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jeudi 20 juillet 2017

Nostalgie

Des amitiés qui se brisent, des liens qui se distendent avec des personnes autrefois si proches, des êtres chers qui disparaissent, la maladie, la vieillesse ; nous avons tous à passer par ces épreuves douloureuses. 

Parfois on cherche à fuir la souffrance, à se réfugier dans la nostalgie, à ressasser. On se repasse inlassablement le film des jours heureux, ce qui nous fait du bien et du mal en même temps.

Je crois que la nostalgie est une stratégie pour ne pas faire véritablement l’épreuve de la souffrance en nous éloignant du présent. C’est aussi une réaction face à la vieillesse qui vient de façon inéluctable et que nous trouvons insupportable. J’ai souvent entendu ma mère dire « ah si j’avais vingt ans de moins ! » ou « Mon Dieu que le temps passe ! » ; exclamations douloureuses face à l’absurdité de la vie.

Depuis que je pratique la méditation j’ai découvert une manière très différente de traverser les épreuves douloureuses. C’est ce que Chögyam Trungpa appelle le cœur authentique de la tristesse.  Faire l’épreuve de la douleur, au présent, dans une sorte de tristesse mêlée de tendresse. Même si elle n’est pas coupée du passé, cette tristesse n’est pas ressassement ni nostalgie. Cette tristesse-là est au fond très proche de la joie. 

Quelques mots de  Chögyam Trungpa à ce propos:
« Si nous cherchons le cœur éveillé, si nous creusons dans notre poitrine pour le trouver, nous n'y découvrirons rien d'autre qu'une sensation de tendresse. C'est doux et endolori, et si nous ouvrons les yeux sur le monde, nous éprouvons une immense tristesse. Cette tristesse ne vient pas de ce qu'on nous ait maltraités. Nous ne sommes pas tristes parce que quelqu'un nous a insultés ou que nous nous sentons appauvris. Au contraire, cette expérience de tristesse est inconditionnelle. Elle a lieu parce que notre cœur est complètement écorché. »
C'est cette expérience d'un cœur triste et tendre qui donne naissance au courage.

Xavier Ripoche
Paris

dimanche 16 juillet 2017

Qu'est-ce qui fait battre notre cœur aussi puissamment ?

Portrait du poète Hölderlin par Franz Karl Hiemer.
Le poète Hölderlin aperçoit le monde qui l’entoure de manière intense. 

En 1788 il entrevoit pour la première fois le Rhin dans toute sa largeur du côté de Spire.
Il écrit alors dans une lettre aux siens : 

“ J’ai cru renaître à la vue de ce qui se montrait à moi.
Mes sens se dilatèrent, mon cœur battit plus puissamment, mon esprit fuit dans le lointain inaccessible au regard et mes yeux s’étonnèrent .. le Rhin, majestueux, calme … j’ai été ému, rentrai chez moi et remerciai Dieu d’avoir la capacité de ressentir alors que des milliers d’hommes,  indifférents, passent à toute allure.”

La méditation développe cette dilatation des sens, elle aiguise nos perceptions. 

Aussi elle nous encourage à marquer un temps d’arrêt, "innehalten" dit si bien l’allemand, "tenir dedans", c’est-à-dire suspendre le flux de l’activité.
Mais cette capacité du "innehalten" n’est pas une affaire de volonté, elle naît dans la rencontre avec le monde.
Qu’est-ce qui fait battre notre cœur plus puissamment, nos yeux s’étonner ? 

Pour ma part, il m’arrive parfois de rencontrer quelqu’un que j’aime, de façon inattendue, par surprise, un peu comme si je lui avais donné rendez-vous. Mais comme nous ne nous sommes pas donné rendez-vous la rencontre a une saveur particulière, paraît plus réelle, exempte de mes attentes… Et mon émotion ressemble à la joie enfantine de retrouvailles improbables. 

Je suis alors très reconnaissante à la vie de pouvoir ressentir.

Elisabeth Larivière
Paris

mercredi 12 juillet 2017

Le Musée est-il un espace méditatif ?...

Dimanche après-midi. J'ai beaucoup travaillé toute cette semaine et je me fais une joie d'aller au Musée de l'Orangerie de Paris, où sont exposées les magnifiques fresques Nymphéas de Monet. 

Cette orangerie est un lieu assez magique. Claude Monet l'a spécialement choisie pour créer et exposer ses Nymphéas et en faire un espace de méditation. Elle est située au cœur de la capitale, dans le grand Jardin des Tuilerie. À quelques pas de la Seine. Dans un bâtiment construit de manière à relier l'Est et l'Ouest, avec de toutes parts une belle lumière naturelle qui entre généreusement et met en valeur les peintures.

Bref, je vais pouvoir me poser et goûter à cet espace méditatif imaginé par un grand maître de l'art moderne. C'est ce que j'imagine en tous cas...

Cela fait 3 ou 4 ans que je ne suis pas venue ; je suis surprise quand j'arrive que les salles soient non seulement bondées mais aussi très bruyantes. C'est une véritable cacophonie malgré les rappels à l'ordre réguliers des gardiens qui demandent "un peu moins de bruit s'il vous plaît". 

Un flot continu de visiteurs passent en désordre devant les immenses fresques sans laisser la possibilité à quiconque de les voir. Même en restant immobile, il n'y a pas moyen de se relier à la subtilité de ces peintures que Claude Monet a mis tant d'années à réaliser... 

Je suis contrariée. Je pensais pouvoir être là pour de bon, être pleinement présente face aux fresques et non. Le capharnaüm ambiant me fait même regretter de ne pas avoir un casque anti-bruit !...

Et soudain, un ange apparaît.
Une petite fille blonde, jolie comme tout, coquine, coiffée d'un chapeau de paille, suit sa mère en trottinant, tire un peu sur sa jupe et l'invite à s'asseoir par terre avec elle. 

Mon cœur s'ouvre spontanément. 

Je suis attendrie exactement de la même manière que dans les pratiques de bienveillance que nous faisons en groupe le jeudi soir à Paris. Cette petite fille me met le sourire aux lèvres. Une détente profonde m'envahit et je commence à regarder autour de moi. 

Ce ne sont pas les fresques qui sont à voir aujourd'hui mais les gens ! 
Et je les découvre beaux, joyeux, tranquilles, amoureux, soucieux, curieux, fatigués... 

La splendide lumière zénithale des salles les embellit, les met en valeur de manière tendre et harmonieuse. L'atmosphère s'emplit de douceur et de clarté. Je commence à prendre des photos avec mon téléphone et mon cœur s'ouvre un peu plus. Certaine, certain me regarde, je leur souris en les photographiant. 

Je me sens reliée.

C'est l'été, il fait très chaud, et tout est bon dans cette situation.





Marie-Laurence Cattoire
Paris

jeudi 6 juillet 2017

La vie, maître de méditation par excellence !

Vendredi 19 mai 2017

L’École occidentale de méditation et La vie ont organisé à la salle Pleyel une journée consacrée à la méditation autour du thème : 
« Vers une santé corps/esprit ». 
Quel programme ! Mais trop de travail m’a fait différer l’inscription à cette journée. Et la veille au soir, je pense que je n’aurai pas le courage d’y aller. 

Pourtant, le matin même, à 7 heures, je me décide. J’arrive, écoute avec intérêt les premiers intervenants, qui évoquent les effets de la méditation sur la santé, à partir de leurs expériences thérapeutiques dans le domaine de la psychiatrie ou de la cancérologie. Je me sens déjà très heureuse de participer à cette journée ! 

Puis arrive soudain Nicole Bordeleau qui est venue raconter l’histoire de sa guérison. 

Ce qui m’avait permis de résister à la fatigue jusque-là, c’était la réflexion. D’un seul coup, je suis projetée à un tout autre niveau d’attention, par la présence même de cette intervenante québécoise qui parle de son existence avec une entière spontanéité, et sans aucun exhibitionnisme : Elle est née dans une famille marquée par l’alcoolisme,  a été toxicomane, dépendante à la cocaïne, s’en est sortie, puis, au moment où la vie semblait reprendre son cours, elle apprend qu’elle est atteinte par une Hépatite C. Dans les années 90, où on lui annonce cette catastrophe, il n’y a pas de traitement.
Ce matin du 19 mai, face à la salle comble de Pleyel, Nicole ne parle pas aussitôt de méditation, mais toute sa personne et son histoire ne parlent que de cela. Vêtue d’une veste blanche, seule au milieu de la grande scène du théâtre, elle emplit soudain l’espace d’une émotion palpable. Nous sommes avec elle, plus de vingt-cinq ans plus tôt.

Avec elle, nous sommes en effet sous le choc de l’annonce qui la terrasse. Et le choc se traduit, comme bien souvent dans ces situations, par un immense : « POURQUOI ? ». Lequel ne tarde pas à se démultiplier : « Pourquoi, pourquoi moi, pourquoi maintenant ? » Tout en Nicole est braqué, raidi contre la perspective d’une maladie grave, incurable, et stigmatisante puisqu’elle fait partie de ces pathologies qui, comme le sida, font peser l’opprobre sur ceux qui en sont atteints, parce loin d’être considérés comme des victimes, on les juge souvent responsables de leur sort.
Or, Nicole avait précisément tout fait pour échapper à la cocaïne ! Elle ne « méritait » donc pas cela ! Et pourtant, brusquement : le gouffre !  Tout l’être de la jeune femme n’est que refus de l’épreuve qui lui est imposée.
Mais rapidement, se fait jour dans son esprit, que le « pourquoi », ou le déni du réel, est une impasse. Quelque chose se déplace alors : la question « pourquoi ? » fait doucement place à la question  « comment ? » : « Comment continuer à travailler, à payer les traites et les frais divers, comment affronter la maladie ?» Portée par les efforts de réponse à ces questions, la vie s’est alors un peu remise en mouvement…
Mais un pas de plus est encore nécessaire : Si le comment a progressivement supplanté le pourquoi qui fige tout, il n’en a pas moins différé la vie… au moment improbable d’une future guérison. Quand la maladie sera vaincue,  alors il sera possible de recommencer à vivre ! Mais le sera-t-elle ? Et est-ce à dire que, en attendant, il n’y a plus de vie, et que dans l’hypothèse fort possible d’une absence de guérison, tout le temps qui reste ne sera pas vécu ?

C’est ici que se produit, dans la vie de Nicole, comme pour les auditeurs de ce matin-là à la salle Pleyel, une salutaire révélation ! Depuis l’annonce de la maladie, Nicole n’est plus assurée d’aucun lendemain. Mais est-ce si exceptionnel ? Nicole aperçoit soudainement l’évidence suivante laquelle elle n’est pas la seule dans cette situation, et que c’est plutôt le lot commun ! À cette différence près que les humains qui ne sont pas sous la menace d’une maladie mortelle se plaisent à l’oublier allègrement. Il est une chose qu’ils savent d’un savoir si abstrait qu’il confine à l’ignorance, à savoir, que tout se joue dans l’instant. Il n’y a pas d’après ! Et s’il doit y en avoir un, il sera d’autant plus riche, qu’on n’aura pas déporté sur cet ancien futur l’intérêt que nous aurions dû réserver au seul moment dont, tous autant que nous sommes, nous soyons assurés même s’il est difficile : le moment présent. 

D’où le titre du livre de Nicole : Vivre, c’est guérir !
Quel titre, Ah mais quel titre !! Vivre non pas dans l’espoir du moment où l’on pourra retourner à la « normale », mais s’en tenir à la situation comme elle se donne, y compris dans sa brutalité, à chaque instant ! Moment après moment !
La maladie conviait ainsi Nicole à revenir à la condition qui lui était faite, sans échappatoire possible. Exactement comme y invite la méditation ! Laquelle devait précisément permettre à Nicole d’apprivoiser la violence de cette situation. La « guérison » ne pouvait être qu’à ce prix.
Dans le silence d’une densité saisissante de la salle Pleyel, je me suis dit qu’un pareil témoignage devait absolument être entendu par plusieurs de mes amis atteints de maladies très graves, mais qu’il pouvait également être une aide puissante pour n’importe qui ! Vivre, c’est guérir, cela doit être entendu avec toute l’amplitude possible. Vivre, c’est-à-dire vivre comme s’il n’y avait que le moment actuellement donné, c’est guérir si on est atteint d’une maladie, et même si on finit par en mourir un jour ! Mais ce n’est pas tout : Vivre, c’est guérir, même si on ne fait pas l’objet d’un diagnostic médical fatal ! 

Car toutes nos vies sont atteintes par cette forme de déperdition qui nous pousse à les renvoyer au lendemain ! Elles sont, en ce sens, toutes malades d’inconsistance. « Qu’on observe ses pensées, écrit Pascal, on les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir, et il est inévitable qu’espérant toujours d’être heureux, nous ne le soyons jamais ». Or, ce que nous disait Nicole ce matin-là, c’est qu’on ne peut pas attendre de vivre idéalement pour vivre ! Qu’on ne peut pas attendre d’être dans la situation rêvée (pour elle à ce moment-là, avoir vaincu l’hépatite C ) pour se mettre à l’œuvre de sa propre vie. On ne peut que prendre la vie, comme elle est, à bras de corps, sur le champ. Nicole ne pouvait être assurée d’aucun lendemain. Mais les « bien portants » non plus ! Et pourtant, eux aussi remettent leur vie à plus tard…

Autrement dit, il y a une guérison d’avant la guérison des symptômes.  Sur le plan médical, elle ne devait survenir pour Nicole que 25 ans plus tard ! Vivre, c’est guérir, cela peut même être entendu de la façon suivante : vivre, c’est guérir, quand bien même, organiquement, on ne reviendrait pas entièrement ou vraiment à la normale.   
 Prendre sa vie à bras le corps y compris lorsqu’elle vous chahute, c’est guérir ! Ne pas être en bonne santé, c’est projeter, comme nous le faisons tous si souvent, la vie à plus tard.
Vous aurez évidemment reconnu, là encore, ce que nous propose la méditation : revenir à la présence du présent ou au présent de la présence ! Mais quand la vie force à penser qu’ il n’y a rien d’autre que maintenant (et qu’on n’a donc plus que jamais envie de rêver les yeux ouverts ou de se projeter ailleurs !), c’est à cet instant même que la méditation est la plus précieuse, pour soutenir la difficulté de l’épreuve. 

Nicole parla alors non seulement des pratiques méditatives qui lui permirent de se relier au souffle qui nous lie à la vie, mais aussi des pratiques de yoga qui l’ invitèrent à faire de même. Dans l’expérience la plus tragique en effet, le souffle ne nous trahit pas. Dans l’angoisse, la révolte ou la colère, il est le flot qui nous porte toujours. Yoga et méditation de pleine présence ont donc été pour Nicole, les premiers soutiens qui l’ont réconciliée avec elle-même.
Mais quand on est atteint d’une maladie potentiellement mortelle, contractée lors de conduites addictives héritées d’une famille où l’alcoolisme avait antérieurement déjà fait des ravages, il fallait aussi s’extraire de la spirale de maltraitances subies, mais aussi intériorisées. Si les pratiques de yoga et de méditations étaient essentielles, prendre soin de soi avec douceur était également nécessaire. Elles n’étaient que le prélude à la tendre compassion à l’égard de soi et des autres qui s’imposait. Oser s’aimer comme on aime parfois quelqu’un d’autre !
C’est alors que Nicole Bordeleau s’est mise à guider une pratique de bienveillance aimante avec une ferveur touchante. J’ai été frappée non seulement par l’ardeur avec laquelle nous avons été emportés par notre guide, mais par le déroulement de l’exercice choisi pour nous faire toucher à la bienveillance dont elle est manifestement habitée. Tout d’abord, les spectateurs (qui n’étaient plus alors de simples spectateurs !) ont été priés de penser à un être qu’ils avaient inconditionnellement aimé. Ils pouvaient choisir un humain ou un animal. Puis, sans transition, ils ont été invités à laisser se superposer à l’image de cet être cher, leur propre image, puis à laisser venir celle d’un être moins apprécié. Le souvenir que je garde de ce magnifique moment, c’est celui d’une unité, d’une absence de séparation : l’image de l’être aimé, de la sienne propre, ou d’un être avec lequel les relations furent douloureuses constituaient un même tout. Que l’image de l’un puisse s’effacer, en toute douceur, au bénéfice de l’autre paraissait finalement naturel. Les images des uns et des autres se fondaient les unes dans les autres dans une même lumière de bienveillance.

À peine avions nous fini cette pratique, que ma voisine s’est levée, suivie de plusieurs autres spectateurs, puis de toute la salle. Nous avons applaudi debout pendant de très longues minutes. Une muraille venait de tomber : autour de moi des gens qui ne se connaissaient pas une heure plus tôt se sont mis à parler. 

Après cela, la pause s’imposait. Je suis descendue au rez-de-chaussée où en quelques minutes tous les exemplaires de Vivre, c’est guérir ! ont été vendus. Je l’ai acheté avec l’intention de le donner à mes amis malades.

Dans son livre, Nicole, s’appuyant sur des recherches scientifiques, parle notamment de la nécessité de ne pas faire de la guérison un objectif.  « Selon Stephen Levine, écrit-elle, pour guérir, on doit abandonner tout attachement excessif à l’espoir de voir la « guérison » se produire comme on le désire. Toute volonté compulsive de guérir dirige notre attention non pas sur la guérison, mais sur la maladie. » 

En lisant cela, j’ai pensé à l’inespoir ( qui diffère radicalement du désespoir ) dont nous parle C. Trungpa dans sa Folle sagesse. « L’essence de la folle sagesse, c’est qu’on ne possède aucun idéal ou programme stratégique, on est simplement ouvert. » Car, « seul le renoncement à nos projets instaure l’état positif, certain, ultime, c’est-à-dire la prise de conscience que nous sommes déjà des êtres éveillés. » 

Quand on cesse de faire de la guérison un projet, la guérison peut commencer.
Il semble bien que, désormais libérée de toute atteinte par l’hépatite C depuis deux ans, Nicole ait fini par guérir en tous les sens du terme.
Interrogeant Arnaud Desjardins, Emmanuel, son fils, lui demande :
« Toi même, tu es « libéré » ou « éveillé » ? Arnaud lui répond : « Je suis guéri. »
Il est donc une guérison au delà-même du rétablissement de la santé.

Merci à L’École occidentale de méditation, à tous ses bénévoles, et à La Vie d’avoir rendu possible une telle journée.  C’était magnifique de voir ainsi vivre l’École hors de l’École ! 


Danielle Moyse
Chennevières





samedi 24 juin 2017

"S’accorder au rythme de la vie"

Impression V - Kandinsky
C’est pleine de joie que je reviens du stage Confiance enseigné avec tendresse et courage par Marie-Laurence Cattoire et Yves Dallavalle.

Parmi les trésors offerts avec tant de générosité pendant ces journées riches et intenses,  quelques perles vont briller encore longtemps. 

L’une d’entre elle brille en ce moment d’un éclat plus soutenu, elle parle du rythme de la vie. 

« S’accorder au rythme de la vie" est une phrase déjà entendue, une de ces phrases qu’on aime bien garder dans son coffre à trésors où ses mots évocateurs ouvrent sur une promesse. 

Qu’est-ce au juste, le rythme de la vie ?  

Avec précision et acuité, Marie-Laurence a donné de la chair à cette phrase un peu nébuleuse quand on reste dans la fascination qu’elle exerce, fascination pour un rythme qu’on imagine celui de la ronde des sphères célestes, rêvé et gardé par paresse dans une confortable inaccessibilité. 

En réalité, « S’accorder au rythme de la vie » c’est beau et simple comme bonjour. C’est juste coïncider exactement, précisément,  avec ce qui se passe à chaque instant, coïncider avec chacune des manifestations de la vie ici maintenant, sans le moindre écart. Danse rapprochée. Un avion  passe, un avion passe. Un rais de soleil, un rais de soleil. Une douleur, une douleur. Une inquiétude, une inquiétude. Un serrement de coeur, un serrement de coeur. 

Coïncider exactement avec le ballet des multiples manifestations de la vie, suivre leur apparition et leur disparition, leur durée ou leur soudaineté, leur densité ou leur légèreté,  la façon dont elles se répondent ou s’entrechoquent, leur intensité ou leur ténuité. Grâce à notre corps ouvert sur le monde par tous nos sens,  nous sommes déjà accordés au rythme de la vie, nous sommes déjà dans la danse. La méditation nous offre le luxe de nous laisser porter par le mouvement de cette danse et d’apprécier ces moments où « s’accorder au rythme de la vie » prennent chair et deviennent réalité.

Merci Marie-Laurence de nous avoir montré ce beau chemin de la confiance !

Dominique Sauthier
Genève

lundi 29 mai 2017

Variations

Lundi

Je me réveille de très mauvaise humeur.  Mélange de mécontentement envers moi-même, de peur de l’avenir et de contrariété à l’idée de la journée qui m’attend. Je dégage Rosalie le chat de mon coussin.  Je m’assois.  Il fait beau.  L’écheveau de contrariétés pèse sur mon plexus. Il s’élargit pour former un losange entre la gorge, le nombril et la pointe des seins. Un merle chante. Le cerf-volant de contrariétés reste coincé et ne s’envole pas.
Je descends les escaliers.  La lumière vive du soleil m’accueille à travers la fenêtre de la porte d’entrée.

Mardi

Sur le coussin. La petite fille des voisins crie « Maman ! Maman ! ».  Leur chien aboie.  Qu’est ce qu’il est bête ce chien.  Le vent frappe la fenêtre entrouverte.  Une pie passe.  Je n’aime pas les pies.
Bercée par le flux et le reflux du souffle.  Bercée par le doux ressac des pensées.  Soupir.

Mercredi

Je me suis réveillée très en retard.  Pas de coussin ce matin.
Le chauffeur de bus m’a vue au coin de la rue.  Il m’a attendue.  La journée commence bien.

Jeudi

Jeudi de l’Ascension.  Je suis bien dans le jardin, au soleil, en train de bouquiner.  Je me décide enfin à aller méditer.  Je me pose sur le coussin.  Sensation de lourdeur au niveau du plexus qui remonte jusqu’à la gorge qui se serre.  Un sentiment de tristesse m’envahit.  Je cherche un peu le pourquoi de cette tristesse qui apparaît si brusquement. 
Ma mère est décédée il y a tout juste un an.  J’avais oublié.  Je pleure ma maman sur le coussin. Mon chagrin se mêle aux cris d’alerte des parents oiseaux qui ont repéré Rosalie le chat près de l’arbre où sont perchés leurs petits.

Vendredi

Je fais le pont. Ciel bleu.  Le vent fait danser les feuilles des marronniers. Mon bas ventre est pesant. Pesant du poids de mon âge. Assise sur le coussin, mon corps est un morceau de pierre ponce toute grise.
Est-il possible de retrouver la légèreté et la vivacité de l’enfance ?  Comme les petits enfants de mes voisins.  A fond, à fond,  toujours à fond.  Splendeur de l’enfance.

Anne Vignau
Saint-Gratien

vendredi 14 avril 2017

On ne peut habiter qu’un poème. Sinon on erre.

Nous écoutons un poème.
Ce sont des mots. Mais d’abord des sons. Des mots qui sont comme des notes.

Avec des S qui sifflent.
Avec des L qui lapent.
Avec des R qui rappent et des K qui claquent.

Des mots qu’on ne comprend pas. Qu’on ne cesse jamais de comprendre. Toujours autrement.
Des mots qu’on entend. Sans jamais finir d’en saisir le sens. Des mots qui sonnent et résonnent. Ouverts.

Des mots énoncés, proclamés. Qu’on ne peut pas lire juste pour soi-même.
L’instrument du poète : sa voix. Celle-ci est grave, sombre, chargée du poids du siècle. Sombre et légère. Lourde et fluette. Fragile. Si fragile. Un souffle trop brusque pourrait la faire fuir. Mais solide. Un sol sur lequel reposer. Solide parce que fragile. Un abri. Le lieu où habiter.

On ne peut habiter qu’un poème. Sinon on erre. Seul le poème nous relie. Aux autres, au monde, au ciel et à la terre. Sans poème, pas de sol. Ça se disperse. Ça s’éparpille. Ça se renverse. Ça n’a plus de mesure. Le poème donne la mesure. Après on est libre. On a sa propre écoute. La même pour tous.

Le poème. Le même pour tous. Ensemble. Et pour chacun. Le même. En propre.

Benjamin Couchot
Dinard

vendredi 17 mars 2017

Le courage c’est avoir du cœur

Il n’est pas besoin de suivre un cours en 10 leçons pour avoir du courage. Vous en avez fait l’épreuve, déjà, en pratiquant la méditation. Il y a quelque chose d’héroïque dans la pratique de la méditation : oser ne rien faire et examiner sur le champ ce qui survient. Avoir le courage de regarder ce qui est et ne pas éviter l’expérience, et puis  la laisser pour ce qu’elle est.

Courage est un mot qui fait un peu peur car il est souvent utilisé pour des actes qui sont grandioses, extraordinaires, ou à propos de personnalités hors du commun. Cela impressionne beaucoup mais en fait ce n’est pas cela, pas cela du tout.

Le courage n’est pas une bravoure ou une témérité aveugle, le courage c’est avoir du cœur. Nous ne l’entendons plus si bien en français mais le coeurage c’est être à l’écoute intime de ce que le cœur dit. C’est avoir le cœur réveillé.

Le pratiquant s’entraîne ainsi à ne pas porter d’armure, à ne pas se protéger des autres et du monde. Il y est de plain-pied, dans le monde. Et en œuvrant avec courage, il éveille le courage par où il passe. C’est tout simple, lorsque nous rencontrons quelqu’un de très courageux, cela éveille le courage en nous, n’avez-vous pas vous aussi fait un jour cette expérience?

Apprendre à explorer ses peurs et ses doutes, c’est apprendre à ne pas se couper d’une part de notre humanité. Pour notre temps, celui des marchands d’illusions où les garants de la vérité s’effondrent et où la peur de la peur monte les hommes contre les hommes, il est essentiel d’apprendre à ne plus avoir peur de l’entièreté de notre expérience.

Marine Manouvrier
Bruxelles

NB cet enseignement est extrait des Stages de Confiance organisés par l'École. Pour en savoir plus.

mardi 14 mars 2017

La précision est mère de la douceur.

La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'était en 2005, à l'occasion d'une réunion de préparation d'un week-end de méditation. 

Certains bénévoles s'inquiétaient d'être trop stressés ou trop brusques avec les participants, impressionnés par la tâche qui leur était confiée. Tous n'aspiraient qu'à une chose sans savoir comment faire : être le plus accueillant possible, de la plus grande douceur possible.

Fabrice Midal a répondu alors "la précision est mère de la douceur". 

Cette phrase m'a percutée en plein cœur. Jusque là je savais que je pouvais faire preuve de précision, j'étais même connue pour ça. Mais j'avais peur de ne jamais savoir être douce. 
Qu'il soit ainsi possible de faire le lien entre les deux m'a ouvert une voie que depuis j'explore dans ma vie, dans mon travail, dans ma pratique.

Par exemple j'ai enfin compris qu'il est très important d’aborder la méditation sans se culpabiliser, sans brutalité, sans en faire une obligation de plus. Mais plutôt de la regarder comme une expérience humaine, profonde, fondamentale. 

Pour cela, il est s'agit de bien établir sa pratique, avec précision et douceur. 
C'est pourquoi dans les stages nous passons tant de temps à expliquer en détails la méditation, la posture, le souffle, l'esprit, les émotions...

Et comment habiter son corps avec douceur ?


Ce n'est pas parce que nous restons immobile que nous n’entrons pas en rapport au corps. Au contraire ! Ce rapport est peut-être plus évident à comprendre lorsque l'on bouge, que l'on danse ou que l'on se promène. Et pourtant la méditation est un espace intime et profond de rencontre avec le corps. 

Une rencontre de la plus grande douceur. 

Car cette immobilité nous montre précisément combien nous sommes vivant, elle dévoile un espace rare dans lequel nous pouvons apprécier d’être un être corporel et vivant. Méditer est très physique, c’est une expérience pleine de sensations, qui nous invite à pendre le plus grand soin de ces sensations  la vue, l’ouïe, l’air sur notre peau, les tensions, les douleurs, les battements de notre cœur, notre souffle... 

Ainsi, au fil des ans, la précision que j'aiguise grâce à la méditation m'apprend à accueillir les choses et le monde avec davantage de douceur.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

lundi 20 février 2017

Lettre de mon moulin

Avez-vous déjà médité dans un moulin ?

Il y a trois semaines, j’ai eu l’occasion de diriger un week-end de méditation dans un moulin. Un vrai moulin, avec de grandes ailes, au milieu d’une splendide campagne, à la frontière de la Bretagne et de l'Anjou, des pays d'Ancenis et de Châteaubriant …


Plusieurs amis de Nantes, d’Angers, de Niort, de la Mayenne s’étaient réunis pour organiser ce rendez-vous dédié à la pratique de la méditation.

Estelle, notre hôtesse, avait transformé la salle à manger en salle de pratique. Mireille avait imaginé les repas de galettes
goûteuses et salades fraîches. Elles avaient tout mis en œuvre pour nous recevoir de la meilleure manière qui soit et nous permettre d’explorer ensemble les trois pratiques de méditation transmises dans l’École.

Le moulin n’était pas en reste : planté là depuis quelques siècles, solide, accueillant, il nous offrait un cadre idéal pour nous poser. Quelle chance de pouvoir juste s’asseoir dans un lieu authentique, ayant une âme et qui vous montre qu’habiter le monde est possible !

Édifié au XVII ème siècle puis agrandi en 1850, le Moulin du Bel Air est flanqué d’une belle minoterie en 1922 puis d’un magasin à farine en 1935. Avec l’avènement des minoteries industrielles, le moulin est laissé à l’abandon pour être repris et entièrement restauré par le père d’Estelle en 1972.

Écouter Estelle parler de « son » moulin est magique. On sent l’amour qu’elle a pour cette bâtisse avec laquelle elle a tissé une profonde intimité durant son enfance, et puis on sent aussi toute la tendresse qu’elle a pour sa famille, ses grands-parents qui ont œuvré ici-même, son amour pour ce pays qui est resté un « vrai » pays.



Cette atmosphère de bienveillance simple, humaine, naturelle a coloré notre week-end. 

Les 18 personnes rassemblées là ont senti à quel point être réellement quelque part et méditer ensemble est bon, profondément bon.

Comment habiter son corps. Découvrir le souffle. L’agilité de l’esprit. S’ouvrir aux perceptions sensorielles et retrouver la bonté du quotidien. Comprendre l’articulation entre la Pleine présence, la Confiance et l’Amour bienveillant *… tel était le programme que nous avons travaillé ensemble pour célébrer  la réussite de ces premiers groupes régionaux de l’École occidentale de méditation.

En rentrant à Paris je me sentais légère, emplie d’une joie simple, celle d’une enfant ayant pu jouer dans un vrai moulin le temps d’un week-end, celle d’une adulte retrouvant le goût des autres, de la nature, du vent et de la pluie.


* ces enseignements sont des extraits des modules transmis lors des stages de découverte de la méditation organisés par l'École occidentale de méditation.
 
Marie-Laurence Cattoire
Paris

dimanche 19 février 2017

Ne rien faire. Quoi ?

En lisant le livre de Fabrice Midal et réfléchissant aux nouveaux exercices qu’il donne, je me suis rendu compte que s’asseoir en silence sans but, sans rien chercher de particulier nous invite à laisser être quelque chose, d’emblée. Mais qu’est-ce que ce quelque chose ? Quel est-il ? On ne sait pas vraiment mais on pourrait le décrire comme le fait d’ouvrir une page blanche, se disposer, être directement dans un certain rapport. C’est un rapport où l’on n’est plus l’acteur principal d’un film autobiographique. Un film où tout prend racine à partir du "moi moi-même et encore moi", mais un rapport d’ouverture, de curiosité, d’écoute et d’attente pour laisser peut-être quelque chose se donner.

On ne sait pas vraiment ce que c’est, et au fond, on n’a pas besoin de savoir pour le faire. En ça, se foutre la paix met en jeu une certaine dimension d’aventure, on part à la découverte de soi, des autres, et du monde. C’est un déplacement du point de vue habituel pour redécouvrir quelque chose qui nous est naturel et que nous avons tendance à perdre, ou nous en éloigner.

Si l’on tente de décrire ce qui se donne lorsqu’on est disposé ainsi : prêt à la rencontre, pour autant qu’on accepte de ne pas savoir d’avance, de ne pas tout contrôler et de ne pas être possesseur de tout ; on pourrait dire tout simplement que c’est la vie qui est en nous et qui coule dans nos mains et notre cœur. C’est l’intelligence et le savoir de l’existence. C’est la santé et la tendre humanité. C’est la dignité et la justesse propre à l’être humain, qui nous habitent par delà les aléas de la vie et les turbulences de notre esprit.

Clément Cornet
Bourg la Reine

mercredi 8 février 2017

Temps couvert


Samedi matin, le temps est gris, le ciel est bas. Je me pose sur le coussin.  Je sens la présence de l’angoisse, à son endroit habituel, autour du plexus.  C’est agité et très vif. 
Cela me fait penser à une valse d’électrons qui s’agitent dans tous les sens.  Elle est pleine d’énergie, cette angoisse, tout en étant diffuse et sans cause particulière.   
La valse des électrons ralentit. L’angoisse diminue tout doucement et cède la place à un cœur lourd.   
C’est compact et pesant.
Et derrière ce gros caillou apparaît une béance, du vide.  La valse des électrons reprend de plus belle et l’angoisse vient remplir le vide.
C’était comme ça ce matin.  Tonalité grise de ma pratique, comme le temps qu’il faisait.
Anne Vignau
Saint-Gratien

jeudi 22 décembre 2016

Seul ou isolé ?

Shitao, Accroupi au bord de l’eau, 1690.
Un des cadeaux de la pratique de la méditation que je trouve particulièrement précieux est celui de mettre très au clair la différence entre l’isolement et la solitude. 

Quand nous nous sentons isolés nous ne sommes pas seulement coupés des autres et de tout ce qui nous entoure, la plupart du temps nous sommes aussi coupés de nous-même, de nos sensations.
Nous avons perdu tout contact en quelque sorte.

En revanche, la solitude va souvent de pair avec la plénitude. 


Sur le coussin, nous la découvrons réellement,  cette  solitude, nous l’éprouvons. En même temps nous nous apercevons que nous ne sommes pas isolés mais reliés en permanence - nous découvrons le mouvement incessant de la vie en nous, nos sens s’aiguisant apprennent à déceler le silence du silence … 


L’espace en nous et l’espace tout court s’amplifient et font de plus en plus un.

L’entraînement à la bienveillance nous rend sensibles aux liens d’une part, à notre provenance d’autre part.  

Dans la langue allemande le mot solitude, Einsamkeit, est plein de sens.

Il est constitué de « un », ein et du radical sam, apparenté à « ensemble » et qui indique le rassemblement.
Selon Heidegger c’est un rassemblement à la fine pointe de l’instant, là où le passé, le présent et l’avenir adviennent ensemble « dans la simplicité de cette unité qui est la leur et qui libère la possibilité même d’exister »
Heidegger nous aide à penser la solitude et surtout comment elle préserve la possibilité de la liberté.

D’un coeur capable d’embrasser l’infini,
Me voici immobile sur le rocher dressé.
Lune unique planant dans le bleu du ciel ;
Qui saura répondre à mon chant solitaire ?
Shitao


Elisabeth Larivière
Paris

vendredi 28 octobre 2016

L'amour à découvert

Sarasvati, 15e siècle, Tibet.
Pour qui a envie d’apprendre à aimer il existe un petit livre de poche rose, d’apparence modeste.
Il contient des joyaux … le titre est « L’amour à découvert » et l’auteur en est Fabrice Midal.

A l’âge de trente ans j’ai été jeune mariée.  Mon livre de chevet était celui d’Arnaud Desjardins, «Pour une vie réussie, un amour réussi» Je voulais réussir ma vie, y compris ma vie de couple.
J’avais une idée précise… mais l’amour prend souvent des tournures imprévues.

Comment faire pour apprendre à aimer ?

Le chapitre 8 du petit livre rose nous donne le secret :
Il y a trois points. 

Le premier, se décentrer
« La vérité de l’amour est d’être l’épreuve décentrée d’une ouverture radieuse.
» 
Et uniquement cela.
L’amour est l’aspiration que l’être que j’aime soit heureux.
Mais cette aspiration, il y a besoin de la faire naître et de la soutenir, jour après jour. 
 
Le deuxième, c’est chanter l’aspiration du cœur noble
Chanter extirpe les peurs, donne du courage - chanter met le cœur en joie …. et nous chantons pour chasser les poussières qui se déposent sur point tendre de notre cœur .
Notre cœur qui, nativement, a l’aspiration que tous les êtres soient heureux.
« A chaque moment du jour et de la nuit, devant chaque être que tu rencontres, touche en ton cœur cette aspiration à ce qu’il soit heureux et tu trancheras le souci égocentrique et étroit qui rend ta vie si grise »

Le troisième, l’amour ne se contrôle pas, il se donne
Et cela nous fait peur.
L’amour nous fait peur.
D’autre part nous avons généralement du mal avec le fait que l’amour n’est pas le résultat de nos efforts et qu’il n’est pas l’effet de nos mérites.
Sa venue échappe à tout contrôle. 
Être aimé est une pure grâce.
Le travail à faire, le dur travail, est d’apprendre à le laisser advenir.

Elisabeth Larivière
Paris 

Elisabeth transmet la pratique de la Bienveillance certains jeudis soirs à Paris.

mercredi 26 octobre 2016

Tribulations d’un coussin

@Assises de méditation Made in France.
Lorsque j’ai découvert la méditation il y a 15 ans, nous pratiquions sur des coussins ronds et assez plats. Ils induisaient une assise très ancrée, avec les genoux posés sur terre. Ce qui m’a marqué tout de suite, c’était le sol qu’il m’offrait. Enfin un lieu pour ne rien faire, respirer, poser là tout mon être. Je me suis rapidement procuré un joli coussin tout blanc tout rond. Il était petit et cela m’arrangeait. Je pouvais le glisser sous le lit, ni vu ni connu.

Quelques étés plus tard, j’ai découvert dans le Limousin le coussin carré de l’École occidentale de méditation. Avec lui, une posture différente et des questions: que faire de ces genoux laissés libres? Que faire de ce léger déséquilibre qui me rappelle celui de mon existence ? Cela me désarçonnait et je fus rassurée de retrouver mon petit coussin blanc à mon retour à Bruxelles.

L’été suivant pourtant un coussin carré rouge et jaune est revenu avec moi du séminaire, décidée à apprivoiser le déséquilibre. Plus question cette fois de le pousser en dessous de mon lit, il m’a fallu lui faire une place dans mon tout petit appartement. Je l’ai posé dans un coin, ce n’était pas l’idéal mais au moins il était là, visible.

L’année dernière, changement de lieu, changement de place, le voilà presque au milieu d’une pièce de l’appartement. Et, il y a quelques jours, alors j’entends pour la énième fois l'instruction de base pour apprendre à méditer chez soi : « il est bon d'aménager un lieu pour la pratique », voilà que la magie des enseignements se produit (nous avons beau les entendre et les réentendre, il y a toujours quelque chose de neuf à apprendre). Etait-ce véritablement un lieu dédié à la pratique ? Pas si sûr… avec l’aide d’amis chers, j'ai regardé à neuf et décidé de transformer quelques petites choses.

Un paravent, deux estampes chinoises suspendues sur un mur blanc, et mon beau coussin - noir maintenant - posé en leur faisant face. Cette fois, ça y est !

Puis enfin, s’assoir dans cet espace.

Et voilà que l’expérience de la méditation y est entièrement transformée. A peine posée, je suis entièrement convoquée par l’esprit de la pratique. Ce qui aurait pu passer pour un souci décoratif est un fait un souci d’harmonie.

Si je me suis permise de partager les tribulations de mon coussin depuis le dessous de mon lit jusqu'au cœur de mon foyer, c’est qu’elles symbolisent bien le cheminement de la pratique dans mon existence.

Et le vôtre, quelle place lui avez vous donnée ?

Marine Manouvrier
Bruxelles

vendredi 21 octobre 2016

La vertu des stages

Notre École a donné fin septembre son tout premier stage d’Amour bienveillant. Nous étions 40 réunis dans la jolie campagne normande d’Aubry-le-Panthou pour découvrir et approfondir un ensemble de pratiques précieuses et essentielles et pour retrouver un lien à notre cœur, à nos proches et au monde. 

Voici quelques témoignages touchants qui reflètent l’atmosphère très particulière aussi bien que le travail de fond que nous avons partagés :

    « Une plongée dans de l’océan du cœur » Jean-Marc
    « Un travail de pionniers » Annette
    « Il y a une telle précision dans les réponses à chacune des questions que nous nous posons quand nous abordons ces pratiques » Nell
    « J’ai l’impression d’avoir trouvé le chemin de mon cœur » Laure
    « Je sens une grande gratitude en recevant toutes ces pratiques… La manière de les présenter est tellement simple et lumineuse » Boris
    « Le cadre affectueux de l’École me permet de faire l’expérience de la Bienveillance malgré les difficultés. Et mon lien aux autres s’en trouve renforcé. » Valérie

Les conditions étaient idéales pour donner naissance à cette grande première et chacune, chacun peut témoigner d’une expérience importante. 


Les pratiques d’Amour bienveillant recèlent de grandes possibilités de transformation et sont la voie royale pour entrer en amitié avec soi. La bienveillance est au cœur de tous les enseignements transmis dans l'École. Pourquoi ? Peut-être parce ce qu'elle sauvera le monde de la brutalité ordinaire dans laquelle il s'engouffre chaque jour un peu plus... 
Qui n'a pas rêvé enfant ou adolescent de "sauver le monde" ? 
Et si l'on pouvait commencer par soi, par entrer en amitié avec soi, par prendre soin de ceux qui nous entourent qu'ils soient amis ou étrangers ?

La bienveillance est également au cœur  de la Pleine présence telle qu'elle est apprise dans l'École. "Bienveillance et Pleine présence sont les deux ailes du même oiseau" aime à rappeler Fabrice Midal.

Cette délicatesse, ce soin avec lequel nous pouvons aborder la pratique, voilà où réside la bienveillance, toujours accessible pour peu qu'on lui donne droit.

Marie-Laurence Cattoire
Paris 

Pour en savoir plus sur les stages organisés par l'École occidentale de méditation

dimanche 16 octobre 2016

Se tourner vers ce qui apaise

Claude Joseph Vernet, Un port de mer au clair de lune, 1761, Paris, musée du Louvre.
« Tourné attentivement vers ce qui apaise,
je me suis résolu à la nuit [indemne],
mes sens se sont écoulés de moi
et le cœur indiciblement en est multiplié. »

Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit

Une joie immense s’empara de moi, quand, revenant du premier stage de pratique de l’Amour bienveillant de l’École qui eut lieu en Normandie à la fin du mois dernier, je trouvais ces mots de Rainer Maria Rilke. En les lisant, il me semblait découvrir une description d’une incroyable justesse de ce que nous nous étions attaché à faire avec ardeur pendant ces quelques jours. Il y a toujours un côté déconcertant d’entendre parler de méditation là où il n’y aurait, en toute rigueur, aucune raison de l’évoquer. Rilke ne pratiquait pas la méditation, et pourtant, ses mots sont peut-être ceux qui en parlent le mieux. Sûrement est-ce parce que Rilke, comme tout poète véritable, parle de l’indicible de notre existence et que la méditation, par d’autres moyens, nous fait toucher ce même indicible.

Se tourner attentivement vers ce qui apaise, c’est très précisément ce que l’on fait dans la pratique de l’Amour bienveillant. Contrairement à la pratique de la pleine présence où l’on est attentif à tout ce qui survient, dans la pratique de l’Amour bienveillant, nous orientons de manière délibérée notre attention vers ce qui apaise. Parfois nous y allons directement en nous remémorant des moments où nous avons reçu la gratitude de l’amour ou en évoquant les personnes qui incarnent pour nous la bienveillance. Parfois, au contraire, nous passons par l’évocation d’éléments plus douloureux et nous cherchons un sens d’apaisement capable de prendre soin de nos souffrances. Dans toutes ses formes, la pratique de l’Amour bienveillant consiste à nous exercer avec douceur à développer la tendresse de notre cœur.

D’abord nous nous tournons vers ce qui apaise, et ensuite, si nous le pouvons – car même si nous nous y sommes résolu, il est très possible que nous n’y parvenions pas – nous nous abandonnons pleinement à l’épaisseur de cet apaisement. C’est là, dans la profondeur de notre cœur que réside la tonalité fondamentalement bienveillante de notre être. C’est une dimension pleinement ouverte, toujours disponible et que rien ne peut altérer. Elle est immense, souverainement paisible et indestructible, et en ce sens, elle ressemble à la nuit indemne du poète.
Dans la pratique, il est possible que nous ressentions des émotions très fortes. Il est possible aussi que nous ne ressentions rien, ou que nous ne percevions que quelques timides bribes de douceur. Cela n’a aucune sorte d’importance. Ce qui importe, quelle que soit l’intensité de ce que nous ressentons – ou de ce que nous ne ressentons pas – c’est d’observer comment ces sensations nous mettent en relation avec une dimension plus grande que nous-même. Comme si elles s’échappaient de nous pour aller à la rencontre des autres et du monde.
      
Nous partons à l’exploration de notre cœur, et nous découvrons quelque chose de bien plus vaste. Cette dimension d’amour bienveillant, que nous trouvons au plus profond de notre propre être, n’est pas limitée : la pratique est l’occasion de la laisser se déployer de façon exponentielle.

Benjamin Couchot
Paris

lundi 10 octobre 2016

Guérir de la peur

Paul Klee, Nördlicher Ort, 1923.
La pratique de la bienveillance aimante consiste à évoquer certaines situations de façon délibérée.
On évoque des situations dont le but est de nous relier à notre cœur, de réunifier notre cœur au monde pour apaiser notre propre souffrance mais aussi la souffrance des autres. 
La première vertu de cette pratique c’est de refaire lien.

Elle a été donnée par le Bouddha lui-même dans des circonstances particulières. Les moines partis dans la forêt n’arrivaient pas à y pratiquer parce qu’ils avaient peur d’être attaqués par des bêtes féroces et des brigands. Ainsi, le Bouddha leur a donné cet enseignement pour qu’ils puissent surmonter la peur. Il est bon de nous rappeler que c’est une pratique pour nous guérir de la peur !

Quand nous avons peur, nous nous sentons séparés, isolés, souvent  coupés de notre corps et de nos sensations, nous nous sentons loin des autres, parfois exclus, oubliés. Et nous sommes pris dans cette dichotomie entre moi et les autres.
L’amour bienveillant agit comme un baume qui nous permet d’expérimenter que nous ne sommes pas séparés des autres, de la nature, de notre environnement.
Mais il est très important de ne pas séparer la bienveillance pour soi de la bienveillance pour les autres.
Et très vite nous constatons que l’amitié pour soi est un vaste chantier.
Notre dureté vis-à-vis de nous mêmes peut être bien subtile et pas nécessairement apparente. 
C’est un énorme travail d’entrer en amitié avec soi. 


Pourquoi est-ce si difficile ?
Parce que la bienveillance n’est pas une question de volonté.
Elle ne peut naître que parce que nous touchons la blessure de notre cœur. Aller voir ce qui est blessé en nous, se relier à ces blessures peut être un très long chemin. Et il se peut que nous n’arrivons pas à toucher notre cœur blessé, que nous ne sentons rien.
Faire la paix avec ce qui est blessé en nous veut dire nous relier à la situation, quelle qu’elle soit.
C’est la seule manière pour que la bienveillance ne soit pas une injonction morale ou un vœu pieux.

Les mots du poète Robert Marteau "porter une amoureuse attention à la matière du monde" inspirent pour se mettre en piste …

Elisabeth Larivière
Paris

mercredi 28 septembre 2016

Une minute de silence

Dans une causerie donnée à Genève, quelques jours après  le choc des attentats de Paris en novembre dernier, Fabrice Midal dit: 

D’un certain point de vue méditer c’est faire une minute de silence. On ne fait rien. C'est comme un geste rituel, au sens le plus digne, qui préserve quelque chose de notre propre humanité.


Notre manière de ne rien faire ensemble est particulière par la posture que nous prenons.
Nous devenons intimes avec les deux rythmes qui nous habitent, notre cœur et notre souffle.
La posture nous rapproche de notre cœur, elle nous rappelle à notre cœur.

Physiquement, on peut l’entendre battre.
Et ça va tellement de soi pour nous que nous oublions le travail qu’accomplit ce cœur physique :
ce sont trente-six millions de battements par année, endormi ou éveillé, faisant circuler le sang dans plus de cent mille kilomètres de veines, d’artères et de capillaires et pompant  deux  millions cinq cent trente mille litres de sang chaque année.
Existe-t-il quelque chose d’aussi capable et résistant sur cette terre ?

Merci à ce cœur physique si extraordinaire !

Puis, les mots de Chögyam Trungpa: 
«  Dans la posture de méditation, assis droits mais détendus, notre cœur est à nu. Tout notre être est exposé, en premier lieu à nous-mêmes, mais aussi aux autres. C’est pourquoi lorsque nous nous exerçons à rester assis dans le calme et à suivre notre souffle à mesure qu’il sort et qu’il se dissout, nous établissons un contact avec notre cœur.
En nous laissant tout simplement être tels que nous sommes, nous commençons à éprouver une réelle sympathie envers nous-mêmes. »

Merci à cette posture si extraordinaire transmise d’être humain à être humain depuis deux mille cinq cents ans !

Est-elle la clef pour entrer en amitié avec nous-mêmes ?

Elisabeth Larivière 
Paris

vendredi 16 septembre 2016

La Joie d’être triste

Il y des moments dans nos existences qui ressemblent un peu à des traversées du désert; tout semble aride, la vie bien loin, la source tarie. La maladie a touché mes parents, bouleversant leur existence et mettant en évidence combien ils sont fragiles et dépendants.  Même si je me suis préparée au fait qu’un jour mes parents vont mourir, je suis très éprouvée par la réalité de la situation; les petits détails liés au délitement du corps me transpercent comme autant de  flèches : un dentier à nettoyer, la nourriture qu’une main autrefois si habile laisse tomber par terre, le frottement des pieds que les jambes n’ont plus la force de soulever, … Ce désastre me remplit d'une tristesse qui vient s’insinuer dans ma vie, imprégnant  mes journées d’un brouillard d’inquiétude qui effrite mon allant.

Lors de la retraite d’été qu’il dirigeait, Fabrice Midal a instruit une pratique d’amour bienveillant sur la Joie. Dans cette pratique, il a évoqué une croyance  qui peut  nous empêcher d’accéder à la Joie : nous pensons souvent que nous n’avons pas le droit d’être heureux. 
Cette phrase m’a évidemment interpellée et j’ai constaté que oui, dans cette situation,  je ne m’autorisais pas à être heureuse et que la Joie n’était pas vraiment au rendez-vous. 

Mais paradoxalement,  pendant une pratique où j’ai laissé libre cours à ma tristesse, la Joie est apparue.  J’ai ressenti la tristesse comme un mouvement du cœur vivant, et sentir ce cœur vivant m’a fait accéder à une Joie pure et profonde.

Dominique
Sauthier
Genève

Le tout premier stage de l'École pour découvrir et pratiquer l'Amour bienveillant sera donné du 27 septembre au 2 octobre prochains, en Normandie. Ouvert à tous ceux qui ont déjà suivi un stage de Pleine présence. Renseignements ici.