination ou encore tout simplement perdue dans une suite de pensées diverses qui m'emmenaient bien loin de mon corps. 
Pendant la méditation nous goûtons le contraste entre ces deux manières de faire : la prise de tête ou la présence corporelle... Sans cesse, nous oscillons de l'une à l'autre. Quand nous réalisons que nous sommes "partis" ailleurs que là où nous sommes, nous revenons, avec beaucoup de douceur mais délibérément, au moment présent.

Ce n'est pas si facile car parfois le présent peut-être très ennuyeux. Et les pensées semblent beaucoup plus intéressantes que l'immobilité silencieuse que nous adoptons pour quelques minutes. 
Et pourtant, tout est là, dans ce moment présent. 

Notre vie est entièrement là, offerte dans ce souffle qui nous anime, dans ce corps riche de mille perceptions sensorielles, dans cet espace qui nous entoure. 
Et même s'il ne se passe rien, il se passe tant de choses...

Chögyam Trungpa a dit " L'ignorance, c'est faire comme si le présent n'existait pas."*

Nous avons tellement tendance à faire comme si le présent n'existait pas. 
Et avant de découvrir la méditation, j'avais beaucoup de mal à reconnaître cela. J'étais tiraillée entre une intuition, qui me disait que le présent pouvait être précieux, et une injonction forte à devoir "être partout à la fois" par exemple. Ou encore, j'étais tiraillée entre le sentiment que la réalité pouvait être toute simple mais qu'avoir une vie "intellectuelle" riche et complexe était fondamentale....
Or ce que dit Chögyam Trungpa c'est que la pure intelligence réside dans le fait de reconnaître le présent, de le voir, d'entrer en relation directe avec la réalité.

Nous pouvons arrêter de faire comme si le présent n'existait pas.
À partir de là, peuvent se déployer une véritable écoute de l'autre, une véritable intelligence de la situation, une véritable humanité, celle qui permet de danser avec la vie.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

*in Le sourire du courage, Pocket, 2012.

mercredi 29 mars 2017

Méditer ou philosopher ?

Hadrien France-Lanord et Fabrice Midal, séminaire Éthique & Méditation.
En 2006, j'ai participé à mon premier séminaire de méditation co-enseigné par... un philosophe! Pas un philosophe qui vous explique que le Bouddhisme n'est pas une religion mais une philosophie, non, un philosophe occidental, qui nous dévoilait le monde Grec, Socrate, Aristote et Platon. Qui nous présentait le panthéon grec et le magnifique ouvrage de Walter Otto Les Dieux de la Grèce

Pour moi qui avais fait des études scientifiques ce fût un choc ! Inscrite là pour apprendre à méditer, j'ai de surcroît découvert comment apprendre à penser. Je ne parle pas tant de penser de manière intellectuelle ou conceptuelle, mais plutôt de voir le monde en ayant conscience du prisme que notre héritage occidental installe dans nos esprits. 

J'ai découvert aussi comment le monde grec a pensé la pure présence, la pleine présence que nous travaillons dans la méditation. Comment la philosophie occidentale établit son rapport à l'espace, au temps, au passé et à l'avenir... Des sujets éminemment passionnants qui m'ouvraient de nouvelles perspectives. 

Découvrir ainsi "mes" racines grecques a permis de m'ancrer plus solidement dans le monde.Être consciente d'où je viens me permet de comprendre où je vais et comment y aller.

Depuis, je ne manque plus aucun de ces séminaires organisés une fois par an. Ils forment un cercle vertueux : étudier la philosophie sur un séminaire de méditation donne de l'ampleur et de la profondeur à notre geste méditatif. Et méditer dispose à une ouverture d'esprit parfaite pour écouter pleinement la parole philosophique.

La philosophie est une manière d’essayer de comprendre comment habiter notre monde. Or cela résonne avec l’invitation de la méditation : trouver sa place sur cette terre et l’habiter pleinement.
Il faut dire que les philosophes que Fabrice Midal invite sont exceptionnels de pédagogie, de simplicité et d'humanité :  la force de ces séminaires est d’être absolument compréhensible par tous, que l’on aime la philosophie ou pas. Non parce que les enseignants vulgarisent le propos et “abaissent le niveau” mais parce que leur seul souci est de parler avec simplicité de notre existence et de ce qui peut nous libérer.

Le prochain séminaire, intitulé Comment habiter le monde en poète ? commence le 10 avril et sera co-enseigné par Fabrice Midal, qui parlera de la culture, et par le philosophe Hadrien France-Lanord. S'il reste des places je ne peux que vous recommander de vous inscrire, c'est une expérience étonnante qui risque de changer votre regard sur le monde.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

vendredi 17 mars 2017

Le courage c’est avoir du cœur

Il n’est pas besoin de suivre un cours en 10 leçons pour avoir du courage. Vous en avez fait l’épreuve, déjà, en pratiquant la méditation. Il y a quelque chose d’héroïque dans la pratique de la méditation : oser ne rien faire et examiner sur le champ ce qui survient. Avoir le courage de regarder ce qui est et ne pas éviter l’expérience, et puis  la laisser pour ce qu’elle est.

Courage est un mot qui fait un peu peur car il est souvent utilisé pour des actes qui sont grandioses, extraordinaires, ou à propos de personnalités hors du commun. Cela impressionne beaucoup mais en fait ce n’est pas cela, pas cela du tout.

Le courage n’est pas une bravoure ou une témérité aveugle, le courage c’est avoir du cœur. Nous ne l’entendons plus si bien en français mais le coeurage c’est être à l’écoute intime de ce que le cœur dit. C’est avoir le cœur réveillé.

Le pratiquant s’entraîne ainsi à ne pas porter d’armure, à ne pas se protéger des autres et du monde. Il y est de plain-pied, dans le monde. Et en œuvrant avec courage, il éveille le courage par où il passe. C’est tout simple, lorsque nous rencontrons quelqu’un de très courageux, cela éveille le courage en nous, n’avez-vous pas vous aussi fait un jour cette expérience?

Apprendre à explorer ses peurs et ses doutes, c’est apprendre à ne pas se couper d’une part de notre humanité. Pour notre temps, celui des marchands d’illusions où les garants de la vérité s’effondrent et où la peur de la peur monte les hommes contre les hommes, il est essentiel d’apprendre à ne plus avoir peur de l’entièreté de notre expérience.

Marine Manouvrier
Bruxelles

NB cet enseignement est extrait des Stages de Confiance organisés par l'École. Pour en savoir plus.

mercredi 15 mars 2017

D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?

A l’heure où les responsables politiques se déchirent pour des querelles de partis, loin du tumulte, à contre-courant de l’affairement et des démêlés judiciaires dont nous abreuvent les médias, juste s’assoir sur le coussin de méditation est un acte décisif. 

Là, au lieu d’accélérer pour être le premier on ralentit à l’extrême. C’est comme si dans la rue, dans le métro parisien, parmi la foule pressée on se mettait à marcher à tout petits pas. Cela semblerait très étrange alors que tout le monde autour de nous marche à grands pas rapides.
Peut-être pas si étrange que cela si on prêtait attention à cette vieille dame ou à ce vieux monsieur qui avance très lentement, courbé par le poids des ans, rasant les murs pour ne pas être bousculé. 

D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?

D’où nous vient l’idée que la politique est le choix du meilleur système de gestion économique

Nous avons oublié que la politique, qui nous vient de la Grèce antique, c’est le bien vivre ensemble.
La politique commence par la politesse. Lorsque je tiens la porte à une personne, je me mets en retrait pour ouvrir la possibilité du bien vivre ensemble. Lorsque je dis bonjour, c’est un monde qui s’ouvre. 

Sur le coussin de méditation je peux faire les mêmes expériences. Je mets mon affairement en retrait pour laisser quelque chose de neuf apparaître, je dis bonjour à ce qui est, je marche à tout petits pas parmi la foule de mes pensées pressées.

S’assoir sur le coussin de méditation est pour moi l’acte politique par excellence car il ménage la possibilité du bien vivre ensemble.

Xavier Ripoche
Paris

jeudi 23 février 2017

Ne rien faire. Comment ?

Comment Foutez-vous la paix nous éclaire sur la pratique de la méditation ?
Se foutre la paix, nous place dans un espace où toute la confusion est accueillie. Se foutre la paix teinte la pratique d’une certaine manière : nous apprenons à être comme on est, à partir de là où nous sommes. Cela met en avant que la situation du présent qu’elle quelle soit est beaucoup plus riche que tout ce qu’on peut penser. Riche parce que toute la confusion (que l’on aurait tendance à vouloir écarter afin de bien pratiquer) fait en soit que c’est vivant. C’est le terreau de la richesse de l’expérience. Accepter un certain chaos devient salutaire, en étant partie prenant de la vie.

Là où l’on aurait tendance à écarter certaines choses afin de bien pratiquer, en attendant que les conditions soient un jour toutes absolument réunies et meilleures, on fait le geste inverse.

Se foutre la paix, nous aide en enlevant toutes les idées que l’on a : on le fait sans histoire, et sans suivre aucune histoire. On simplifie, par un rapport direct puisqu’on ne fait rien. On met plus volontiers toutes les histoires de côté, toute la pression qu’on surajoute à toutes nos bonnes intentions dans la pratique. La pression de réussite, de vouloir que ça soit comme ça ou comme ça. On le fait.

Et enfin, se foutre la paix, c’est partir d’emblée du fait que ça se fait. Qu’est-ce qui se fait ? On déplace le centre d’activité, on laisse la vie être en nous, on la laisse nous être en vie. Le sens de l’action n’est plus un geste volontaire orienté vers ce que je vais obtenir mais un geste de découvrement, d’ouverture. On se débarrasse de ce qui nous encombre et nous devenons d’avantage nous-même. Se foutre la paix donne la possibilité d’un accord plus direct avec le monde, puisque faire devient laisser être vivant par l’attente,  laisser être vivant par le souffle de la vie. Nous sommes complètement décentrés pour être remis au centre.

Se foutre la paix, plutôt qu’un retour en arrière pour nous aider à passer un cap difficile de la pratique de la méditation que nous peinons à comprendre, par sa radicalité nous plonge au cœur du plus ténu et du plus crucial de la pratique. Nous sommes d’emblée baignés dans les fruits de l’esprit de la pratique qui nous offre la possibilité de nous libérer.

Merci Fabrice Midal.


Clément Cornet
Bourg la Reine

lundi 20 février 2017

Lettre de mon moulin

Avez-vous déjà médité dans un moulin ?

Il y a trois semaines, j’ai eu l’occasion de diriger un week-end de méditation dans un moulin. Un vrai moulin, avec de grandes ailes, au milieu d’une splendide campagne, à la frontière de la Bretagne et de l'Anjou, des pays d'Ancenis et de Châteaubriant …


Plusieurs amis de Nantes, d’Angers, de Niort, de la Mayenne s’étaient réunis pour organiser ce rendez-vous dédié à la pratique de la méditation.

Estelle, notre hôtesse, avait transformé la salle à manger en salle de pratique. Mireille avait imaginé les repas de galettes
goûteuses et salades fraîches. Elles avaient tout mis en œuvre pour nous recevoir de la meilleure manière qui soit et nous permettre d’explorer ensemble les trois pratiques de méditation transmises dans l’École.

Le moulin n’était pas en reste : planté là depuis quelques siècles, solide, accueillant, il nous offrait un cadre idéal pour nous poser. Quelle chance de pouvoir juste s’asseoir dans un lieu authentique, ayant une âme et qui vous montre qu’habiter le monde est possible !

Édifié au XVII ème siècle puis agrandi en 1850, le Moulin du Bel Air est flanqué d’une belle minoterie en 1922 puis d’un magasin à farine en 1935. Avec l’avènement des minoteries industrielles, le moulin est laissé à l’abandon pour être repris et entièrement restauré par le père d’Estelle en 1972.

Écouter Estelle parler de « son » moulin est magique. On sent l’amour qu’elle a pour cette bâtisse avec laquelle elle a tissé une profonde intimité durant son enfance, et puis on sent aussi toute la tendresse qu’elle a pour sa famille, ses grands-parents qui ont œuvré ici-même, son amour pour ce pays qui est resté un « vrai » pays.



Cette atmosphère de bienveillance simple, humaine, naturelle a coloré notre week-end. 

Les 18 personnes rassemblées là ont senti à quel point être réellement quelque part et méditer ensemble est bon, profondément bon.

Comment habiter son corps. Découvrir le souffle. L’agilité de l’esprit. S’ouvrir aux perceptions sensorielles et retrouver la bonté du quotidien. Comprendre l’articulation entre la Pleine présence, la Confiance et l’Amour bienveillant *… tel était le programme que nous avons travaillé ensemble pour célébrer  la réussite de ces premiers groupes régionaux de l’École occidentale de méditation.

En rentrant à Paris je me sentais légère, emplie d’une joie simple, celle d’une enfant ayant pu jouer dans un vrai moulin le temps d’un week-end, celle d’une adulte retrouvant le goût des autres, de la nature, du vent et de la pluie.


* ces enseignements sont des extraits des modules transmis lors des stages de découverte de la méditation organisés par l'École occidentale de méditation.
 
Marie-Laurence Cattoire
Paris

dimanche 1 janvier 2017

La concentration ? Mais non, l'attention !


Je remarque souvent les fruits de la méditation quand je me promène dans la nature. L’attention aux détails, sans rien perdre de la qualité de l’ensemble de la situation, me surprend.


Tout ce qui croise mon regard a une saveur particulière. J’ai terminé hier le livre de Willy Ronis, Ce jour-là, qui reprend une série de ses plus belles photos et je me dis que la qualité de l’attention du photographe est formidable. D’emblée, il voit les liens entre les choses, les rapports qui font qu’il y a harmonie. Il y a quelque chose de cela dans les promenades post-méditatives.


Alors quand j’entends dire que la méditation améliore la concentration, je m’interroge car  lorsque nous sommes concentrés sur un travail, tout ce qui n’est pas lui disparaît. C’est un processus de focalisation qui est à l’œuvre, le monde alentour est gommé.

Rien de tout cela dans la pratique de la méditation, tout du contraire même : la pratique de la pleine présence rend le lien entre le réel et nous beaucoup plus amplement vivant.


Et, pour le plaisir, cette photo tirée du livre avec cet enfant attentif au tableau.
 
Marine Manouvrier
Bruxelles

samedi 10 décembre 2016

N'ayons plus peur


Jeudi dernier, l'École occidentale de méditation recevait Thupten Jinpa pour son unique intervention en France. 

Auteur d'une dizaine d'ouvrages dont le tout récent "N'ayons plus peur - Oser la compassion peut transformer nos vies" Thupten Jinpa est chercheur à l'institut de neurosciences de l'université de Stanford (aujourd'hui la plus réputée aux États-Unis devant Harvard) ; il est également l'interprète officiel du Dalaï Lama pour l'Amérique du Nord. 

Plus de 200 personnes étaient réunies pour écouter cet homme au parcours étonnant : élevé dans la tradition tibétaine et nommé très jeune responsable d'un monastère en Inde, Jinpa a quitté sa robe de moine à 38 ans pour fonder une famille et enseigner la méditation en Occident. 

Son livre retrace rapidement son parcours et explique en détail en quoi la compassion est, non pas un rêve inatteignable, mais un mouvement aussi naturel pour l'homme que celui de la colère ou de la jalousie ! La compassion est propre à l'humanité et il suffirait juste de lui laisser prendre sa place pour qu'elle devienne une force de transformation puissante et non violente.
L'objectif de son livre, écrit-il, est de 
"redéfinir la compassion pour montrer que nous pouvons tous la comprendre, et la repositionner dans nos vies et notre société comme une chose que nous voulons - et pas juste une chose que nous devons - mettre en application. J'espère ramener la compassion du rôle d'idéal à celui de force active dans la confusion de la vie quotidienne."
et encore
"Ne pourrait-on pas imaginer que la compassion ne soit plus un secret du bonheur, mais une valeur reconnue, un principe organisateur de la société et une force motrice du changement ?"

Pour reconnaître et développer cette compassion native, Tunpten Jinpa propose de nombreux exercices et des pratiques dédiées qui ont donné naissance à un cursus enseigné avec succès à Stanford.
"Notre but n'est pas simplement de nous intéresser à la compassion comme à une valeur humaine essentielle ou d'accroître notre empathie envers les autres. Il s'agit plutôt de proposer une pratique systématique destinée à en faire le principe fondamental régissant tous les aspects de notre existence, depuis la façon dont nous nous voyons nous-même et interagissons avec autrui jusqu'à l'éducation de nos enfants et notre engagement dans le monde." 
Autre atout remarquable de l'approche de Tupten Jinpa, c'est qu'il nous montre précisément qu'apprendre à ouvrir peu à peu notre cœur fait grandir notre courage. "Partout les gens qui avant m'étaient étrangers, sont devenus réels pour moi" témoigne l'un de ses étudiants.

Cette invitation à oser la compassion est plus que jamais d'une brûlante actualité.

Merci à notre amie Anne Fischler pour le remarquable travail de traduction qu'elle a mené en direct pour permettre à toutes et à tous de ne pas perdre "une miette" de cette passionnante conférence !

Marie-Laurence Cattoire
Paris

vendredi 21 octobre 2016

La vertu des stages

Notre École a donné fin septembre son tout premier stage d’Amour bienveillant. Nous étions 40 réunis dans la jolie campagne normande d’Aubry-le-Panthou pour découvrir et approfondir un ensemble de pratiques précieuses et essentielles et pour retrouver un lien à notre cœur, à nos proches et au monde. 

Voici quelques témoignages touchants qui reflètent l’atmosphère très particulière aussi bien que le travail de fond que nous avons partagés :

    « Une plongée dans de l’océan du cœur » Jean-Marc
    « Un travail de pionniers » Annette
    « Il y a une telle précision dans les réponses à chacune des questions que nous nous posons quand nous abordons ces pratiques » Nell
    « J’ai l’impression d’avoir trouvé le chemin de mon cœur » Laure
    « Je sens une grande gratitude en recevant toutes ces pratiques… La manière de les présenter est tellement simple et lumineuse » Boris
    « Le cadre affectueux de l’École me permet de faire l’expérience de la Bienveillance malgré les difficultés. Et mon lien aux autres s’en trouve renforcé. » Valérie

Les conditions étaient idéales pour donner naissance à cette grande première et chacune, chacun peut témoigner d’une expérience importante. 


Les pratiques d’Amour bienveillant recèlent de grandes possibilités de transformation et sont la voie royale pour entrer en amitié avec soi. La bienveillance est au cœur de tous les enseignements transmis dans l'École. Pourquoi ? Peut-être parce ce qu'elle sauvera le monde de la brutalité ordinaire dans laquelle il s'engouffre chaque jour un peu plus... 
Qui n'a pas rêvé enfant ou adolescent de "sauver le monde" ? 
Et si l'on pouvait commencer par soi, par entrer en amitié avec soi, par prendre soin de ceux qui nous entourent qu'ils soient amis ou étrangers ?

La bienveillance est également au cœur  de la Pleine présence telle qu'elle est apprise dans l'École. "Bienveillance et Pleine présence sont les deux ailes du même oiseau" aime à rappeler Fabrice Midal.

Cette délicatesse, ce soin avec lequel nous pouvons aborder la pratique, voilà où réside la bienveillance, toujours accessible pour peu qu'on lui donne droit.

Marie-Laurence Cattoire
Paris 

Pour en savoir plus sur les stages organisés par l'École occidentale de méditation

jeudi 13 octobre 2016

Retrouver le goût d'attendre

8h15, Paris, France.
J'attends mon bus à l'arrêt des Gobelins. 
Le panneau d'information affiche 8 minutes d'attente. 
Que faire ?
Sortir mon i-phone pour regarder les mails arrivés dans la nuit ? 
Mettre mon casque pour écouter de la musique ? 
Feuilletez le quotidien gratuit du jour ?

Et si je suivais plutôt cette belle invitation de François Roustang : attendre, savoir attendre...

8 minutes de pure attente, à ne rien faire, à me disposer au monde qui m'entoure.

Alors je sens la présence des gens autour de moi, la douceur d'un été indien sur Paris, un éclat dans le ciel - le soleil sur la carlingue d'un avion - le bruit si particulier des voitures mêlé à celui des terrasses de café déjà bondées d'hommes d'affaires autour de leur café du matin...

Et puis je réalise que je suis agitée, pressée d'arriver au bureau comme si la distance qui m'en séparait pouvait être abolie. Et pourtant le voyage fait partie du chemin non ?
Je laisse passer cette agitation pour goûter le moment, dans sa fraîcheur et sa nouveauté d'aujourd'hui ; ce n'est pas le même matin qu'hier. Il n'a pas la même tonalité, pas la même couleur, pas la même température. 

La méditation m'a appris à savoir attendre et à découvrir que cette attente pouvait être un cadeau, un temps offert au lieu d'un temps perdu. Quelques précieuses minutes où je peux profondément me détendre et apprécier le fait d'être vivante
Et le plus incroyable est que cela est possible à chaque moment de la vie.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

mercredi 20 juillet 2016

Oser sans détenir de certitudes

Par l’intermédiaire de l’école occidentale de méditation, j’ai pu apprivoiser les mots de certains poètes et compris qu’ils avaient quelque chose à nous dire sur comment se positionner comme un chevalier dans notre monde moderne.

René Char est l’un d’entre eux. 

Par ses textes et par la façon dont il incarnait sa poésie dans sa vie concrète, il a montré un chemin pour s’engager entièrement dans son existence.

Dans les Feuillets d’Hypnos il parle d’un être tenu par « la résistance d’un humaniste conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver l’inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils et décidé à payer le prix pour cela »

Il s’agit, selon lui, de payer le prix de la lucidité, « la blessure la plus rapprochée du soleil ».

René Char a su soutenir cette blessure et comme le précise Fabrice Midal, elle nous engage à accepter l’incertitude de n’être pas toujours sûr d’avoir raison, de vivre au cœur d’une inquiétude : « cette incertitude ne doit pas nous préserver de nous engager, elle est au contraire la ressource d’une action authentique » (in La voie du chevalier)

Mathieu Brégegère
Paris

lundi 11 juillet 2016

Le poids des mots

Aujourd'hui, on nous demande de "Rassurer les marchés financiers et de gérer nos enfants" !
Ne serait-ce pas le monde à l'envers ?
Un monde dans lequel nous avons perdu le sens des mots et - qui du coup - nous met, nous aussi, sens dessus-dessous ?

Ainsi c'est l'économie que nous devrions rassurer, cette économie qui a pris absolument toute la place dans nos sociétés sans plus laisser qu'une très maigre part au politique (c'est-à-dire l'art du vivre ensemble), à l'amour (transformé en drames hollywoodiens), à la bienveillance (sous prétexte que l'homme est un loup pour l'homme…).
 
Il y a bien des raisons alors de perdre confiance en nous, en les autres, en la situation…

La méditation peut nous aider, jour après jour, à retrouver le chemin de la confiance et à l'habiter.
 
Il existe même des pratiques spécifiques pour déployer un sens de confiance et de courage (voir le travail de Fabrice Midal).

La méditation, par l'attention fine et précise qu'elle développe, nous permet de retrouver le poids des mots, leur sens véritable, pour cesser de vouloir "gérer" notre vie, nos émotions, nos enfants… Nous aspirons tous à établir un rapport plus sain et plus humain à ceux qui nous entourent et cela passe aussi par une attention au langage.

Marie-Laurence Cattoire
Paris