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lundi 13 mars 2017

Ribambelle

L'autre jour je méditais avec des enfants. Nous partagions l'écoute du silence. Les sons étaient bel et bien là – posés en équilibre dessus, accrochés par la queue comme des casseroles dans une cuisine, des croches sur une portée de notes. Les autos derrière les fenêtres, les radiateurs devant, des voix se répondant dans la cour, leurs propres mouvements – toute chose générait des bruits qui faisaient sourire les enfants.
Ils souriaient comme on fait lorsqu'on reconnaît de loin dans la rue un copain. Comme devant son dessert préféré ou un dessin géant à colorier. Mais peut-être souriaient-ils d'abord au silence tapi dessous les bruits. Ils semblaient le guetter malicieusement du coin de l'œil.
Suspendus comme ils étaient en haut des chaises, leur petite taille les préservait si bien de la pesanteur qu'ils paraissaient flotter un peu au-dessus de la terre et prêts à s'envoler au premier courant d'air.
Nous partagions l'affût du silence – c'est lui, autant que l'immobilité (sa cousine), qui nous mettait ensemble. Je respirais petitement pour ne pas risquer un courant d'air – me faisant l'effet d'un promeneur attardé sur la lande au crépuscule, ayant surpris une ribambelle de korrigans.
Mon souffle cependant agitait quelque peu leurs silhouettes comme découpées en guirlande dans du papier d'argent et traversées d'un fil. C'était quoi ? une ou deux minutes de notre temps. Mais le temps aussi était suspendu à ce fil.
Seule l'enfance peut-être sait flotter ainsi sans se perdre. A chaque âge son point d'équilibre. Plus tard on pèse son poids sur la terre. Enfant (ou plume) on est tenu à mi-chemin par l'appel du ciel.

Yves Dallavalle
Chapendu

lundi 12 décembre 2016

L’ego rend tout sérieux et important, alors que l’esprit rit de tout

Dans une de mes lectures, je suis tombée sur une citation qui m’a fait penser à la fraîcheur de la pratique de la méditation.
«  l’ego rend tout sérieux et important, alors que l’esprit rit de tout »*
Au fil des heures posées sur le coussin, nous apprenons à voir comment la logique du "moi-moi-même-et-encore-moi" solidifie la situation, les pensées, les émotions. 

Cette logique leur donne un poids et même une gravité, qui non seulement n’est absolument pas nécessaire mais qui de plus empêche tout rapport libre à cette situation étonnante, cette pensée saugrenue, cette émotion inattendue. 

Cette logique de l’ego, pour reprendre le terme de la citation, restreint terriblement notre expérience.
Si l’esprit rit de tout, c’est bien qu’il peut-être bondissant, ouvert, vigilant, posé … et, en tous cas, insaisissable. 

L'esprit a quelque chose de facétieux qui, lorsque nous nous y ouvrons, fait naître un sourire complice au creux de notre être.

Marine Manouvrier
Bruxelles
 
* "Les neuf leçon du guerrier maasaï" de Xavier Péron aux Editions Jouvence

vendredi 14 octobre 2016

Un dimanche à Bruxelles

C’est baigné du soleil de l’automne bruxellois que nous avons ce dimanche dernier exploré les Bases de la Méditation en un Jour.
Marie-Laurence Cattoire nous a promené au travers des 6 points de la posture et a allègrement tranché dans les grands idées fausses les plus répandues à propos de la méditation. 
Après avoir goûté la richesse de la vie en nous en nous appuyant sur le souffle, ce sont quelques fruits de la méditation que j’ai eu la joie de déployer l’après-midi.
Nous avons aussi médité en évoquant des images comme manière d’entrer plus précisément en rapport à l’immobilité et Marie-Laurence et moi avons donné quelques pistes pour poursuivre le travail, chez soi et au sein de l’École occidentale de méditation.

Le tout accompagné des sourires, des questions et de la chaleur de tous les participants. 

Comment passer un plus beau dimanche ?

Marine Manouvrier
Bruxelles


Pour plus d'information sur l'École occidentale de méditation à Bruxelles c'est ici.

samedi 28 mai 2016

Le plaisir des pauses

Photo Pablo Guerra.
On participe à un stage de méditation pour apprendre à méditer, pour approfondir sa compréhension des enseignements, pour poser des questions aux intervenants, pour faire ajuster sa posture... 

Et puis à un moment arrive la pause thé... 

Et là, tout le cœur à l'ouvrage que nous avons mis à méditer sur le coussin ou sur la chaise, tout le sérieux dont nous avons fait preuve, la patience que nous avons sagement développée.. tout cela retombe comme une fine pluie de gouttelettes et laisse place à une étonnante ouverture aux autres. 

A chaque pause-thé, je suis surprise par l'ouverture des visages, des regards, des sourires, la saine curiosité qui nous pousse vers l'autre, cette envie de rencontrer, de découvrir... 

Cette fraîcheur  - qui est un beau fruit de ces moments de pratique - nous invite à voir les autres avec des yeux tout neufs : nous percevons mieux les expressions, les paroles, les gestes, tout devient plus aimable, plus réel et plus honnête aussi. 

Plus la peine de faire semblant, de tenir une posture sociale, juste le plaisir de partager une tasse de thé, un conseil de lecture, une expérience de pratique. 

Cela fait partie du bonheur des stages et des journées de méditation : redonner un autre goût, subtil, tendre, délicat, à chaque moment partagé ensemble.


Marie-Laurence Cattoire
Paris

vendredi 29 avril 2016

Enfer, ou paradis ?

Dans le tram, une dame s’énerve au téléphone, lançant des paroles blessantes à un interlocuteur invisible et malchanceux.  Autour d’elle, tout le monde se rétracte; les visages se durcissent, les dos se raidissent et je sens  le poison de l’agressivité faire son oeuvre et contaminer les coeurs. L’enfer.

A la caisse d’un grand magasin d’alimentation, plusieurs personnes attendent leur tour avec impatience. Pas tant pour en avoir fini au plus vite avec la corvée des courses, mais pour arriver enfin vers une caissière qui reçoit chaque client comme si c’était un ami.  Elle  donne juste ce qu’il faut de temps, d’attention et de gentillesse pour que chacun reparte détendu, avec le sourire au lèvre. Le paradis.

Ce matin, j’ouvre grand la fenêtre avant de pratiquer. Le bruit irritant des voitures alterne avec le chant des oiseaux. J’aimerais tellement n’entendre que le chant des oiseaux ! Ce serait le paradis… Mais au bout d’un moment, la pratique fait son oeuvre : le bruit des voitures, le chant des oiseaux prennent place dans un espace vaste et accueillant. 
Le vrai Paradis, il est là, c’est cet espace où peuvent vivre ensemble les voitures et les oiseaux. Les dames énervées et les aimables caissières.

Dominique Sauthier
Athènes, juillet 2015

mardi 5 avril 2016

Le rire du torrent

Il fait un temps de rêve, je suis bien accompagnée et je marche dans un paysage grandiose. Beaucoup de bonnes raisons pour être bien là et apprécier ce beau moment ! 
Mais  des préoccupations obscurcissent mon esprit, et je ne vois rien de ce qui m’entoure. Vainement j’essaie de chasser les préoccupations; elles reviennent, tenaces, et je m’en veux de ne pas réussir à être présente au paysage, à la montagne, aux prés fleuris annonciateurs de printemps. 
Je vois alors la lutte que je mène contre moi-même et la situation absurde dans laquelle je me suis enfermée.  Je ris de moi-même et  ça s’ouvre, je vois les choses comme elles sont : une promenade en montagne agrémentée de préoccupations. 
Tel est mon présent, et il est bien ainsi. 
Je me sens alors en paix, et j’entends le torrent qui dévale la pente dans un grand rire…jusqu’à la prochaine pensée.

Dominique Santhier
Genève

vendredi 8 janvier 2016

Un sourire se dessine

« Parfois, parce que vous êtes heureux vous souriez. Mais parfois aussi, parce que vous souriez, vous êtes heureux. »
Thich Nhat Hanh 


Grâce à la pratique de la méditation nous découvrons un sens d’amitié profond pour nous-même : nous arrêtons de nous en vouloir, les pensées ne sont plus vues comme des ennemies, nous savons que nous sommes plus vaste que nos seuls événements mentaux. 


L’inquiétude, le ressentiment, le jeu de nos projections s’arrête.


De là peut apparaître un grand soulagement, une détente véritable, celle de savoir que nous sommes bons comme nous sommes.

Alors un sourire se dessine.
Et nous sentons que la joie est là, à portée de nos lèvres.

Marie-Laurence Cattoire
Paris