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jeudi 11 mai 2017

Entrer en amitié avec soi

Reading a letter - Thomas Benjamin Kennington
Dans le très beau livre de Maurice Zermatten, « Les années Valaisannes de Rilke », j’ai découvert un magnifique passage sur l’amitié. Proche de la petite tour où s’est établi Rainer Maria Rilke à la fin de sa vie, vivait Mme de Sépibus...

« Ce que Mme de Sépibus fut pour le poète, il est difficile de le dire avec ces gros mots de tous les jours qui risquent sans cesse de signifier trop ou trop peu. Le langage du poète, si riche en demi-teintes, si constamment appliqué à signifier le réel par d’insaisissables formes, nous serait nécessaire. Elle sut être silencieuse, simplement présente quand la solitude pesait de trop de poids sur le cœur de l’ermite. Que l’on songe qu’après les Elégies et les Sonnets, nulle grande œuvre ne l’accapare. De longues journées, de longues heures nocturnes s’offrent à la méditation et à l’étude mais il est un terme à tout renoncement. Alors l’amie ouvrait sa porte, ne demandait rien, s’enquérait avec respect de l’état de santé jamais brillante du poète. Elle lisait les livres dont il parlait avec chaleur, découvrait par lui la beauté multiple du monde, apprenait à aimer les animaux, les arbres, le soleil, la terre d’un cœur fraternel. Une âme s’épanouissait, œuvre vivante dans laquelle le poète pouvait retrouver sa propre image. »

Je trouve que ce passage éclaire magnifiquement le geste que l’on fait dans la pratique de la méditation.
Dans la méditation, on entre en amitié avec soi par la simple présence et le silence... 
Quand on s’assoit sur son coussin, on ouvre la porte à ce qui est là.
On ne demande rien. On est juste présent. Au lieu de se crisper, de claquer la porte et de s’en vouloir parce qu’on a trop de pensées ou qu’on a mal quelque part, on ne fait rien. On se prend comme on est.
Par notre attention chaleureuse et ouverte, on s’enquière avec respect de notre état de santé. Simplement en ne faisant rien, en n’essayant pas de réussir quelque chose, en étant juste là, on remarque la tonalité qui est la nôtre. On voit comment est notre esprit. On remarque peut-être la présence d’une émotion particulière. On ne fait rien. Tout a le droit d’être.
On suit juste délicatement son souffle, avec la même délicatesse que lorsqu’on lit un livre de poésie. On s’accorde au léger mouvement d’abandon qu’est l’expiration et par là, on s’ouvre peu à peu à la beauté multiple du monde. Tout est là, les arbres, le soleil et la terre.
Ainsi, la pratique de la méditation, tout comme l’amitié véritable, nous aide à aimer ce qui est d’un cœur fraternel et à retrouver sa propre image.

Guillaume Vianin
Neuchâtel

lundi 13 mars 2017

Ribambelle

L'autre jour je méditais avec des enfants. Nous partagions l'écoute du silence. Les sons étaient bel et bien là – posés en équilibre dessus, accrochés par la queue comme des casseroles dans une cuisine, des croches sur une portée de notes. Les autos derrière les fenêtres, les radiateurs devant, des voix se répondant dans la cour, leurs propres mouvements – toute chose générait des bruits qui faisaient sourire les enfants.
Ils souriaient comme on fait lorsqu'on reconnaît de loin dans la rue un copain. Comme devant son dessert préféré ou un dessin géant à colorier. Mais peut-être souriaient-ils d'abord au silence tapi dessous les bruits. Ils semblaient le guetter malicieusement du coin de l'œil.
Suspendus comme ils étaient en haut des chaises, leur petite taille les préservait si bien de la pesanteur qu'ils paraissaient flotter un peu au-dessus de la terre et prêts à s'envoler au premier courant d'air.
Nous partagions l'affût du silence – c'est lui, autant que l'immobilité (sa cousine), qui nous mettait ensemble. Je respirais petitement pour ne pas risquer un courant d'air – me faisant l'effet d'un promeneur attardé sur la lande au crépuscule, ayant surpris une ribambelle de korrigans.
Mon souffle cependant agitait quelque peu leurs silhouettes comme découpées en guirlande dans du papier d'argent et traversées d'un fil. C'était quoi ? une ou deux minutes de notre temps. Mais le temps aussi était suspendu à ce fil.
Seule l'enfance peut-être sait flotter ainsi sans se perdre. A chaque âge son point d'équilibre. Plus tard on pèse son poids sur la terre. Enfant (ou plume) on est tenu à mi-chemin par l'appel du ciel.

Yves Dallavalle
Chapendu

jeudi 12 janvier 2017

Le bruit de nos pensées

Le silence dans lequel nous nous posons dans la méditation nous permet d’entendre le bruit de nos pensées ! Et ça c’est tout à fait génial !

Nous nous asseyons, nous décidons de nous taire et de ne plus bouger pendant quelques dizaines de minutes et là, grande découverte, nous réalisons que ça n’arrête pas de "tourner" dans notre tête !

Le bruit incessant et parfois assourdissant de nos pensées est masqué par toute l’agitation que nous sommes capables de déployer au quotidien. 

C’est très bien de faire des choses, mais le nombre de fois où je me surprend à les faire mécaniquement, ou par réflexe, sans même plus faire attention à savoir si cela a du sens ou si c’est opportun… Écrire et envoyer un mail à toute vitesse – sous la pression d’une pseudo urgence en laissant le correcteur automatique envoyer des contre-sens, répondre à un de mes enfants sans même avoir pris le temps d’entendre la question pour de bon, me camper sur une idée que j’ai d’une situation ou d’un événement sans laisser d’espace à une autre vision des choses…

Il y a de nombreuses occasions de suivre nos pensées comme un âne suit la carotte, et sans récompense au bout en plus !

Dans le silence de la méditation, on découvre cette vélocité de l’esprit, cette agilité parfois magnifique et qui parfois nous leurre aussi. En nous posant, en nous asseyant, nous aérons nos pensées, nous leur laissons davantage de place au lieu de les entasser toujours plus nombreuses de manière étouffante.

Nous nous redonnons la possibilité de penser pour de bon au lieu d’être prisonnier de mille et une idées contradictoires à la fois.

La méditation purifie l’air ambiant de notre esprit, patiemment et sans violence.

C’est en cela que la méditation est un acte d’intelligence, qui peut nous permettre d’agir plus justement, en nous libérant de nos habitudes remplies de bruit et d’agitation.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

jeudi 22 décembre 2016

Seul ou isolé ?

Shitao, Accroupi au bord de l’eau, 1690.
Un des cadeaux de la pratique de la méditation que je trouve particulièrement précieux est celui de mettre très au clair la différence entre l’isolement et la solitude. 

Quand nous nous sentons isolés nous ne sommes pas seulement coupés des autres et de tout ce qui nous entoure, la plupart du temps nous sommes aussi coupés de nous-même, de nos sensations.
Nous avons perdu tout contact en quelque sorte.

En revanche, la solitude va souvent de pair avec la plénitude. 


Sur le coussin, nous la découvrons réellement,  cette  solitude, nous l’éprouvons. En même temps nous nous apercevons que nous ne sommes pas isolés mais reliés en permanence - nous découvrons le mouvement incessant de la vie en nous, nos sens s’aiguisant apprennent à déceler le silence du silence … 


L’espace en nous et l’espace tout court s’amplifient et font de plus en plus un.

L’entraînement à la bienveillance nous rend sensibles aux liens d’une part, à notre provenance d’autre part.  

Dans la langue allemande le mot solitude, Einsamkeit, est plein de sens.

Il est constitué de « un », ein et du radical sam, apparenté à « ensemble » et qui indique le rassemblement.
Selon Heidegger c’est un rassemblement à la fine pointe de l’instant, là où le passé, le présent et l’avenir adviennent ensemble « dans la simplicité de cette unité qui est la leur et qui libère la possibilité même d’exister »
Heidegger nous aide à penser la solitude et surtout comment elle préserve la possibilité de la liberté.

D’un coeur capable d’embrasser l’infini,
Me voici immobile sur le rocher dressé.
Lune unique planant dans le bleu du ciel ;
Qui saura répondre à mon chant solitaire ?
Shitao


Elisabeth Larivière
Paris

mercredi 23 novembre 2016

La peinture comme animal

Peinture Elisabeth Larivière - Photo Claire Cocano.
Si, à Paris, vous entrez au 38 rue de la Folie Regnault à la galerie Beauvoir – vous trouverez le silence dans la joie profonde où vous l'aurez laissé. Car c'est là que Elisabeth Larivière expose sa peinture jusqu'au 29 novembre. Vous entrez, vous ne savez rien, vous dites bonjour au hasard – qui vous répond – vous vous promenez au gré de stations plus ou moins prolongées – vous bondissez, rebondissez dans le sillage des gestes sans intention d'Elisabeth – vous souriez, vous ne cherchez pas plus loin, vous êtes arrivé. Le silence vous a fait comme il a fait la toile et il garde tout du long un doigt au bord des lèvres, sans que vous sachiez jamais si c'est pour taire un secret ou pour vous révéler. 

Là où avant le geste se tenait une cadence – une tonalité est apparue. Dont les masses s'agrègent par une communauté d'allure pour glisser ensemble sur un même plan – veillées par une profondeur de champ trouée par d'autres couleurs prenant sans heurt leur propre tangente. Vous vous réjouissez d'être ainsi enfanté dans un monde si frais. Il a dû y avoir une main ici – partie caresser l'encolure de quelqu'animal jamais pensé.

C'était donc pour ça le silence – convoquer, par capillarité de sens, l'animalité de la peinture entre les murs de cet ancien atelier. 

Mais cette âme qui s'anime – ce qu'elle fait tourner de monde – vers quel dessein ignorant de lui-même et sacré ? Ce qui danse ainsi dans le vide – s'y frottant après s'y être désaltéré – où cela va-t-il se blottir et de quelle évidence sommes-nous alors délivrés ? 

Peut-être celle de se croire oublié, dès qu'on détourne le regard, de ce qui tient là dans l'innocence. C'est en tout cas l'expérience que nous fîmes samedi dernier, méditant dans la salle du rez-de-chaussée, entourés des tableaux d'Elisabeth. Nous étions une trentaine à pratiquer sur nos chaises dans une même écoute cette autre liberté. Toute gestuelle abandonnée, les yeux et les oreilles ouverts à l'entièreté sans rien fixer, nous faisions monde en ce bruissant silence, dans l'inconnue qui signe ailleurs et autrement le passage au point d'équilibre. On aurait dit qu'après l'apparition des choses de l'art – l'apparition de l'être nous assemblait.

Autour de nous, les toiles se tenaient animales – n'embarrassant d'aucun devoir la communauté d'existence où elles conviaient par leur simple présence les témoins muets que nous étions devenus de leur éternelle fugacité.
   

Yves Dallavalle
Chapendu

Galerie Beauvoir, 38 rue de la Folie-Regnault, Paris 75011, à partir du 12  au 29 novembre 2016.

mercredi 9 novembre 2016

La vie pour témoin

Peindre a une forte résonance avec la pratique de la méditation : 
cette ouverture à ce qui advient et qui peut laisser venir une forme d'inspiration, cette confiance dans le geste, l'implication corporelle que peindre induit... 

Mon amie Elisabeth Larivière, qui est intervenante à l'École occidentale de méditation, travaille avec beaucoup de délicatesse ce lien entre la peinture et l'espace qu'ouvre la méditation. Pour elle, ces deux pratiques sont intimement liées, tout comme celle du Qi Gong, qu'elle exerce et enseigne depuis des années. 

Récemment, Fabrice Midal lui a d'ailleurs demandé de proposer de courtes sessions de Qi Gong pendant les séminaires, entre deux séances de méditation assise. Toutes celles et ceux qui ont pu suivre ces exercices de Qi Gong peuvent témoigner de la puissance du geste d'Elisabeth.

Aujourd'hui  la galerie Beauvoir est généreusement mise à sa disposition  par Luc Weizmann, pour lui permettre de  présenter ses œuvres sous un autre angle.  

Elle y animera deux ateliers de Qi Gong sur place, parmi les tableaux. 

Yves Dallavalle, autre intervenant de l'École occidentale de méditation, et grand ami poète, livrera quelques réflexions sur l’art, sur le silence et guidera une méditation le 19 novembre à 17h00.

Au plaisir de vous retrouver nombreux.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

Galerie Beauvoir, 38 rue de la Folie-Regnault, Paris 75011, à partir du 12 novembre prochain (vernissage samedi soir de 18h à 21h). L’atelier Qi Gong est en accès libre, pour la Conférence, la participation est de 10 €. Le nombre de places étant limité il est important de s’inscrire aux évènements : elisabethlariviere@gmail.com


jeudi 12 mai 2016

La qualité du silence

Lors des sessions de méditation en groupe je suis souvent très impressionnée par la qualité de silence qui y règne. 

Bien souvent, c’est un silence palpable et en même temps différent à chaque fois. 

Nous sommes rassemblés, tenus et par la posture et par le silence. 

Cette situation m’apparaît comme extraordinairement belle.

Dans quelques jours nous serons très nombreux, entre trois cent cinquante et quatre cents à nous poser, à écouter nos respirations.

De quoi sera fait le silence ? 

J’ai hâte d’y être …
      
Elisabeth Larivière
Paris

mardi 29 mars 2016

Ensemble, explorer la méditation

Lors du dernier stage de méditation organisé par l’Ecole en Normandie, j’ai été particulièrement frappé par le rôle insoupçonné que joue l’ensemble des participants dans l’exploration de la pratique.
Il peut sembler au premier abord que le fait de pratiquer à plusieurs n’est pas si important – comme la méditation nous permet d’entrer en rapport à soi, on pourrait penser que le faire seul ou le faire à plusieurs ne change rien. Et pourtant, le dernier stage m’a à nouveau fait découvrir un espace où pratiquer ensemble devient une profonde ressource ainsi que la source de nombreuses découvertes.
 
Pratiquer en groupe durant plusieurs jours c’est d’abord partager une aventure commune. On découvre une manière d’être ensemble tout à fait inhabituelle dans un silence qui nous garde et nous relie les uns aux autres.
 
Au fil des jours, on sent que l’on n’est pas seul à rencontrer des difficultés, que tous, nous traversons des moments plus tempétueux et cela donne le courage de continuer. Le groupe rend l’expérience de la pratique plus réelle, aide à ne pas s’enfermer en soi. 

Pratiquer dans ces conditions montre bien que la méditation ne peut être réduite à une expérience vécue dans son intériorité. Au contraire, parce qu’on est tous ensemble, en silence, on reconnaît mieux cet accord presque imperceptible qui nous relie aux autres et au monde. 

Guillaume Vianin
Neuchâtel

mardi 22 mars 2016

Mais il est où, l’esprit ?

Je respire, posée sur mon coussin.
L’attention suit lentement l’expir.

Une buche dans le poêle craque.

Le chant des oiseaux du soir enveloppe la cabane.

Au loin, une cloche.

L’attention régulièrement suit l’expir.

Une pensée est là, venant de nulle part.
La regarder, un peu.
Elle est sans forme et n’est produite par rien.

L’attention se pose délicatement sur l’expir.
La pensée se dissout, nulle part.

Suivre l’expir, encore.

L’attention est teintée d’un brin d’angoisse.
Fraction de seconde qui sépare l’expir de l’inspir.
L’expir s’allonge, un peu.

Les oiseaux se sont tus, à la faveur de la nuit.

D’esprit, pas de témoin.

Marine Manouvrier
Bruxelles

dimanche 20 mars 2016

Aimer la vie

Virginia Woolf, Romans & Nouvelles, trad.Pascale Michon.
En ce moment, je relis Mrs Dalloway, étonnant roman de Virginia Woolf, écrit avec subtilité et justesse, entre deux guerres, par une femme exceptionnelle de sensibilité. 
De nombreux passages me rappellent la pratique méditative et son souci de développer attention et bienveillance ; l'auteur décrit la qualité de silence, quasi solennel qu'elle ressent parfois, un indéfinissable suspens juste avant le son d'une cloche, ou encore l'indéfectible amour pour la vie qu'ont naturellement tous les êtres humains :

"Dieu seul sait pourquoi on l'aime tant, pourquoi on la voit ainsi, pourquoi on la crée, on la construit tout autour de soi, on la renverse et on la réinvente à chaque instant ; et pourtant, les vieilles les plus mal fagotées, les miséreux les plus abattus, assis au seuil des portes (déchus par la boisson) font de même ; pas une loi, elle en était sûre, n'aurait prise sur eux pour cette même raison : ils aiment la vie. dans les yeux des gens, dans les pas alertes, lourds, fourbus ; dans les cris et le tumulte ; les attelages, les voitures, les omnibus, les camions, les hommes sandwiches au lent dandinement ; les orchestres de rue ; les orgues de barbarie ; dans le triomphe et le cliquetis et dans le chant étrange d'un avion haut dans le ciel, au-dessus de nos têtes, était ce qu'elle aimait : la vie ; Londres, ce moment de juin."

Plusieurs choses me touchent dans cet extrait : 
la description du mouvement de l'esprit, capable de réinventer la vie à chaque instant... 
Le fait que nous ne puissions jamais préjuger de la force vitale de chacun, quelle que soit sa situation... 
Et puis cette vie, pleine, sauvage, ni calme ni "zen" mais complètement vibrante, qui habite les bruits, les mouvements, l'espace de ce moment de juin, à Londres, en 1923.

La méditation m'aide à réinventer ma vie à chaque instant, me donne la possibilité de la revoir à neuf, autant que de l'apprécier dans son tumulte, son chaos, sa vitesse assourdissante qui contient pourtant toujours silence et triomphe.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

jeudi 10 mars 2016

Les moments vides

Agendas, journées, vacances, travail, vie sociale, soirées, smartphones, disques durs… Tout est  rempli à ras-bord…

Quand j'étais enfant, dans le Périgord, j'aimais passer la fin de journée chez mes voisins paysans qui s'asseyaient dans le "cantou", et restaient là, sans parler, sans presque bouger, regardant le feu, après une longue journée de travail.
J'adorais ces moments vides, où aucun geste ni parole ne s'imposent ni ne vient gêner une quiétude bien méritée.

Aujourd'hui, après avoir couru tant d'années, je retrouve (enfin) le goût de ces moments où rien de particulier ne se passe, où aucune sollicitation ne m'emporte ailleurs. Quand je suis avec un de mes enfants, à ne rien faire ou à marcher sans but particulier. Quand je suis en tête-à-tête avec mon compagnon et qu'il n'est plus utile de remplir l'espace de mots mais que nous pouvons juste apprécier le luxe de notre présence mutuelle. Quand je suis avec une amie, fatiguée et heureuse de la retrouver et de m'asseoir à côté d'elle.

Ces moments vides sont importants car ils permettent à la confiance de se déployer, au malaise de se dissoudre, à la sur-activité de s'évanouir.

Sans la découverte de la méditation, j'aurais probablement complètement oublié ces moments ordinaires et précieux, si furtifs que l'on n'y prend garde, et qui pourtant montrent si bien que nul n'est besoin de convaincre, de conquérir ou de tout remplir pour aimer.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

lundi 4 janvier 2016

Improbable instant de joie

Mon dernier trajet en tramway m’a offert un cadeau inattendu. Un passager est entré dans le tram en chaise-roulante. Tout tordu dans son fauteuil, tressautant de mouvements incontrôlés, maigre et le crâne rasé, il fait peine à voir. 
Je me dis que son existence ne doit pas être bien facile. 
A un moment donné, sa tête se tourne dans ma direction et je peux voir un beau regard bleu. Puis l'homme manoeuvre sa chaise électrique, s’approche  de la porte, et se met à siffloter un petit air joyeux en attendant le prochain arrêt. Toute la lourdeur de la situation s’envole, la gaieté de cet homme est communicative, et je sens un vent de joie légère parcourir le tram et toucher tous les passagers. 
Je reçois ce vent de gaieté comme un cadeau espiègle, un rappel que des jambes pour marcher ne garantissent pas notre bonheur. 
Pour se sentir vivant, il faut se donner le temps de célébrer la vie; méditer,  juste être assis en silence, goûter notre présence corporelle, sentir le mouvement de notre respiration, c’est une célébration de la vie qui, quels que soient nos douleurs et nos soucis, peut nous donner un joie profonde.

Dominique Sauthier
Genève