Le blog des intervenants est entrain de se refaire une beauté :-)
Nous aurons le plaisir de vous faire découvrir sa nouvelle version d'ici quelques semaines avec beaucoup de nouveaux articles de nos intervenants sur la méditation au quotidien.
Merci d'avance de votre patience et de tous vos gentils messages reçus ces dernières semaines.
En attendant, suivez les informations sur l'École occidentale de méditation ici.
À très bientôt
Marie-Laurence Cattoire
Affichage des articles dont le libellé est coussin de méditation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est coussin de méditation. Afficher tous les articles
vendredi 6 octobre 2017
mardi 25 juillet 2017
Comme un ours endormi qui reçoit un seau d’eau froide en pleine figure
Au mois d’avril dernier, pour la première fois en 10 ans, j’ai omis de méditer pendant une semaine. Avec deux enfants en bas âge à la maison (6 mois et 2 ans et demi), 2 charges de cours à l’université, un déménagement avec rénovation importante en cours, des cours à préparer, un chapitre de thèse à écrire – je fus littéralement happé par l’affairement.
Le rappel à méditer m’est venu par obligation : en planifiant ma journée, je réalisai que je devais donner une causerie le soir-même pour la séance hebdomadaire de méditation de l’École occidentale de Montréal.
En fin de journée, n’ayant pas eu le temps de préparer quoi que ce soit, je me dirigeai vers le centre de pratique de l’École à Montréal.
Le rappel à méditer m’est venu par obligation : en planifiant ma journée, je réalisai que je devais donner une causerie le soir-même pour la séance hebdomadaire de méditation de l’École occidentale de Montréal.
En fin de journée, n’ayant pas eu le temps de préparer quoi que ce soit, je me dirigeai vers le centre de pratique de l’École à Montréal.
Une fois la salle installée et les méditants en place, je me posai sur le coussin de l’enseignant et sonnai 3 coups de gong pour ouvrir la séance. Dès les premières secondes de pratique, une évidence brulante s’imposa : j’étais droit et ancré, solide comme un roc, souple comme un roseau. Comme un ours endormi qui reçoit un seau d’eau froide en pleine figure, je me réveillais brusquement d’une nuit d’oubli. La noblesse époustouflante de la posture qu’il m’arrive parfois de prendre à la légère, se montrait dans sa plénitude et m’invitait au sobre courage.
Sans aller jusqu’à conseiller d’oublier la pratique pendant une semaine, les moments d’oubli, de fuite ou d’errance au seuil du dharma peuvent aussi être intégrés à la pratique et nous rappeler quelques évidences oubliées. Entre autres l’importance de l’institution (ici des pratiques hebdomadaires dans le cadre de l’École occidentale de Montréal) et de l’obligation qu’elle induit et qu’elle impose.
En mettant l’accent sur l’expérience personnelle comme manière de se relier à l’essentiel, la modernité peut parfois nous faire oublier la justesse de l’obligation. Mais c’est souvent par des détours et des errances salutaires de ce type, qu’il nous est aujourd’hui possible de réentendre quelques évidences balayées par l’air du temps.
Philippe Blackburn
Montreal
Sans aller jusqu’à conseiller d’oublier la pratique pendant une semaine, les moments d’oubli, de fuite ou d’errance au seuil du dharma peuvent aussi être intégrés à la pratique et nous rappeler quelques évidences oubliées. Entre autres l’importance de l’institution (ici des pratiques hebdomadaires dans le cadre de l’École occidentale de Montréal) et de l’obligation qu’elle induit et qu’elle impose.
En mettant l’accent sur l’expérience personnelle comme manière de se relier à l’essentiel, la modernité peut parfois nous faire oublier la justesse de l’obligation. Mais c’est souvent par des détours et des errances salutaires de ce type, qu’il nous est aujourd’hui possible de réentendre quelques évidences balayées par l’air du temps.
Philippe Blackburn
Montreal
samedi 1 juillet 2017
Tisser un lien serré avec notre existence
![]() |
| Photo de Anne-Françoise Rey. |
« Nul ne s’en remet d’une épreuve en la laissant seulement derrière lui. Il s’en remet qu’en gagnant une paix qui demeure rapport à l’épreuve », écrit le philosophe Jean Beaufret dans le tome II du livre « Dialogue avec Heidegger ».
Cette citation m’évoque le travail de silencieux qui a lieu sur le coussin de méditation. Voyons un peu ce qu’elle nous dit.
Beaufret est définitif en disant que nul ne se remet d’une épreuve dont il se détournerait simplement. Cela va à l’encontre des mottos bien connus : « Allons de l’avant ! », « Tournons le dos aux difficultés traversées ! ». D’ailleurs, c’est un geste bien naturel, presque instinctif d’éviter la souffrance et de vouloir se débarrasser, oublier, enfouir, les expériences difficiles.
Mais Beaufret pointe qu’il est illusoire de croire qu’ainsi nous en « remettons ». L’épreuve ne se laissera pas mettre de côté et elle continuera probablement à faire sentir ses effets de souffrances.
Prêtons pourtant attention au « seulement » de cette citation car il y a bien quelque chose à laisser derrière soi si nous ne voulons pas porter en étendard toutes nos expériences de souffrance, nous empêchant ainsi de mener une existence qui embrasse le présent.
Et si Jean Beaufret ouvre une voie de réflexion, c’est avec la suite de sa phrase: « il s’en remet qu’en gagnant une paix qui demeure rapport à l’épreuve ».
D’après son étymologie, le mot paix a le sens de fixer, délimiter, maintenir. Il s’agit de délimiter quelque chose par des bornes afin de consolider une situation dans laquelle une existence est possible. La paix entre deux nations par exemple permet à celles-ci d’échanger, d’avoir des relations fructueuses. De la même manière, quand la paix est la tonalité de la relation entre deux personnes, elle est alors le cadre dans lequel l’une et l’autre personne peuvent être - ensemble - ce qu’elles sont. La paix n’est donc pas un sentiment mais bien plutôt le nom d'un espace où les relations sont possibles.
Selon la citation toujours, cette paix est à gagner, ce qui évoque l’idée d’un combat, de quelque chose qui ne va pas de soi, qui ne s’offre pas de lui-même.
La méditation est pour moi ce lieu où le pratiquant peut toucher cette paix qui est rapport à l’épreuve; car c’est évidemment cette fin de citation qui nous ouvre la perspective, qui taille une brèche vers une résolution, vers une nouvelle appropriation de l’existence.
Il s’agit de s’approcher de l’épreuve dans ce cadre de paix qu’offre la méditation et d’instaurer une relation avec celle-ci, c’est à dire à apprendre à ne plus la rejeter et à la considérer avec bienveillance, la prendre dans ses bras, selon une expression de Fabrice Midal.
En pratiquant la méditation, nous apprenons - entre autres - à entrer en rapport avec toute la chair de notre existence et à tisser un lien serré avec elle. Ainsi, l’épreuve n’est ni mise de côté, ni portée autour du cou. Elle est comme assimilée à l’entièreté de l’existence et elle devient même terreau fertile pour enrichir le présent de l’existence.
Marine Manouvrier
Bruxelles
Cette citation m’évoque le travail de silencieux qui a lieu sur le coussin de méditation. Voyons un peu ce qu’elle nous dit.
Beaufret est définitif en disant que nul ne se remet d’une épreuve dont il se détournerait simplement. Cela va à l’encontre des mottos bien connus : « Allons de l’avant ! », « Tournons le dos aux difficultés traversées ! ». D’ailleurs, c’est un geste bien naturel, presque instinctif d’éviter la souffrance et de vouloir se débarrasser, oublier, enfouir, les expériences difficiles.
Mais Beaufret pointe qu’il est illusoire de croire qu’ainsi nous en « remettons ». L’épreuve ne se laissera pas mettre de côté et elle continuera probablement à faire sentir ses effets de souffrances.
Prêtons pourtant attention au « seulement » de cette citation car il y a bien quelque chose à laisser derrière soi si nous ne voulons pas porter en étendard toutes nos expériences de souffrance, nous empêchant ainsi de mener une existence qui embrasse le présent.
Et si Jean Beaufret ouvre une voie de réflexion, c’est avec la suite de sa phrase: « il s’en remet qu’en gagnant une paix qui demeure rapport à l’épreuve ».
D’après son étymologie, le mot paix a le sens de fixer, délimiter, maintenir. Il s’agit de délimiter quelque chose par des bornes afin de consolider une situation dans laquelle une existence est possible. La paix entre deux nations par exemple permet à celles-ci d’échanger, d’avoir des relations fructueuses. De la même manière, quand la paix est la tonalité de la relation entre deux personnes, elle est alors le cadre dans lequel l’une et l’autre personne peuvent être - ensemble - ce qu’elles sont. La paix n’est donc pas un sentiment mais bien plutôt le nom d'un espace où les relations sont possibles.
Selon la citation toujours, cette paix est à gagner, ce qui évoque l’idée d’un combat, de quelque chose qui ne va pas de soi, qui ne s’offre pas de lui-même.
La méditation est pour moi ce lieu où le pratiquant peut toucher cette paix qui est rapport à l’épreuve; car c’est évidemment cette fin de citation qui nous ouvre la perspective, qui taille une brèche vers une résolution, vers une nouvelle appropriation de l’existence.
Il s’agit de s’approcher de l’épreuve dans ce cadre de paix qu’offre la méditation et d’instaurer une relation avec celle-ci, c’est à dire à apprendre à ne plus la rejeter et à la considérer avec bienveillance, la prendre dans ses bras, selon une expression de Fabrice Midal.
En pratiquant la méditation, nous apprenons - entre autres - à entrer en rapport avec toute la chair de notre existence et à tisser un lien serré avec elle. Ainsi, l’épreuve n’est ni mise de côté, ni portée autour du cou. Elle est comme assimilée à l’entièreté de l’existence et elle devient même terreau fertile pour enrichir le présent de l’existence.
Marine Manouvrier
Bruxelles
mercredi 28 juin 2017
Danser avec les situations
![]() |
| József Trefeli et Gábor Varga ©Institut Hongrois de Paris. |
Dans la méditation, regarder notre expérience c’est l’accueillir et donc accueillir la vérité de ce qui arrive.
Sans être certain auparavant de ce qui se présentera. Et c’est cela qui fait de la vie une aventure, de chaque jour une aventure, de chaque moment une aventure.
Quoique nous fassions « chaque heure est un nouveau chapitre, une nouvelle page de notre vie » écrit Thich Nhat Hanh dans La Terre est ma demeure.
Alors, pourquoi ne pas choisir de danser avec les situations ?
Voilà qui serait notre véritable force, basée sur l'ouverture plutôt que sur une volonté forcenée de vouloir tout prévoir.
Quand nous méditons, nous nous autorisons à être, sans nous agripper aux repères que notre esprit construit constamment.
Nous apprenons à danser dans une belle et saine immobilité.
Nous apprenons à rester joyeusement au cœur de l'incertitude.
Et nous découvrons alors une telle santé, une telle intégrité dans notre vie, naturellement, sans rien faire ou plutôt... en ne faisant rien, c’est-à-dire en méditant. De là naît une confiance nouvelle, disponible à chaque instant, pour peu qu'on y fasse attention.
Marie-Laurence Cattoire
Paris
lundi 26 juin 2017
Dimanche soir
Dimanche soir. Comme tous les dimanche en général je suis dans le train, direction Paris. Ma maison en Ardèche est déjà bien loin. C’est là où je passe mes week-ends, en famille, loin de la vie parisienne.
Comme tous les week-ends, l’un des moments que j’aime c’est la ballade à vélo. Je peux partir sur les chemins avec mon VTT dans la forêt toute proche sans rencontrer âme qui vive.
Cela fait maintenant quatorze ans que j’habite cette maison et que j’ai ce rendez-vous avec la nature que je manque rarement, même au plus fort de l’hiver ou en période de canicule comme aujourd’hui. Ce n’est pourtant pas un moment idyllique ; c’est une région montagneuse et la pente est parfois très raide ; c’est une vraie épreuve sportive, presque un combat par moment. Il y a des passages rocailleux difficiles, des chemins non entretenus avec des herbes hautes, des ronces, des orties. Il m’arrive de faire des chutes.
Je ne dirais pas non plus que je suis pleinement présent à chaque instant à cette nature qui m’entoure. Par moment j’oublie que je suis sur mon vélo dans la forêt et mes difficultés du moment ressurgissent. Comme sur le coussin de méditation je peux me retrouver en train de penser au boulot ou à d’autres problèmes. Comme sur le coussin je suis rappelé à la réalité. C’est mon vélo, le chemin ou la forêt qui me disent « Bonjour !» quand je suis ailleurs.
Il me semble parfois aussi sentir comme tout l’environnement est bienveillant, comme la nature sauvage se rappelle doucement à moi lorsque je suis perdu dans mes pensées, comme la beauté des paysages déteint sur mon esprit.
Au fond la raison pour laquelle je ne manquerais pas ce rendez-vous hebdomadaire est que ce périple à travers les chemins ardéchois me transforme sans que je sache comment. C’est la même impression que me donne la pratique de la méditation ; je m’assois sur le coussin, quelque chose se transforme, hors de ma volonté, indépendamment de mes efforts.
Le week-end est terminé, au revoir l’Ardèche, bonjour Paris !
Xavier Ripoche
Paris
mercredi 14 juin 2017
Perdre le contrôle, c’est faire de la place pour l’imprévu.
« Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même » écrit Søren Kierkegaard.
Cette citation m’a rappelé la pratique au détour d’un livre.
S’asseoir sur un coussin de méditation nous fait perdre nos points de repères en mettant un coup d’arrêt à notre mouvement habituel. Silence, immobilité et… mille choses arrivent: pensées, émotions, sensations, un peu comme ces manèges de chevaux de bois qui donnent le tournis à force de les regarder.
Il n’y a rien de prévisible, de réglable, de gérable, c’est cela aussi oser perdre pied: reconnaître avec courage qu’au fond il n’y a rien à contrôler. Il peut y avoir une sensation d’angoisse et de peur qui surgit car contrôler donne l’illusion d’être le maître du monde, de son monde, et cela rassure.
Mais ce n’est qu’une illusion.
Si, en nous posant pour méditer, nous osons traverser cette illusion, nous constatons que le monde ne s’effondre pas pour autant.
Perdre le contrôle, c’est faire de la place pour l’imprévu.
Ainsi, nous faire le cadeau de perdre pied momentanément, c’est laisser le terrain libre pour de nouveaux agencements, de nouveaux possibles. Et c’est aussi découvrir que nous sommes infiniment plus que ce que nous n’osions même le penser.
Marine Manouvrier
Bruxelles
Cette citation m’a rappelé la pratique au détour d’un livre.
S’asseoir sur un coussin de méditation nous fait perdre nos points de repères en mettant un coup d’arrêt à notre mouvement habituel. Silence, immobilité et… mille choses arrivent: pensées, émotions, sensations, un peu comme ces manèges de chevaux de bois qui donnent le tournis à force de les regarder.
Il n’y a rien de prévisible, de réglable, de gérable, c’est cela aussi oser perdre pied: reconnaître avec courage qu’au fond il n’y a rien à contrôler. Il peut y avoir une sensation d’angoisse et de peur qui surgit car contrôler donne l’illusion d’être le maître du monde, de son monde, et cela rassure.
Mais ce n’est qu’une illusion.
Si, en nous posant pour méditer, nous osons traverser cette illusion, nous constatons que le monde ne s’effondre pas pour autant.
Perdre le contrôle, c’est faire de la place pour l’imprévu.
Ainsi, nous faire le cadeau de perdre pied momentanément, c’est laisser le terrain libre pour de nouveaux agencements, de nouveaux possibles. Et c’est aussi découvrir que nous sommes infiniment plus que ce que nous n’osions même le penser.
Marine Manouvrier
Bruxelles
lundi 29 mai 2017
Variations
Lundi
Je me réveille de très mauvaise humeur. Mélange de mécontentement envers moi-même, de peur de l’avenir et de contrariété à l’idée de la journée qui m’attend. Je dégage Rosalie le chat de mon coussin. Je m’assois. Il fait beau. L’écheveau de contrariétés pèse sur mon plexus. Il s’élargit pour former un losange entre la gorge, le nombril et la pointe des seins. Un merle chante. Le cerf-volant de contrariétés reste coincé et ne s’envole pas.
Je descends les escaliers. La lumière vive du soleil m’accueille à travers la fenêtre de la porte d’entrée.
Je descends les escaliers. La lumière vive du soleil m’accueille à travers la fenêtre de la porte d’entrée.
Mardi
Sur le coussin. La petite fille des voisins crie « Maman ! Maman ! ». Leur chien aboie. Qu’est ce qu’il est bête ce chien. Le vent frappe la fenêtre entrouverte. Une pie passe. Je n’aime pas les pies.
Bercée par le flux et le reflux du souffle. Bercée par le doux ressac des pensées. Soupir.
Bercée par le flux et le reflux du souffle. Bercée par le doux ressac des pensées. Soupir.
Mercredi
Je me suis réveillée très en retard. Pas de coussin ce matin.
Le chauffeur de bus m’a vue au coin de la rue. Il m’a attendue. La journée commence bien.
Le chauffeur de bus m’a vue au coin de la rue. Il m’a attendue. La journée commence bien.
Jeudi
Jeudi de l’Ascension. Je suis bien dans le jardin, au soleil, en train de bouquiner. Je me décide enfin à aller méditer. Je me pose sur le coussin. Sensation de lourdeur au niveau du plexus qui remonte jusqu’à la gorge qui se serre. Un sentiment de tristesse m’envahit. Je cherche un peu le pourquoi de cette tristesse qui apparaît si brusquement.
Ma mère est décédée il y a tout juste un an. J’avais oublié. Je pleure ma maman sur le coussin. Mon chagrin se mêle aux cris d’alerte des parents oiseaux qui ont repéré Rosalie le chat près de l’arbre où sont perchés leurs petits.
Ma mère est décédée il y a tout juste un an. J’avais oublié. Je pleure ma maman sur le coussin. Mon chagrin se mêle aux cris d’alerte des parents oiseaux qui ont repéré Rosalie le chat près de l’arbre où sont perchés leurs petits.
Vendredi
Je fais le pont. Ciel bleu. Le vent fait danser les feuilles des marronniers. Mon bas ventre est pesant. Pesant du poids de mon âge. Assise sur le coussin, mon corps est un morceau de pierre ponce toute grise.
Est-il possible de retrouver la légèreté et la vivacité de l’enfance ? Comme les petits enfants de mes voisins. A fond, à fond, toujours à fond. Splendeur de l’enfance.
Anne Vignau
Saint-Gratien
Est-il possible de retrouver la légèreté et la vivacité de l’enfance ? Comme les petits enfants de mes voisins. A fond, à fond, toujours à fond. Splendeur de l’enfance.
Anne Vignau
Saint-Gratien
samedi 27 mai 2017
Devenir intime avec son cœur
Dimanche dernier à Bruxelles, nous avons présenté - Guillaume Vianin et moi - les trois pratiques transmises au sein de l’Ecole occidentale de méditation :
Pleine présence, Confiance et Amour bienveillant.
Pleine présence, Confiance et Amour bienveillant.
« Entrer en amitié avec soi » était le thème de cette dernière pratique, en voici quelques mots.
Entrer en amitié avec soi, c’est entamer une danse lente et emplie de tact pour s’approcher avec égard de ce qui est le plus fragile en nous.
Entrer en amitié avec soi, c’est découvrir les rythmes, les élans, les vibrations, souvent insoupçonnés, de notre être.
Entrer en amitié avec soi, c’est devenir intime avec notre propre coeur.
... et ce détail de l’Embarquement pour Cythère de Watteau, signe de la tendresse.
Marine Manouvrier
Bruxelles
mercredi 24 mai 2017
S’ajuster à ce qui est
Un mercredi matin.
Je me pose sur le coussin.
De retour d’un séjour au Québec, un peu cassée par le décalage horaire.
Je reprends le travail aujourd’hui, des urgences m’attendent.
Je suis surprise. Je pensais voir le stress - à l’idée de ce qui m’attend - affluer à la surface mais en fait le fond de mon esprit est calme.
Voilà quelque chose qui ne cesse de m’étonner. On est occupé par sa vie, les choses à faire, on a l’impression d’être comme ceci ou comme cela. D’aller plutôt pas mal, ou très bien, ou très moyen.
Puis, lorsqu’on se pose sur le coussin, c’est quelque chose d’autre qui apparaît. On avait l’impression d’aller plutôt pas mal, normal quoi, et un sentiment de tristesse remonte à la surface sur le coussin. Ou alors c’est l’inverse, on avait l’impression d’être énervé et la séance sur le coussin fait apparaître un état d’esprit neutre.
J’aime bien dire que la pratique de la méditation est un rendez-vous avec soi-même.
L’espace de quelques instants, notre être s’ajuste à ce qu’il est à ce moment même. Ajusté comme lorsque l’on met une veste. On met la veste, puis on tire un peu sur les manches, sur le revers, on hausse les épaules. Petits gestes de rien du tout qui permettent à la veste de bien tomber, d’être bien portée.
Quelques instants sur le coussin et on s’ajuste à soi-même. Ce n’est rien du tout mais cela change tout. A partir du moment où l’on est d’équerre, peu importe si l’équerre est triste ou joyeuse ce jour là, tout est à sa juste place, comme dans un mandala.
« Le mandala nous montre l’image d’une unité entière qui inclut les différences et les tensions d’une manière harmonieuse. Il répond à un projet visant à éveiller l’être humain à son propre secret (…) L’entièreté (…) est le caractère de ce à quoi rien ne manque pour être. Une plénitude vivante, ouverte et chaleureuse. »
Fabrice Midal, Mandalas, retrouver l’unité du monde
Anne Vignau
Saint-Gratien
mardi 2 mai 2017
Oser l'authenticité
![]() |
| Établir nos barricades... |
Ce
qui me passionne dans la pratique de la méditation, c’est la découverte
tout au long du chemin des mille manières de fuir l’expérience telle
qu’elle est. Tout semble plus aisé que de rester simplement dans
l’expérience, sans rien n’y ajouter.
Voici quelques questions choisies de pratiquants en illustration :
- Faut-il intensifier les émotions pour mieux les sentir, comprendre pourquoi elles nous traversent ?
- Penser à des tas de choses pendant la pratique, c’est aussi une manière d'être présent d'esprit, on ne dort pas quand-même, non ?
- Quel est le problème à juger ce qui nous arrive en j’aime/j’aime pas/je m’en fiche? C’est la manière d’être humain, non ? On ne peut pas faire autrement !
- Penser à des tas de choses pendant la pratique, c’est aussi une manière d'être présent d'esprit, on ne dort pas quand-même, non ?
- Quel est le problème à juger ce qui nous arrive en j’aime/j’aime pas/je m’en fiche? C’est la manière d’être humain, non ? On ne peut pas faire autrement !
Ces questions reflètent autant de manières de ne pas répondre à la simple invitation à « être là et ne rien faire ». Tous les pratiquants font cette expérience, sans exception. Tout simplement parce que paradoxalement « ne rien faire » est le summum de la difficulté.
Le « ne rien faire » balaie d’un coup vif toutes nos stratégies habituelles pour fuir l’inconfort de la situation présente. Nous n’avons plus de prises, nous ne savons plus quel fil tirer, plus de justifications, d'explications, de commentaires qui tiennent, plus rien sur quoi établir nos barricades.
Pourtant, rien ne nous manque.
Le corps est posé dans la dignité de sa posture.
Le souffle nous rappelle la préciosité de la vie humaine.
Et le « bonjour ! » nous fait goûter à la fraîcheur vive du présent.
Nous arrêtons la fuite qui solidifie tout.
Nous arrêtons et laissons la pratique elle-même œuvrer en nous.
Nous redevenons pleinement vivant dans nos circonstances, avec la situation qui est la nôtre, juste comme nous sommes: authentiques.
Oser le risque d’être authentique est une voie héroïque dans ce monde où le maître-mot est «apparence».
C’est l’invitation que nous lance la méditation, rien de moins.
Marine Manouvrier
Bruxelles
lundi 1 mai 2017
Une séance de pratique
Ventre – Ruminations, rumine, rumine. Préoccupations. Petites. Ceci, cela. This and that. Murmures Bruissements. Ceci, cela. Rumine, rumine.
Tête – Le grand T du travail s’affiche au premier plan. Suspendus à la barre horizontale du T, divers dossiers. Front tout devant.
Espace – Lumière reflétée sur le parquet ciré. Bruit de l’avion.
Ventre – Rumine. Rumine. Romblements.
Espace – Cris des enfants dans la cour de la récréation. Avion. Bonjour.
Plexus – Plat. Plane. Plans et contreplans. A faire. A défaire. A refaire.
L’espace me fait des papouilles.
Ventre – Ru. Ru. Rumine. Fin filet d’eau.
Tête – Yeux. Coup d’œil sur le réveil. Encore dix minutes.
Ventre – Lourd. Gros caillou. Poids pesant.
Espace – La fleur du souffle qui s’ouvre. Chant de la mésange charbonnière. Bonjour.
Pieds plats. Fesses plates. Etales. Etalées.
Espace – Contact du tissu sur mon torse, mes bras. Chaleur. Tiédeur. Le parquet luit.
Espace – Le réveil sonne. C’est fini. Libération du mouvement. Légèreté ancrée.
On passe à autre chose.
Anne Vignau
Saint-Gratien
samedi 15 avril 2017
Pour l'amitié, pour la grâce.
Un matin.
Chacun fait son nid de chaise ou de coussin. On dépose autour de soi le cahier de notes, la photocopie du texte de Martin Heidegger, le stylo pour les notes, le crayon à papier pour annoter le texte. Son sac sur le côté, près du voisin, à la frontière du nid. La veste de l’autre côté. La bouteille d’eau où l’on peut. Des chaussettes de toutes les couleurs, des châles sur certains genoux.
Chacun fait son nid de chaise ou de coussin. On dépose autour de soi le cahier de notes, la photocopie du texte de Martin Heidegger, le stylo pour les notes, le crayon à papier pour annoter le texte. Son sac sur le côté, près du voisin, à la frontière du nid. La veste de l’autre côté. La bouteille d’eau où l’on peut. Des chaussettes de toutes les couleurs, des châles sur certains genoux.
Ça papote malgré Marine, gardienne du temps hiératique, qui
attend, le gong à la main.
Les bruissements de voix se calment. Les trois coups de gong résonnent.
Nous méditons, tous réunis dans le silence. Il fait chaud. Un coup de gong.
Tous les jours. Hadrien et Fabrice s’installent tour à tour à la table posée sur l’estrade couverte
d’un tapis rouge.
Ils sont dire et monstration :
Posez-vous devant un tableau, mettez-vous à l’écoute de la
parole, à l’écoute de la musique du monde.
Tout être humain peut le faire, il suffit de se mettre au travail.
Lecture d’un poème d’Henri Michaux.
La culture, c’est apprendre à être un être humain.
L’homme vit dans la Dimension, entre le ciel et la
terre. Une mesure nous est octroyée et
nous avons à la déployer. On ne comprend
pas tout mais c’est ça la Dichtung, proche parente de la poésie et de la
philosophie.
Et Hadrien et Fabrice nous montrent et nous remontrent. Regardez comment toutes les touches de
peinture chez Cézanne sont en rapport. Regardez ce tableau de Poussin, la
courbe de la rivière. Et Matisse,
comment tout bouge et vous inclut.
Lecture d’un autre poème de Michaux. Quand on aime on ne compte pas.
Et puis il y a Anna qui danse avec son violon. La musique de
Bach nous traverse. Mon voisin pleure.
Posez-vous devant un tableau, cela prend du temps de
voir. Ecoutez. Mettez-vous au travail.
Allez voir Pelléas et Mélisande dans la mise en scène de Bob
Wilson, Le sacre du printemps de Pina Bausch.
Agone de Balanchine. La sculpture de Caro à La Défense, After Olympia.
Se mettre à l’écoute du monde, prendre la place qui nous est
octroyée. Nous mortels, avec cette mort
comme limite qui nous ouvre tous les possibles. Martin appelle ça horizon.
Poème. De… Henri
Michaux. Cela va de soi. La voix de
George Oppen, autre poète. Américain
celui-là.
Il suffit de travailler.
Mettez-vous au travail. On est paresseux parce qu’on ne se fout pas la
paix. Si on se fout la paix on est là. Quand
on travaille ça donne.
Se déployer à sa juste mesure.
Hadrien, Fabrice, Fabrice, Hadrien. Regardez, écoutez. Soyez.
Demain Hadrien va nous parler du Ciel et de l’Inconnu.
Fabrice-Hadrien.
Hadrien-Fabrice. Pourquoi ce séminaire ?
Pour être le « là ». Pour être un trait d’union. Pour rien.
Pour l’amitié. Pour la Grâce.
Merci.
Anne Vignau
Dinard
lundi 3 avril 2017
Faudrait-il ne pas être trop ambitieux dans la vie ?
Toute mon enfance j’ai baigné dans une atmosphère où régnait subtilement l’injonction de ne pas montrer trop d’ambition personnelle sous peine d’être traité d’individualiste ou d’égoïste.
Il y avait par exemple un prêtre avec qui parfois je jouais aux échecs après le catéchisme.
Systématiquement je perdais la partie ce qui me mettait en rogne. Systématiquement il me disait qu’il ne jouait pas bien aux échecs, ce qui me faisait me sentir vraiment nul.
Il y avait par exemple un prêtre avec qui parfois je jouais aux échecs après le catéchisme.
Systématiquement je perdais la partie ce qui me mettait en rogne. Systématiquement il me disait qu’il ne jouait pas bien aux échecs, ce qui me faisait me sentir vraiment nul.
Je crois qu’il cherchait à me dire qu’il ne fallait pas prendre le jeu très au sérieux, que ce n’était pas très important de gagner. Je me rendais compte aussi que lui-même n’était pas complètement impliqué dans le jeu, il me semblait plutôt détaché.
Au fond les adultes ont souvent du mal à faire les choses sérieusement, à être pleinement présent à ce qu’ils font, à assumer une certaine ambition. Les enfants, même quand ils jouent le font souvent avec la plus parfaite application, le plus grand sérieux. Ils sont totalement investis dans ce qu’ils font, ils veulent gagner.
Il est vrai que le sérieux peut aller trop loin et devenir crispation sur soi-même, mais aujourd’hui je me rends compte à quel point faire les choses sérieusement et assumer une certaine ambition n’a souvent rien à voir avec de l’égoïsme. C’est plutôt de l’ordre du courage et de la confiance. Il s’agit de prendre le risque d’oser être qui on est, de prendre la place qui nous échoit.
Est-ce que Cézanne, Mozart ou Proust n’ont pas réalisé leur œuvre avec le plus grand sérieux, avec la plus haute ambition ?
Au contraire, ne pas prendre ce qu’on a à faire au sérieux c’est renoncer, céder au découragement et finalement passer à côté de sa vie. Nous trouvons souvent tout un tas de raisons pour ne pas nous mettre au travail : nous renonçons à tel ou tel projet parce que nous nous disons que nous n’y arriverons pas, que ce n’est pas original ou que nous n’atteindrons pas l’excellence de ceux qui ont réussi avant nous, nous papillonnons, passant d’une activité à une autre sans vraiment s’engager dans aucune.
Pourtant nous pouvons tous mener notre vie avec le plus grand sérieux. S’assoir sur le coussin de méditation c’est ne pas céder à la paresse, c’est prendre notre place sur cette terre avec courage. Il y est question de mettre les injonctions qui nous étouffent de côté pour laisser ouverte la possibilité que notre œuvre propre s’accomplisse
Il y est question de prendre sa vie au sérieux.
Xavier Ripoche
Paris
jeudi 30 mars 2017
La joie profonde de former une communauté de silence
![]() |
| Poliakoff - composition abstraite 1968. |
Il y a trois semaines, un dimanche, Paris était ensoleillé - le printemps s’annonçait indéniablement.
Pour quitter ce bon soleil et m’engouffrer dans l’escalier raide qui monte à la salle de la Prudentielle, il me fallait un peu de courage.
Le dimanche après-midi les coussins sont disposés autrement, il y a de l’espace entre chaque tapis/coussin et le tout forme un demi-cercle. C’est aéré. Je prends place, tout cet espace autour, j’ai l’impression d’être sur une embarcation, mes voisins de même, chacun semble prêt pour naviguer.
Mais nous sommes sur la terre ferme, les embarcations ne voguent pas. Nous sommes invités à disposer notre corps et à laisser son poids se poser vraiment.
J’aime prendre cette posture - elle m’est familière puisque je m’entraîne régulièrement.
Mes yeux ouverts voient. A ma droite devant de l’orange vif, du noir et du turquoise, une main gauche de femme, un bracelet scintillant, loin devant un chemisier bouffant de couleur crème et du noir et du rouge vif, à ma gauche, du bleu profond et du bleu clair et une main droite de jeune homme - mon regard n’est pas bavard, c’est simplement mon champ de vision - ce que je vois est magnifique.
Des stèles vivants autour de moi, non pas des installations permanentes mais des stèles se dressant à la faveur du temps.
J’avais oublié cette joie profonde d’être ensemble, de former cette communauté de silence.
Fabrice Midal, dans son livre Etre au monde parlant du sens politique des tragédies commandées à l’époque de Périclès, écrit : « Ne pourrions-nous pas imaginer que le fait de pratiquer permette, sous un autre registre, de vivre cette expérience politique d’être ensemble de manière profondément gratuite, dans l’épreuve de notre humanité commune ?
J’ai eu le sentiment en guidant les pratiques de plusieurs centaines de personnes de faire une telle expérience »
Mon expérience de la pratique de ce dimanche après-midi là, je la qualifierais volontiers de politique.
Elisabeth Larivière
Paris
mercredi 15 mars 2017
D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?
A l’heure où les responsables politiques se déchirent pour des querelles de partis, loin du tumulte, à contre-courant de l’affairement et des démêlés judiciaires dont nous abreuvent les médias, juste s’assoir sur le coussin de méditation est un acte décisif.
Là, au lieu d’accélérer pour être le premier on ralentit à l’extrême. C’est comme si dans la rue, dans le métro parisien, parmi la foule pressée on se mettait à marcher à tout petits pas. Cela semblerait très étrange alors que tout le monde autour de nous marche à grands pas rapides.
Peut-être pas si étrange que cela si on prêtait attention à cette vieille dame ou à ce vieux monsieur qui avance très lentement, courbé par le poids des ans, rasant les murs pour ne pas être bousculé.
D’où nous vient l’idée que la vitesse est la norme ?
D’où nous vient l’idée que la politique est le choix du meilleur système de gestion économique ?
Nous avons oublié que la politique, qui nous vient de la Grèce antique, c’est le bien vivre ensemble.
La politique commence par la politesse. Lorsque je tiens la porte à une personne, je me mets en retrait pour ouvrir la possibilité du bien vivre ensemble. Lorsque je dis bonjour, c’est un monde qui s’ouvre.
Sur le coussin de méditation je peux faire les mêmes expériences. Je mets mon affairement en retrait pour laisser quelque chose de neuf apparaître, je dis bonjour à ce qui est, je marche à tout petits pas parmi la foule de mes pensées pressées.
S’assoir sur le coussin de méditation est pour moi l’acte politique par excellence car il ménage la possibilité du bien vivre ensemble.
Xavier Ripoche
Paris
mardi 14 mars 2017
La précision est mère de la douceur.
La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'était en 2005, à l'occasion d'une réunion de préparation d'un week-end de méditation.
Certains bénévoles s'inquiétaient d'être trop stressés ou trop brusques avec les participants, impressionnés par la tâche qui leur était confiée. Tous n'aspiraient qu'à une chose sans savoir comment faire : être le plus accueillant possible, de la plus grande douceur possible.
Fabrice Midal a répondu alors "la précision est mère de la douceur".
Cette phrase m'a percutée en plein cœur. Jusque là je savais que je pouvais faire preuve de précision, j'étais même connue pour ça. Mais j'avais peur de ne jamais savoir être douce.
Qu'il soit ainsi possible de faire le lien entre les deux m'a ouvert une voie que depuis j'explore dans ma vie, dans mon travail, dans ma pratique.
Par exemple j'ai enfin compris qu'il est très important d’aborder la méditation sans se culpabiliser, sans brutalité, sans en faire une obligation de plus. Mais plutôt de la regarder comme une expérience humaine, profonde, fondamentale.
Par exemple j'ai enfin compris qu'il est très important d’aborder la méditation sans se culpabiliser, sans brutalité, sans en faire une obligation de plus. Mais plutôt de la regarder comme une expérience humaine, profonde, fondamentale.
Pour cela, il est s'agit de bien établir sa pratique, avec précision et douceur.
C'est pourquoi dans les stages nous passons tant de temps à expliquer en détails la méditation, la posture, le souffle, l'esprit, les émotions...
Et comment habiter son corps avec douceur ?
Ce n'est pas parce que nous restons immobile que nous n’entrons pas en rapport au corps. Au contraire ! Ce rapport est peut-être plus évident à comprendre lorsque l'on bouge, que l'on danse ou que l'on se promène. Et pourtant la méditation est un espace intime et profond de rencontre avec le corps.
Une rencontre de la plus grande douceur.
Car cette immobilité nous montre précisément combien nous sommes vivant, elle dévoile un espace rare dans lequel nous pouvons apprécier d’être un être corporel et vivant. Méditer est très physique, c’est une expérience pleine de sensations, qui nous invite à pendre le plus grand soin de ces sensations la vue, l’ouïe, l’air sur notre peau, les tensions, les douleurs, les battements de notre cœur, notre souffle...
Ainsi, au fil des ans, la précision que j'aiguise grâce à la méditation m'apprend à accueillir les choses et le monde avec davantage de douceur.
Marie-Laurence Cattoire
Paris
jeudi 9 mars 2017
L'appel du coussin
Voyez cet enfant assis à sa table d’écolier, enfermé dans une salle de classe. Le professeur parle ; il n’écoute pas. Il regarde par la fenêtre. Il rêve de grands espaces, de chevaux et de liberté.
Voyez ce marin resté au port trop longtemps, la terre ferme lui semble trop stable. L’appel du grand large le prend, il a une envie irrésistible de quitter le foyer trop douillet, de larguer les amarres pour aller voguer sur les océans.
Moi c’est le coussin de méditation qui m’appelle souvent. Parfois il me réveille la nuit. Encore ensommeillé je m’assois, prends la posture, je hisse les voiles et pars à l’aventure. Porté par la terre immense, le grand ciel étoilé au-dessus de ma tête, je hume le vent du large.
Dans la vie de tous les jours souvent je ne tiens pas droit ; je penche, je m’affaisse. Il suffit pour que je vacille d’un état de lassitude, d’un mot de travers, d’une envie de gâteau au chocolat ou d’autres désirs inavouables. Parfois alors, juste la pensée du coussin me vient et me redresse.
D’autres fois, tout comme le marin lance des injures au navire pendant la tempête, il m’arrive de maudire le coussin de méditation lorsqu’il m’apparaît comme un instrument de torture qui exacerbe mes tourments.
Il est le témoin de mes moments de joie comme de détresse. C’est le vaisseau à bord duquel je navigue, qu’il fasse beau comme il fasse triste. Répondre à son appel est ma destinée.
Xavier Ripoche
Paris
mercredi 8 mars 2017
L’aspiration, lieu de la discipline véritable
Qu’est-ce qui nous meut, nous fait lever le matin, nous habiller, nous assoir sur le coussin ?
Notre aspiration.
C’est un bien grand mot qui recouvre un horizon qui peut sembler trop vaste à saisir, et pourtant …
L’aspiration est ce souffle qui nous traverse et nous élève, ce souffle qui nous fait aspirer au plus grand que nous, ce quelque chose au creux de notre cœur qui nous dit que quelque chose d’absolument bon et sain est possible dans ce monde.
Lorsque nous entrons dans un rapport d’intimité avec notre aspiration, c’est un peu comme si nous tissions l’entièreté de notre existence avec son fil d’or. Au point que lorsque nous dévions de notre route, cela en devient douloureux, voir même insupportable.
Nous revenons alors à ce que dit notre cœur et nous apprenons doucement à cultiver une fidélité par rapport à notre aspiration. Naît alors une discipline qui est tout sauf une nouvelle injonction, une discipline qui nous fait - par exemple - nous assoir sur le coussin, non pas comme un geste d’habitude, mais comme la reconnaissance à neuf de la voie de transformation qu’est la méditation.
Et ainsi : s’habiller, décorer sa maison, manger, faire les courses, tel dossier… Tous ces gestes quotidiens, souvent perçus comme usant, répétitifs, déprimant deviennent très réels quand ils sont pris dans cette perspective. Nous ne flottons plus d’une chose à l’autre mais celles-ci sont reliées entre elles par le fil de notre aspiration véritable. Cela nous libère de l’automatique, du conditionné, du découragement, de cette lourde fatigue d’être. C’est dire OUI ! à la vie.
La méditation, c’est cet entraînement à revenir à la source de notre aspiration. Nous y goûtons ce que c’est qu’être vivant, réel. Et nous pouvons y revenir, encore et encore.
Au fond, c’est être fidèle à ce qui était déjà là dans notre cœur, tout simplement.
Marine Manouvrier
Bruxelles
Extrait d’un enseignement du stage Entrer dans la Confiance
février 2017
lundi 27 février 2017
Le virus de la méditation
Nulle part ailleurs que sur le coussin de méditation je me sens aussi droit.
Nulle part ailleurs je me sens respirer avec une telle intensité. Il n’y a pas d’autre lieu où je suis aussi pleinement humain, autant en rapport à la terre et au ciel. Pas d’autre endroit où je me sens si vivant, si plein de force, de joie, de courage et d’ardeur.
C’est encore là que je parviens à me foutre la paix le plus simplement et le plus radicalement.
C’est encore là que je parviens à me foutre la paix le plus simplement et le plus radicalement.
Serait-ce un paradis artificiel qui me couperait du monde ?
Non car c’est là aussi que je fais l’épreuve de la douleur et de la souffrance, directement, sans calmant, sans anesthésie. C’est là où je suis complètement nu, cru, sans fard, sans masque. C’est là parfois que je suis perdu dans la confusion et le désarroi. C’est également sur le coussin que je peux sentir l’amour tellement prégnant et me vois en lien avec le monde tout entier sans séparation, sans médiation.
Serais-je fou ? Peut-être mais alors c’est une bien belle folie !
Serais-je malade ? Oui sûrement car la méditation est un virus. Il m’a été transmis par Fabrice Midal qui lui-même a été contaminé il y a des années par d’autres grands pratiquants incurables dont certains ne sont plus de ce monde.
Le virus lui est toujours bien vivace. Après avoir incubé sur le coussin il s’étend bien au-delà. La méditation se propage dans ma vie. Je n’y peux rien. Je ne suis l’auteur de rien. Je me suis seulement laissé contaminer. Le virus se transmet. La preuve en est notre communauté de pratiquants qui ne cesse de croître.
Puisse ce virus continuer à faire œuvre de dé-structuration dans ce monde si ordonné. Puisse-t-il propager la folie et l’amour là où règnent le calcul et la haine. Puisse-t-il contaminer la terre entière.
Xavier Ripoche
Paris
dimanche 26 février 2017
Ni manuel, ni protocole
A chaque fois que je m’assieds, je pars à l’aventure. Il y a un sens d’allant et de curiosité qui me font assoir sur le coussin.
Le temps de la pratique, je peux complètement m’autoriser à être, avec les peurs qui m’assaillent, les moments blancs où rien ne se passe, ceux où mon esprit poursuit son petit bonhomme de chemin sans revenir à la présence pendant de longues minutes.
Tout cela n’est ni bien ni mal, c’est.
Dans ce cadre, dans cette posture, s’ouvre un espace où la rencontre est possible. Parfois, ce sera la rencontre avec mon corps vivant et changeant, parfois la rencontre avec ce flux de pensées qui émergent, grossissent et disparaissent, parfois la rencontre de l’oiseau qui fait vibrer la présence de son chant annonçant le printemps.
Il n’y a ni geste machinal, ni protocole, ni manuel à suivre.
Cela peut être déroutant car dans la pratique nous avons à nous frayer seul la route qui nous est propre, mais c’est justement en cela que la méditation est un chemin de liberté.
Et puis la grande joie, c’est - hors méditation - le partage de cette expérience avec nos compagnons de route !
Marine Manouvrier
Bruxelles
Inscription à :
Articles (Atom)













