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mercredi 12 juillet 2017

Le Musée est-il un espace méditatif ?...

Dimanche après-midi. J'ai beaucoup travaillé toute cette semaine et je me fais une joie d'aller au Musée de l'Orangerie de Paris, où sont exposées les magnifiques fresques Nymphéas de Monet. 

Cette orangerie est un lieu assez magique. Claude Monet l'a spécialement choisie pour créer et exposer ses Nymphéas et en faire un espace de méditation. Elle est située au cœur de la capitale, dans le grand Jardin des Tuilerie. À quelques pas de la Seine. Dans un bâtiment construit de manière à relier l'Est et l'Ouest, avec de toutes parts une belle lumière naturelle qui entre généreusement et met en valeur les peintures.

Bref, je vais pouvoir me poser et goûter à cet espace méditatif imaginé par un grand maître de l'art moderne. C'est ce que j'imagine en tous cas...

Cela fait 3 ou 4 ans que je ne suis pas venue ; je suis surprise quand j'arrive que les salles soient non seulement bondées mais aussi très bruyantes. C'est une véritable cacophonie malgré les rappels à l'ordre réguliers des gardiens qui demandent "un peu moins de bruit s'il vous plaît". 

Un flot continu de visiteurs passent en désordre devant les immenses fresques sans laisser la possibilité à quiconque de les voir. Même en restant immobile, il n'y a pas moyen de se relier à la subtilité de ces peintures que Claude Monet a mis tant d'années à réaliser... 

Je suis contrariée. Je pensais pouvoir être là pour de bon, être pleinement présente face aux fresques et non. Le capharnaüm ambiant me fait même regretter de ne pas avoir un casque anti-bruit !...

Et soudain, un ange apparaît.
Une petite fille blonde, jolie comme tout, coquine, coiffée d'un chapeau de paille, suit sa mère en trottinant, tire un peu sur sa jupe et l'invite à s'asseoir par terre avec elle. 

Mon cœur s'ouvre spontanément. 

Je suis attendrie exactement de la même manière que dans les pratiques de bienveillance que nous faisons en groupe le jeudi soir à Paris. Cette petite fille me met le sourire aux lèvres. Une détente profonde m'envahit et je commence à regarder autour de moi. 

Ce ne sont pas les fresques qui sont à voir aujourd'hui mais les gens ! 
Et je les découvre beaux, joyeux, tranquilles, amoureux, soucieux, curieux, fatigués... 

La splendide lumière zénithale des salles les embellit, les met en valeur de manière tendre et harmonieuse. L'atmosphère s'emplit de douceur et de clarté. Je commence à prendre des photos avec mon téléphone et mon cœur s'ouvre un peu plus. Certaine, certain me regarde, je leur souris en les photographiant. 

Je me sens reliée.

C'est l'été, il fait très chaud, et tout est bon dans cette situation.





Marie-Laurence Cattoire
Paris

samedi 15 avril 2017

Il restera dans nos cœurs comme un temple grec

Je retrouve aujourd’hui la magie que j’ai connue dès le premier séminaire auquel j’ai assisté dans l’école. 

Il y a magie parce qu’il y a monde, c’est-à-dire un espace où on peut habiter ensemble. 

Notre séminaire déploie ses modulations sous le ciel de Bretagne.  

Une parole y est transmise qui nous élève et nous réjouit; parole philosophique, parole poétique. Nous avons entendu que l’être à la possibilité de se déployer dans l’horizon de la finitude humaine, entre ciel et terre, entre naissance et mort, dans la parole. 

Le violon d’Anna Gockel, exemplaire, lui aussi parle, danse, enseigne et sa voix résonne sublimement dans cet espace.

Bientôt ce sera la fin mais il restera dans nos cœurs comme un temple grec, magnifique sous le soleil.

Xavier Ripoche
Dinard

lundi 20 février 2017

Lettre de mon moulin

Avez-vous déjà médité dans un moulin ?

Il y a trois semaines, j’ai eu l’occasion de diriger un week-end de méditation dans un moulin. Un vrai moulin, avec de grandes ailes, au milieu d’une splendide campagne, à la frontière de la Bretagne et de l'Anjou, des pays d'Ancenis et de Châteaubriant …


Plusieurs amis de Nantes, d’Angers, de Niort, de la Mayenne s’étaient réunis pour organiser ce rendez-vous dédié à la pratique de la méditation.

Estelle, notre hôtesse, avait transformé la salle à manger en salle de pratique. Mireille avait imaginé les repas de galettes
goûteuses et salades fraîches. Elles avaient tout mis en œuvre pour nous recevoir de la meilleure manière qui soit et nous permettre d’explorer ensemble les trois pratiques de méditation transmises dans l’École.

Le moulin n’était pas en reste : planté là depuis quelques siècles, solide, accueillant, il nous offrait un cadre idéal pour nous poser. Quelle chance de pouvoir juste s’asseoir dans un lieu authentique, ayant une âme et qui vous montre qu’habiter le monde est possible !

Édifié au XVII ème siècle puis agrandi en 1850, le Moulin du Bel Air est flanqué d’une belle minoterie en 1922 puis d’un magasin à farine en 1935. Avec l’avènement des minoteries industrielles, le moulin est laissé à l’abandon pour être repris et entièrement restauré par le père d’Estelle en 1972.

Écouter Estelle parler de « son » moulin est magique. On sent l’amour qu’elle a pour cette bâtisse avec laquelle elle a tissé une profonde intimité durant son enfance, et puis on sent aussi toute la tendresse qu’elle a pour sa famille, ses grands-parents qui ont œuvré ici-même, son amour pour ce pays qui est resté un « vrai » pays.



Cette atmosphère de bienveillance simple, humaine, naturelle a coloré notre week-end. 

Les 18 personnes rassemblées là ont senti à quel point être réellement quelque part et méditer ensemble est bon, profondément bon.

Comment habiter son corps. Découvrir le souffle. L’agilité de l’esprit. S’ouvrir aux perceptions sensorielles et retrouver la bonté du quotidien. Comprendre l’articulation entre la Pleine présence, la Confiance et l’Amour bienveillant *… tel était le programme que nous avons travaillé ensemble pour célébrer  la réussite de ces premiers groupes régionaux de l’École occidentale de méditation.

En rentrant à Paris je me sentais légère, emplie d’une joie simple, celle d’une enfant ayant pu jouer dans un vrai moulin le temps d’un week-end, celle d’une adulte retrouvant le goût des autres, de la nature, du vent et de la pluie.


* ces enseignements sont des extraits des modules transmis lors des stages de découverte de la méditation organisés par l'École occidentale de méditation.
 
Marie-Laurence Cattoire
Paris

samedi 18 juin 2016

Se laver dans la rivière

"Quand on a mission d'éveiller, on commence par faire sa toilette dans la rivière. Le premier enchantement comme le premier saisissement sont pour soi. » René Char

Cette phrase de René Char dit quelque chose du geste de la méditation.

S’assoir, n’est-ce pas apprendre à retrouver cet émerveillement premier, celui qui précède toute préconception ou tout jugement ?
 
Il y a quelque chose de l’ordre de la purification dans cette pratique - comme dans la toilette dans la rivière - non pas entendue comme purification d’une faute quelconque, mais plutôt d’une habitude si ancrée de recouvrir la réalité de multiples couches qui en cachent la saveur originaire.

Si ce premier saisissement doit bien être pour soi, c’est qu’il y a à déciller d’abord ses propres yeux pour ensuite entrer en rapport avec le monde avec un œil neuf. N’est-ce pas si étonnant de découvrir en soi des émotions, des tonalités, encore jamais éprouvées alors que l’on pense souvent si bien se connaître ?

La magie de la pratique c’est aussi ne pas avoir pas peur d’entrer en rapport avec l’inconnu en soi.

Marine Manouvrier
Rixensart

mercredi 11 mai 2016

La cohésion d'une salle de concert

Méditer ensemble, le paradoxe par excellence. S'appliquer en commun à quelque chose d'unique, de profondément intime, partager ce qu'on ne peut soi-même, tout en le vivant, qu'à peine envisager : être. 

Être de cœur et de simplicité, comme autant de fleurs poussant chacune sa couleur au milieu d'un champ de mai.
 
Assis ensemble d'une même façon – chacun dans son corps particulier, et par là atteindre à sa propre intégrité, saluée silencieusement par celle des autres. Porté par leur présence, sur le fil du souffle, être en prise avec son esprit – danseur immobile au bal de la tendresse et de la clarté.
 
Chacun ici est ce qu'il lui plaît d'être à ce moment précis, sans en être ni l'auteur ni la dupe. Le résultat attendu devrait être une belle cacophonie – il se situe à l'inverse du côté de l'harmonie. Une salle de méditants dégage la rare cohésion d'une salle de concert où, autour d'une musique, public et orchestre communient.
 
Si l'on se penche un instant sur le pourquoi de cette magie, on s'aperçoit combien la méditation unifie. Elle rassemble le corps-esprit, éveillant en nous l'humanité fragmentée et assoupie. Et cette humanité – singulière, manifeste dans sa puissante vulnérabilité – se trouve d'emblée unie à celle d'autrui. 

Avez-vous déjà porté l'oreille vers les bois après l'averse d'été ? Un premier oiseau démarre ses trilles, bientôt rejoint par toutes les voix ailées de la forêt. 

Ainsi va la pratique. Présence on ne peut plus solitaire – et par là même en lien avec tous dans la célébration de l'unique passage de la vie.

Yves Dallavalle

mercredi 17 février 2016

La pleine présence, un chemin vers notre humanité

La méditation offre la possibilité à l’être humain qui la pratique de trouver un ancrage dans son existence.
Nous l’oublions souvent mais c’est dans chaque geste de notre existence, que nous avons l’occasion de déployer notre pleine mesure, pas seulement au moment des grandes occasions ou lors d’actions héroïques. Ce qui est vraiment héroïque pour un être humain, c’est que chaque action soit porteuse du plein accomplissement de son humanité.
A partir de là, un monde magnifique s’ouvre car chaque action est cruciale: comment tenir un verre, cuisiner, s’habiller, se tenir, parler… tout manifeste la pleine présence de l’être humain à son existence. 
Mais entrer dans la présence ne se fait pas d’un coup de baguette magique et c’est bien pour cela que la méditation est un chemin existentiel. 
Sur le coussin, se poser mille fois pour advenir toujours plus à notre humanité.

Marine Manouvrier 
Bruxelles

lundi 1 février 2016

Etre artiste de chaque moment de notre vie

Cette citation de Fabrice Midal extraite de son ouvrage Risquer la liberté, vivre dans un monde sans repères se poursuit ainsi : « la manière de mettre la table, de faire à manger, de nous habiller, de marcher, pourrait être une manière de célébrer la vie. »
Cet ouvrage est le premier que j’ai lu de Fabrice Midal ; il m’a profondément marqué, un monde s’ouvrait à moi. M’étant toujours considéré comme anti-matérialiste, bien plus intéressé par la dimension spirituelle de l’existence que par le rapport à la matière, voilà qu’il m’était proposé d’éveiller ma sensibilité au monde de la forme et à sa poétique : un retentissement  profond pour mon expérience. 
J’ai découvert, peu à peu, que donner plus d’attention aux choses ouvrait la possibilité d’être artiste à chaque moment de sa vie, chacun de nos gestes pouvant être un poème. « L’art dans la vie quotidienne, cela concerne l’organisation de la famille, les objets dans la maison, la façon de ranger vos vêtements, toutes les choses qui ordinairement sont considérés ennuyeuses et peu importantes. Nous pourrions commencer à apprécier que les choses prennent leur propre place, juste comme les 4 saisons » nous enseigne Chogyam Trungpa dans son ouvrage Dharma et créativité.   

Etre attentif est une forme d’abandon ; la magie du monde se dévoile alors à la mesure d’une mise en retrait du Moi, Moi-Même et toujours Moi. La place est alors libre pour retrouver notre propre humanité : « on se sent alors parfois comme lavé de ses soucis, de ce qui nous fait oublier l’immensité de notre cœur. » (Fabrice Midal, Risquer la liberté) 

Mathieu Brégegère
Paris

vendredi 29 janvier 2016

La magie ordinaire de la méditation

Dans nos vies pressées, trouver une place pour la pratique de la méditation semble souvent difficile. Je me suis longtemps demandé si je devais pratiquer le matin avant le lever de la maisonnée ou plutôt le soir une fois toutes les tâches accomplies, ou... ou... ou... La méditation était alors un énième point de ma "to do list", coincée au milieu de toutes les obligations de la vie.
Subrepticement, la situation s'est pourtant renversée. La demi-heure qui me servait de bonne conscience est devenue LA demi-heure qui fait entrer l'air vif dans la maison.
La méditation a transformé peu à peu mon rapport au monde, au temps et à l'espace. La "to do list" n'est plus qu'un pense-bête; elle a fait place à une attention alerte de la situation telle qu'elle est, amenant de la souplesse et du champ dans la vie de tous les jours.
C'est la magie ordinaire de la pratique: je m'assieds, je ne fais rien, et pourtant cela change tout !

Marine Manouvrier
Bruxelles

jeudi 24 décembre 2015

La magie de Noël

M’échappe passablement en ce moment…toutes les lumières qui éclairent la ville mettent en évidence la fièvre commerciale, aggravée par l’angoisse de menaces terroristes et par le mécontentement des fonctionnaires en grève. Contrôles, bouchons, queues interminables dans les magasins, énervement; tout prend plus de temps alors que Noël approche, qu’il faut avoir acheter le sapin, les cadeaux, la dinde, les décorations, et fait les biscuits traditionnels. Je me sens prise dans cette atmosphère d’urgence, de frénésie, et je me surprends à y participer quand je sens la pression monter à l’idée de tout ce qu’il y a encore à faire avant cette date butoir du 24 décembre. Le temps est comprimé, il y a de moins en moins d’air pour respirer. Cette période de l'année met clairement en évidence un besoin fondamental. Un besoin d'espace pour pouvoir me relier à mon coeur et habiter mon existence autrement qu’en suivant le mouvement imposé. Méditer me permet de retrouver mon centre, et la confiance perdue dans l’éparpillement. Dans cette confiance retrouvée les lumières dans la ville peuvent alors me parler de la joie des enfants et d’un moment en famille que chacun se donne la peine de rendre beau et chaleureux.

Dominique Sauthier
Genève