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jeudi 29 juin 2017

Semeur d’espérance

À la veille des séminaires d’été de l’École occidentale de méditation, je ne résiste pas à la joie de vous dire quelques mots du Semeur de Van Gogh, qui nous est venu d’Amsterdam au Musée d’Orsay pendant plusieurs mois.

Un séminaire, c’est au sens propre du mot, que l’on doit arracher à la connotation un peu snob que notre monde a fini par lui imprimer, un lieu où l’on sème quelque chose, autrement dit, où l’on confie la semence à des forces qui ne nous appartiennent pas, et sans assurance que leur pouvoir l’amènera à éclosion. 

Tel est, dans son humble sainteté Le semeur de Van Gogh. Dos au soleil couchant et auréolé de sa lumière, il jette de sa grosse main droite, agrandie de la générosité de son geste ample, les germes qu’il remet à la terre, qui œuvrera ensuite pour lui. C’est le soir, le champ qu’il ensemence est brun, et celui qu’il avoisine est bleu, presque violet, le ciel est vert comme la vie, et un arbre, à peine déjà agrémenté de quelques feuilles ou de quelques fleurs, laisse échapper une fine brindille, qui semble se nourrir de la lumière du soleil rayonnant qui inonde le tableau. La brindille semble sertie dans le soleil et s’en abreuver comme à une source. L’arbre sépare en deux parties inégales le tableau, et à droite du tronc, on voit, ou plutôt on devine, au loin, toutes petites, des maisons qui doivent héberger d’autres hommes et desquelles, peut-être, est venu le semeur.

Ensemençant le champ, le paysan œuvre pour d’autres dont on aperçoit la présence dans la vaste campagne. Le visage du semeur n’est pas identifiable sous sa casquette de paysan, et il est tourné vers sa main. Il est davantage main que visage, tout entier absorbé par sa mission essentielle de cultivateur : L’homme nourricier confie les graines du pain à venir à la terre nourricière. La lumière est radieuse avant que la terre ne s’abandonne à la nuit. On ne voit pas les pieds du semeur, mais on sait qu’il avance, penché en avant, tenant de la main gauche le sac d’où il tire le grain, et de la droite le lançant à la volée de telle façon qu’on en perçoit la trace, un moment dessinée dans la lumière du soir. Le grain est confié à l’obscur de la terre, et bientôt, à l’obscur de la nuit.

Ce tableau fait partie de ceux qui disent en toute simplicité, la vérité de l’habitation de la terre par l’homme. Bien sûr, on objectera que tous les hommes ne sont pas paysans, et que de plus, ceux qui le sont encore ne le sont plus de cette manière. Aujourd’hui, de grosses machines ensemencent des milliers d’hectares en quelques heures, et les terres sont bien souvent inondées d’engrais destinés à ce que les récoltent soient plus prolifiques : comme à nous, on en demande toujours plus à la terre. À strictement parler, il n’y a plus de semeur. 

Pourtant, ce n’est pas un plaisir nostalgique qui nous touche et nous concerne à travers ce tableau. Évidemment, quelque chose nous étreint le cœur du fait que, même si l’on soupçonne la dureté du travail de la terre, on devine que quelque chose du sens de l’habitation pourrait bien, désormais, être perdu : la capacité de s’en remettre à la terre, mais aussi à quoi que ce soit d’autre qu’à soi-même.
Or, si ce tableau me touche, c’est qu’il me parle de cette aptitude à faire tout ce qu’on a à faire, mais pas davantage, à voir que nous sommes portés, que les fruits de notre travail ne dépendent plus de nous, après que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, lequel pouvoir se limite bien souvent à lâcher, comme le semeur, des grains d’espérance qui viendront peut-être à éclosion sans autre intervention de notre part. Après ce travail, les choses travaillent sans nous. Ce tableau nous parle de la possibilité de ne pas tout vérifier ! Ou plutôt de la possibilité de ne pas chercher à tout vérifier, puisque nous nous épuisons fatalement en vain, lorsque nous entreprenons de vérifier les conséquences de nos actions. 

Le semeur ne se retourne pas. Il avance et laisse derrière lui la terre œuvrer pour lui. Mais pas seulement, ni même principalement pour lui. Il y a dans son geste toute l’incertitude de l’espérance. Sans doute ce semeur marche-t-il comme Van Gogh qui continua à avancer sans la moindre assurance (lui qui ne vendit qu’un seul tableau !) non pas du « succès », car si cela avait été son « objectif », il aurait choisi une manière de peindre plus conventionnelle, mais tout simplement de la destination de ses propres recherches. Car il partit à l’aventure sans la moindre assurance d’une quelconque reconnaissance, et sans savoir où le mènerait son expérience. 

Pourtant, il ne faut surtout pas réduire Le semeur à l’expression plaintive d’un poète qui se sentirait maudit, même s’il fit aussi cette expérience-là. Non, le tableau n’est pas plaintif, il est somptueux ! Somptueux comme l’action juste qui avance sans se retourner pour vérifier l’effet qu’elle produit.
Bref, vous l’aurez compris, le tableau de Van Gogh nous parle de ce à quoi nous convie la méditation, mais aussi probablement le bouddhisme ! N’oublions pas d’ailleurs que Van Gogh fut un grand admirateur de la peinture japonaise. Dans Le semeur, cette influence-là n’est pas absente. Le Bouddha prenait la terre à témoin et la méditation nous invite à nous poser, entre ciel et terre, à ne rien faire et, ce faisant, à retrouver le sens de l’acte juste. 

Puisse Van Gogh, à la veille de cet été riche en séminaires divers, nous guider sur la voie d’espérance, c’est-à-dire d’incertitude, qui seule peut ouvrir des possibles insoupçonnables par avance. Retrouvons nous cet été, sans nous demander ce qui pourra bien advenir de nos rencontres ! L’existence de ces rencontres est déjà en elle-même un fruit inestimable et qui aurait été inimaginable voici quelques années. 

Danielle Moyse
Chennevières

samedi 24 juin 2017

"S’accorder au rythme de la vie"

Impression V - Kandinsky
C’est pleine de joie que je reviens du stage Confiance enseigné avec tendresse et courage par Marie-Laurence Cattoire et Yves Dallavalle.

Parmi les trésors offerts avec tant de générosité pendant ces journées riches et intenses,  quelques perles vont briller encore longtemps. 

L’une d’entre elle brille en ce moment d’un éclat plus soutenu, elle parle du rythme de la vie

« S’accorder au rythme de la vie" est une phrase déjà entendue, une de ces phrases qu’on aime bien garder dans son coffre à trésors où ses mots évocateurs ouvrent sur une promesse. 

Qu’est-ce au juste, le rythme de la vie ?  

Avec précision et acuité, Marie-Laurence a donné de la chair à cette phrase un peu nébuleuse quand on reste dans la fascination qu’elle exerce, fascination pour un rythme qu’on imagine celui de la ronde des sphères célestes, rêvé et gardé par paresse dans une confortable inaccessibilité. 

En réalité, « S’accorder au rythme de la vie » c’est beau et simple comme bonjour. C’est juste coïncider exactement, précisément,  avec ce qui se passe à chaque instant, coïncider avec chacune des manifestations de la vie ici maintenant, sans le moindre écart. Danse rapprochée. Un avion  passe, un avion passe. Un rais de soleil, un rais de soleil. Une douleur, une douleur. Une inquiétude, une inquiétude. Un serrement de coeur, un serrement de coeur. 

Coïncider exactement avec le ballet des multiples manifestations de la vie, suivre leur apparition et leur disparition, leur durée ou leur soudaineté, leur densité ou leur légèreté,  la façon dont elles se répondent ou s’entrechoquent, leur intensité ou leur ténuité. Grâce à notre corps ouvert sur le monde par tous nos sens,  nous sommes déjà accordés au rythme de la vie, nous sommes déjà dans la danse. La méditation nous offre le luxe de nous laisser porter par le mouvement de cette danse et d’apprécier ces moments où « s’accorder au rythme de la vie » prennent chair et deviennent réalité.

Merci Marie-Laurence de nous avoir montré ce beau chemin de la confiance !

Dominique Sauthier
Genève

samedi 27 mai 2017

Devenir intime avec son cœur

Dimanche dernier à Bruxelles, nous avons présenté - Guillaume Vianin et moi - les trois pratiques transmises au sein de l’Ecole occidentale de méditation

Pleine présence, Confiance et Amour bienveillant.

« Entrer en amitié avec soi » était le thème de cette dernière pratique, en voici quelques mots.

Entrer en amitié avec soi, c’est entamer une danse lente et emplie de tact pour s’approcher avec égard de ce qui est le plus fragile en nous.

Entrer en amitié avec soi, c’est découvrir les rythmes, les élans, les vibrations, souvent insoupçonnés, de notre être.

Entrer en amitié avec soi, c’est devenir intime avec notre propre coeur.

... et ce détail de l’Embarquement pour Cythère de Watteau, signe de la tendresse.


Marine Manouvrier
Bruxelles

dimanche 7 mai 2017

Retrouver la bonté du quotidien

La méditation nous permet d'aborder la vie avec la plus grande curiosité.

Pas une curiosité mentale mais plutôt une curiosité des sens :

Comment ça fait ? Quel goût ça a ? De quelle couleur c’est ? De quelle intensité de couleur c’est ? Est-ce froid ? Chaud ? Froid par endroit et chaud ailleurs ?
Nous apprenons à développer de la précision pour toutes les sensations. Et cette précision est mère de la douceur.

Voici comment le dit merveilleusement Chögyam Trungpa dans Shambhala, la voie sacrée du guerrier :
« Le son n’a pas de limites, pas plus que la vue, le goûter, le toucher et les autres sensations n’ont de limites. Le domaine des sens est illimité, à tel point que la perception est en soi primordiale et impensable, qu’elle est au-delà de la pensée. Le nombre de perceptions est si grand que cela dépasse l’imagination. Il existe une quantité infinie de sons. Il y a des sons que nous n’avons jamais entendus, des formes et des couleurs que nous n’avons jamais vues et des sensations que nous n’avons jamais éprouvées. Les champs de la perception sont illimités. »

Les champs de la perception sont illimités et la méditation nous entraîne à les explorer, infatigablement, tel un aventurier plein d'allant. Découvrir ce monde de perceptions, le considérer avec respect, comme on le ferait d'une nouvelle contrée, nous invite à la délicatesse face à la vie de tous les jours.

Aborder la vie avec délicatesse c'est choisir de travailler l’ouverture plutôt que de foncer tête baissée.

C'est avoir de l'égard pour notre précieuse vie humaine.
Le fait d’être en vie, d’avoir un corps, de respirer est fondamentalement bon.
Et l’on peut toujours, à chaque instant se le rappeler. 

Apprécier la bonté de notre simple présence corporelle. 
Apprécier la bonté de notre souffle qui dit oui à la vie.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

Ce texte est extrait d'un enseignement du Stage 2 Entrer dans la Confiance qui aura lieu du 17 au 21 juin 2017 en Normandie.

mercredi 29 mars 2017

Méditer ou philosopher ?

Hadrien France-Lanord et Fabrice Midal, séminaire Éthique & Méditation.
En 2006, j'ai participé à mon premier séminaire de méditation co-enseigné par... un philosophe! Pas un philosophe qui vous explique que le Bouddhisme n'est pas une religion mais une philosophie, non, un philosophe occidental, qui nous dévoilait le monde Grec, Socrate, Aristote et Platon. Qui nous présentait le panthéon grec et le magnifique ouvrage de Walter Otto Les Dieux de la Grèce

Pour moi qui avais fait des études scientifiques ce fût un choc ! Inscrite là pour apprendre à méditer, j'ai de surcroît découvert comment apprendre à penser. Je ne parle pas tant de penser de manière intellectuelle ou conceptuelle, mais plutôt de voir le monde en ayant conscience du prisme que notre héritage occidental installe dans nos esprits. 

J'ai découvert aussi comment le monde grec a pensé la pure présence, la pleine présence que nous travaillons dans la méditation. Comment la philosophie occidentale établit son rapport à l'espace, au temps, au passé et à l'avenir... Des sujets éminemment passionnants qui m'ouvraient de nouvelles perspectives. 

Découvrir ainsi "mes" racines grecques a permis de m'ancrer plus solidement dans le monde.Être consciente d'où je viens me permet de comprendre où je vais et comment y aller.

Depuis, je ne manque plus aucun de ces séminaires organisés une fois par an. Ils forment un cercle vertueux : étudier la philosophie sur un séminaire de méditation donne de l'ampleur et de la profondeur à notre geste méditatif. Et méditer dispose à une ouverture d'esprit parfaite pour écouter pleinement la parole philosophique.

La philosophie est une manière d’essayer de comprendre comment habiter notre monde. Or cela résonne avec l’invitation de la méditation : trouver sa place sur cette terre et l’habiter pleinement.
Il faut dire que les philosophes que Fabrice Midal invite sont exceptionnels de pédagogie, de simplicité et d'humanité :  la force de ces séminaires est d’être absolument compréhensible par tous, que l’on aime la philosophie ou pas. Non parce que les enseignants vulgarisent le propos et “abaissent le niveau” mais parce que leur seul souci est de parler avec simplicité de notre existence et de ce qui peut nous libérer.

Le prochain séminaire, intitulé Comment habiter le monde en poète ? commence le 10 avril et sera co-enseigné par Fabrice Midal, qui parlera de la culture, et par le philosophe Hadrien France-Lanord. S'il reste des places je ne peux que vous recommander de vous inscrire, c'est une expérience étonnante qui risque de changer votre regard sur le monde.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

vendredi 17 mars 2017

Le courage c’est avoir du cœur

Il n’est pas besoin de suivre un cours en 10 leçons pour avoir du courage. Vous en avez fait l’épreuve, déjà, en pratiquant la méditation. Il y a quelque chose d’héroïque dans la pratique de la méditation : oser ne rien faire et examiner sur le champ ce qui survient. Avoir le courage de regarder ce qui est et ne pas éviter l’expérience, et puis  la laisser pour ce qu’elle est.

Courage est un mot qui fait un peu peur car il est souvent utilisé pour des actes qui sont grandioses, extraordinaires, ou à propos de personnalités hors du commun. Cela impressionne beaucoup mais en fait ce n’est pas cela, pas cela du tout.

Le courage n’est pas une bravoure ou une témérité aveugle, le courage c’est avoir du cœur. Nous ne l’entendons plus si bien en français mais le coeurage c’est être à l’écoute intime de ce que le cœur dit. C’est avoir le cœur réveillé.

Le pratiquant s’entraîne ainsi à ne pas porter d’armure, à ne pas se protéger des autres et du monde. Il y est de plain-pied, dans le monde. Et en œuvrant avec courage, il éveille le courage par où il passe. C’est tout simple, lorsque nous rencontrons quelqu’un de très courageux, cela éveille le courage en nous, n’avez-vous pas vous aussi fait un jour cette expérience?

Apprendre à explorer ses peurs et ses doutes, c’est apprendre à ne pas se couper d’une part de notre humanité. Pour notre temps, celui des marchands d’illusions où les garants de la vérité s’effondrent et où la peur de la peur monte les hommes contre les hommes, il est essentiel d’apprendre à ne plus avoir peur de l’entièreté de notre expérience.

Marine Manouvrier
Bruxelles

NB cet enseignement est extrait des Stages de Confiance organisés par l'École. Pour en savoir plus.

mardi 14 mars 2017

La précision est mère de la douceur.

La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'était en 2005, à l'occasion d'une réunion de préparation d'un week-end de méditation. 

Certains bénévoles s'inquiétaient d'être trop stressés ou trop brusques avec les participants, impressionnés par la tâche qui leur était confiée. Tous n'aspiraient qu'à une chose sans savoir comment faire : être le plus accueillant possible, de la plus grande douceur possible.

Fabrice Midal a répondu alors "la précision est mère de la douceur". 

Cette phrase m'a percutée en plein cœur. Jusque là je savais que je pouvais faire preuve de précision, j'étais même connue pour ça. Mais j'avais peur de ne jamais savoir être douce. 
Qu'il soit ainsi possible de faire le lien entre les deux m'a ouvert une voie que depuis j'explore dans ma vie, dans mon travail, dans ma pratique.

Par exemple j'ai enfin compris qu'il est très important d’aborder la méditation sans se culpabiliser, sans brutalité, sans en faire une obligation de plus. Mais plutôt de la regarder comme une expérience humaine, profonde, fondamentale. 

Pour cela, il est s'agit de bien établir sa pratique, avec précision et douceur. 
C'est pourquoi dans les stages nous passons tant de temps à expliquer en détails la méditation, la posture, le souffle, l'esprit, les émotions...

Et comment habiter son corps avec douceur ?


Ce n'est pas parce que nous restons immobile que nous n’entrons pas en rapport au corps. Au contraire ! Ce rapport est peut-être plus évident à comprendre lorsque l'on bouge, que l'on danse ou que l'on se promène. Et pourtant la méditation est un espace intime et profond de rencontre avec le corps. 

Une rencontre de la plus grande douceur. 

Car cette immobilité nous montre précisément combien nous sommes vivant, elle dévoile un espace rare dans lequel nous pouvons apprécier d’être un être corporel et vivant. Méditer est très physique, c’est une expérience pleine de sensations, qui nous invite à pendre le plus grand soin de ces sensations  la vue, l’ouïe, l’air sur notre peau, les tensions, les douleurs, les battements de notre cœur, notre souffle... 

Ainsi, au fil des ans, la précision que j'aiguise grâce à la méditation m'apprend à accueillir les choses et le monde avec davantage de douceur.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

mercredi 8 mars 2017

L’aspiration, lieu de la discipline véritable

Qu’est-ce qui nous meut, nous fait lever le matin, nous habiller, nous assoir sur le coussin ? 
Notre aspiration. 

C’est un bien grand mot qui recouvre un horizon qui peut sembler trop vaste à saisir, et pourtant …

L’aspiration est ce souffle qui nous traverse et nous élève, ce souffle qui nous fait aspirer au plus grand que nous, ce quelque chose au creux de notre cœur qui nous dit que quelque chose d’absolument bon et sain est possible dans ce monde.

Lorsque nous entrons dans un rapport d’intimité avec notre aspiration, c’est un peu comme si nous tissions l’entièreté de notre existence avec son fil d’or. Au point que lorsque nous dévions de notre route, cela en devient douloureux, voir même insupportable.

Nous revenons alors à ce que dit notre cœur et nous apprenons doucement à cultiver une fidélité par rapport à notre aspiration. Naît alors une discipline qui est tout sauf une nouvelle injonction, une discipline qui nous fait - par exemple - nous assoir sur le coussin, non pas comme un geste d’habitude, mais comme la reconnaissance à neuf de la voie de transformation qu’est la méditation. 

Et ainsi : s’habiller, décorer sa maison, manger, faire les courses, tel dossier… Tous ces gestes quotidiens, souvent perçus comme usant, répétitifs, déprimant deviennent très réels quand ils sont pris dans cette perspective. Nous ne flottons plus d’une chose à l’autre mais celles-ci sont reliées entre elles par le fil de notre aspiration véritable. Cela nous libère de l’automatique, du conditionné, du découragement, de cette lourde fatigue d’être. C’est dire OUI ! à la vie.

La méditation, c’est cet entraînement à revenir à la source de notre aspiration. Nous y goûtons ce que c’est qu’être vivant, réel. Et nous pouvons y revenir, encore et encore. 

Au fond, c’est être fidèle à ce qui était déjà là dans notre cœur, tout simplement.

Marine Manouvrier
Bruxelles

Extrait d’un enseignement du stage Entrer dans la Confiance
février 2017

mercredi 22 février 2017

Entrer dans la confiance

Pour la première fois, l'École occidentale vient d'organiser un stage « Entrer dans la confiance » que j'ai eu la chance de diriger avec Clarisse Gardet. 

De retour chez moi, l’envie m’est venue de partager ce poème de Antonio Machado.

« La nuit dernière, tandis que je dormais, j’ai rêvé – merveilleuse erreur ! –

qu’il y avait une ruche ici, à l’intérieur de mon cœur,

et que les abeilles dorées fabriquaient de blanches alvéoles et du miel sucré

à partir de mes erreurs passées »

Ce poème pointe l’œuvrement de la pratique en nous.
Car s’assoir, prendre le temps de poser tout son être,
ne pas se ruer dans la posture, laisser tout ce qui est là être là,
et s’y relier, c’est fabriquer le miel du sucré de son existence.

Marine Manouvrier 
Bruxelles

mercredi 1 février 2017

Aimer est un chemin.

« Puissé-je me sentir en sécurité »
« Puissé-je être heureux »
« Puissé-je être en bonne santé »
« Puissé-je vivre à l’abri des problèmes et des difficultés »

Ces phrases sont tirées du livre de Sharon Salzberg « L’amour qui guérit ».
Pendant les pratiques d’amour bienveillant on s’appuie sur des mots ou des images pour faire naître un sentiment de bonté et d’amour. 

On commence les pratiques en s’adressant à soi. 

Cela peut paraître assez égoïste de se souhaiter d’être heureux. Dans notre culture on a tendance à penser qu’il faudrait d’abord penser aux autres. Il y a là quelque chose d’étonnant, voire même de désarmant. C’est bien là un des effets de ces phrases dont je découvre tous les jours la profondeur. Elles me désarment !  Je me rends compte aussi à quel point quand je passe de « puissé-je être heureux » à « puissions-nous être heureux » ou « puissent tous les êtres être heureux », il n’y a pas tant de différence que ça. Si je faisais l’impasse sur le souhait initial de m’adresser des paroles bienveillantes, le reste de la pratique serait artificiel, alors qu’en suivant cette première instruction je me sens  d’emblée un être humain en lien avec les autres. 

Par ailleurs c’est assez désarçonnant de se souhaiter simplement d’être heureux. Ce serait plus facile de souhaiter avoir un gâteau au chocolat ou faire une conquête amoureuse. Prononcer ces mots nous permet de nous mettre en contact avec notre vrai désir.

On peut  aussi trouver ces phrases un peu naïves, un peu « gnangnan ». Alors que les guerres font rage partout dans le monde et que tant de gens, proches ou lointains, sont malheureux, nous nous souhaitons le meilleur ainsi qu’à tous les êtres. C’est presque de la provocation. Cela va à l’encontre de ce que nous croyons habituellement. 

Quand j’étais adolescent je pensais que pour être en lien avec le monde il fallait que je fasse quelque chose de concret, travailler dans l’humanitaire ou dans le domaine social et je croyais que le lien avec les autres viendrait naturellement de ce travail. J’avais fait quelques tentatives avec des associations à but social, mais c’était au fond forcé et mon engagement n’avait pas duré. Je mettais la charrue avant les bœufs! Je crois aujourd’hui que pour entreprendre une action sociale ou humanitaire juste il faudrait déjà avoir un sentiment profond de lien avec les autres. 

Les pratiques de bienveillance aimante telles qu’elles sont enseignées dans l’école lors des soirées du jeudi à Paris ou pendant les stages court-circuitent nos idées reçues sur l’amour. Elles nous font découvrir qu’il ne sert à rien d’en parler de façon théorique ou abstraite mais que chacun peut en faire très concrètement l’expérience. 

Elles nous montrent que nous sommes tous capables d’aimer, que l’amour s’apprend, qu’aimer est un chemin et non pas un don du ciel que certains auraient, d’autres pas.

Xavier Ripoche

dimanche 1 janvier 2017

La concentration ? Mais non, l'attention !


Je remarque souvent les fruits de la méditation quand je me promène dans la nature. L’attention aux détails, sans rien perdre de la qualité de l’ensemble de la situation, me surprend.


Tout ce qui croise mon regard a une saveur particulière. J’ai terminé hier le livre de Willy Ronis, Ce jour-là, qui reprend une série de ses plus belles photos et je me dis que la qualité de l’attention du photographe est formidable. D’emblée, il voit les liens entre les choses, les rapports qui font qu’il y a harmonie. Il y a quelque chose de cela dans les promenades post-méditatives.


Alors quand j’entends dire que la méditation améliore la concentration, je m’interroge car  lorsque nous sommes concentrés sur un travail, tout ce qui n’est pas lui disparaît. C’est un processus de focalisation qui est à l’œuvre, le monde alentour est gommé.

Rien de tout cela dans la pratique de la méditation, tout du contraire même : la pratique de la pleine présence rend le lien entre le réel et nous beaucoup plus amplement vivant.


Et, pour le plaisir, cette photo tirée du livre avec cet enfant attentif au tableau.
 
Marine Manouvrier
Bruxelles

samedi 19 novembre 2016

Une petite brèche dans notre bavardage mental

Je me souviens d’un grand restaurant en pleine nature où assis à table on pouvait contempler le paysage sauvage et au loin les montagnes de l’Ardèche. 

Tout concourait à créer une atmosphère particulière : la disposition de la table, la décoration, le ballet des personnes qui faisaient le service, la qualité de la nourriture, la musique. 

Je revois encore les assiettes artistiquement préparées qui nous étaient servies. 
La couleur et la saveur des aliments étaient en accord avec le paysage environnant. 
C’était une expérience pleine qui éveillait les sens et qui disposait à une ouverture au monde. 

Pourtant, apprécier une telle situation demande une certaine disposition d’esprit. On peut très bien aller manger dans un grand restaurant et passer à côté de l’expérience qui est proposée. On peut être préoccupé par un problème personnel et ne pas parvenir à être pleinement présent. On peut chercher à critiquer tel ou tel point, vouloir évaluer la qualité des aliments ou du service ou penser que cela coûte décidément bien cher. 

D’une certaine façon il y a un effort à faire ou plutôt un non-effort puisqu’il s’agit plutôt de se détendre dans l’expérience. 

Je vois un peu un stage ou un séminaire de méditation comme un repas dans un grand restaurant. 
De la même façon, l’apprécier demande une certaine disposition. 
Des personnes préparent le lieu, le décorent, ordonnent l’espace pour qu’il contribue à nous faire entrer dans une expérience. Les intervenants nous font goûter des enseignement ayant des saveurs nouvelles. 

Pour autant, être en mesure d’apprécier pleinement ce qui est offert demande de notre part un petit quelque chose, un état de réceptivité, un « non-effort », une détente, une petite brèche dans notre bavardage mental, ce petit rien qui est là, juste avant l’envie d’évaluer l’expérience, juste avant de penser « j’aime » ou «  je n’aime pas ».

Xavier Ripoche
Paris

mardi 25 octobre 2016

Garage

Photo William Eggleston.
Adolescent, j’ai fait un apprentissage dans un garage pour devenir mécanicien.
J’ai toujours apprécié « bricoler » et je voulais faire un travail pratique et concret, plonger mes mains dans le moteur, changer les pièces endommagées, trouver le problème et le réparer !
Voilà l’idée que j’avais en commençant à travailler à 14 ans...
 
Or j’ai très vite réalisé qu’avant de toucher un moteur, mon travail consisterait essentiellement à nettoyer les voitures, le garage, les outils etc.
Je passais la plupart de mes journées à passer l’aspirateur dans les voitures. C’était une tâche simple, parfois ennuyante et souvent, je trouvais le temps long.
Toutefois, à force de faire ce travail, jour après jour, je me souviens que je n’ai pas cessé de faire des découvertes...
 
Tout d’abord, j’avais remarqué que si je faisais vraiment attention à ce que je faisais, en étant présent à mes gestes, en faisant attention à ma manière de laver les vitres des voitures par exemple, plutôt que de le faire machinalement en espérant que la fin de journée arriverait rapidement, le temps passait plus vite !
Non seulement le temps semblait plus court, mais ce travail rébarbatif devenait un peu plus “intéressant”. En étant juste avec ce que je faisais, attentif à manière d’aspirer la saleté, cela changeait mon rapport au travail. J’explorais également toutes les différentes manières de nettoyer les vitres, de polir le tableau de bord, j’essayais de trouver comment bien le faire, avec soin et rapidité.
 
Aussi, j’avais découvert que si je faisais ce que je faisais avec cœur, en pensant aux personnes qui viendraient chercher leur voiture le soir et qui allaient sûrement être contentes de la retrouver toute propre, cela me donnait une joie supplémentaire à la tache et l’envie de m’appliquer davantage.
C’était des découvertes toutes simples mais je me souviens avoir trouvé cela vraiment génial. Au fil des mois un travail qui m’avait semblé au premier abord ennuyeux s’était transformé et était devenu un moyen de donner de ma personne...
 
Bien des années plus tard, en rencontrant la pratique de la méditation, j’ai été émerveillé de voir que mes découvertes en nettoyant des voitures sont profondément en rapport avec tout ce que nous découvrons sur le coussin et que même, la pratique est un chemin pour leur donner encore plus d’ampleur !
Je trouve toujours tellement merveilleux de voir comment la méditation n’est pas séparé de la vie de tous les jours, comment elle éclaire la vérité du travail et aide chacun à donner le meilleur de soi-même dans tout ce qu’il fait... 

Guillaume Vianin
Neuchatel

Guillaume enseignera sur le prochain stage de découverte de la Pleine présence en Savoie.

vendredi 21 octobre 2016

La vertu des stages

Notre École a donné fin septembre son tout premier stage d’Amour bienveillant. Nous étions 40 réunis dans la jolie campagne normande d’Aubry-le-Panthou pour découvrir et approfondir un ensemble de pratiques précieuses et essentielles et pour retrouver un lien à notre cœur, à nos proches et au monde. 

Voici quelques témoignages touchants qui reflètent l’atmosphère très particulière aussi bien que le travail de fond que nous avons partagés :

    « Une plongée dans de l’océan du cœur » Jean-Marc
    « Un travail de pionniers » Annette
    « Il y a une telle précision dans les réponses à chacune des questions que nous nous posons quand nous abordons ces pratiques » Nell
    « J’ai l’impression d’avoir trouvé le chemin de mon cœur » Laure
    « Je sens une grande gratitude en recevant toutes ces pratiques… La manière de les présenter est tellement simple et lumineuse » Boris
    « Le cadre affectueux de l’École me permet de faire l’expérience de la Bienveillance malgré les difficultés. Et mon lien aux autres s’en trouve renforcé. » Valérie

Les conditions étaient idéales pour donner naissance à cette grande première et chacune, chacun peut témoigner d’une expérience importante. 


Les pratiques d’Amour bienveillant recèlent de grandes possibilités de transformation et sont la voie royale pour entrer en amitié avec soi. La bienveillance est au cœur de tous les enseignements transmis dans l'École. Pourquoi ? Peut-être parce ce qu'elle sauvera le monde de la brutalité ordinaire dans laquelle il s'engouffre chaque jour un peu plus... 
Qui n'a pas rêvé enfant ou adolescent de "sauver le monde" ? 
Et si l'on pouvait commencer par soi, par entrer en amitié avec soi, par prendre soin de ceux qui nous entourent qu'ils soient amis ou étrangers ?

La bienveillance est également au cœur  de la Pleine présence telle qu'elle est apprise dans l'École. "Bienveillance et Pleine présence sont les deux ailes du même oiseau" aime à rappeler Fabrice Midal.

Cette délicatesse, ce soin avec lequel nous pouvons aborder la pratique, voilà où réside la bienveillance, toujours accessible pour peu qu'on lui donne droit.

Marie-Laurence Cattoire
Paris 

Pour en savoir plus sur les stages organisés par l'École occidentale de méditation

jeudi 20 octobre 2016

Une étrange plénitude

Lisant hier la dernière Newsletter de l'Ecole consacrée à la pleine présence, ce qualificatif de pleine m'a arrêté. La présence on sait ce que c'est : être – ni plus ni moins – à soi et au monde.
 
On sait aussi la présence des choses (quand elles sont des choses justement et non des objets). Et combien tout ce qui abrite la vie est d'autant plus présent – les plantes, les animaux, les hommes.
 
Mais pour le promeneur, combien étrange sur son chemin la variable qualité de cette présence. Une lumière vient frapper obliquement un vase bien ordinaire – et celui-ci se met à embraser la pièce entière. Un chat se dresse par la pointe des oreilles vers un bruit insolite – le voici doublement lui-même.
 
N'est-ce pas cela aussi que suggère ce mot de pleine appliqué à la présence : qu'il en existe divers degrés – de la quasi évanescence au parfait déploiement de l'être. Les humains arpentent particulièrement cette gamme. Parfois tellement effacés qu'on les dirait comme doués d'absence – si peu eux-mêmes – et par là si loin des autres. D'autres fois si pleins de vie – habités presque à notre insu par une densité qui nous échappe et coule d'elle-même comme une rivière dans le pays. 

Étrange encore comme les pays abritent la présence. Je pense bien sûr à ce massif des Bauges, jadis traversé, et où se déroule le prochain stage de novembre. Me reviennent sous les pas les pierriers sifflant de vipères au pied de ses hautes falaises. Les trésors sonores véhiculés par ses torrents jusqu'aux grands lacs de silence qui bordent ses remparts. C'est dans son mystère qu'une montagne vous garde. Celui-ci est un mystère à ciel ouvert. Sa clef (s'il m'est ici permis de révéler un secret) est dans ses nuages. Nuages au fond des lacs – et de là à l'assaut des pentes vers les cols – pour gagner leurs célestes champs.
 
C'est peut-être cela qui fait du promeneur un méditant : cet accord au pays, révélant combien se travaille la plénitude de la présence. S'asseoir comme une montagne, goûter la vie comme elle se présente et apprendre à la laisser rayonner.
 
Étrange enfin que nous puissions, par la méditation, cultiver ensemble cette assise, comme nous y invite ces stages. En quelques jours, donner droit à cette commune présence – comme si la méditation, abritée le reste du temps dans la pratique de chacun, soudainement découverte au grand jour, pouvait se déployer entièrement dans ce partage.

Yves Dallavalle
Chapendu

lundi 12 septembre 2016

La désobstruction du cœur

Pendant longtemps la pratique de l’Amour bienveillant me crispait au plus haut point, je la trouvais un brin naïve mais surtout je n’y arrivais pas.
 

Sans doute parce que je désespérais d’arriver à entrer pleinement en rapport avec cette chose dans le creux de ma poitrine, le cœur.
J’avais beau suivre les instructions à la lettre, rien de rien.
 

Puis, un jour, une phrase énoncée pendant la pratique par Fabrice Midal m’a indiqué un chemin.
"Voir qu’il est difficile de se relier à son cœur est déjà une modalité de rapport à son cœur."


Cette phrase m’a détendue, au fond il n’y avait rien à réussir, juste accueillir ce qui est, tel qu’il est.
A partir de ce jour, j’ai pu donner droit à cette modalité-là, mais aussi à d’autres qui sont doucement apparues.
Il me fallait prendre le temps d’apprivoiser ce qui m’est à la fois le plus caché et le plus propre.


Au fond, la désobstruction du cœur était à l’œuvre depuis la première pratique même si je ne le voyais pas.


Marine Manouvrier
Bruxelles


Le tout premier stage de l'École pour découvrir et pratiquer l'Amour bienveillant sera donné du 27 septembre au 2 octobre prochains, en Normandie. Ouvert à tous ceux qui ont déjà suivi un stage de Pleine présence. Renseignements ici.

mercredi 31 août 2016

L'espoir de s'évader de la souffrance

Chögyam Trungpa
Combien de temps passons nous à nous dire « si j’étais comme ceci ou si j’avais cela, je serais heureuse, si j’étais à tel endroit, dans telle condition je souffrirais moins… » Les « si » sont innombrables. 

Nous savons que ce n’est pas vrai mais malgré ce « savoir » une petite voix persiste, elle veut nous donner l’espoir qu’on peut s’évader de la souffrance

En 1973, aux Etats-Unis, à la question d’un étudiant pensant que la souffrance était aujourd’hui bien moindre qu’au temps du Bouddha, Chögyam Trungpa répondit : “ Nous ne parlons pas tant de la douleur physique que de cette chose en nous qui crée la souffrance, qui est la souffrance. C’est un phénomène universel, toujours contemporain. Aucune technologie ne produira le bonheur. Tandis que nous tenterons de produire du bonheur au moyen de la technologie, cette chose nous harcèlera sans trêve. Aussi le bouddhisme est-il complètement actuel... Il en va de même lorsque nous disons à un enfant :  ‘ Les brûleurs de la cuisine sont d’une belle couleur rouge-orangé, mais si tu mets le doigt dessus, tu vas te brûler.’  Le bouddhisme est aussi simple que ça. ”

Généralement, c’est l’expérience de la souffrance qui nous amène à participer à un séminaire, à un stage, à écouter des enseignements. 

Ce sont des occasions formidables de voir la situation de plus près, c’est stimulant, c’est soulageant.

Et pourtant les enseignements ne nous donnent aucunement l'espoir de changer... Seulement ils nous offrent l’intelligence d'entrer en relation avec la souffrance.

Tout change alors.

Elisabeth Larivière
Paris

lundi 9 mai 2016

La bienveillance, invitée d’honneur.

Lumière dorée sur le stupa, en Normandie.
La bienveillance a été l’invitée d’honneur lors du dernier stage de l’Ecole qui s’est clôt le 28 avril dernier. D’abord discrète, elle s’est progressivement montrée comme une belle évidence. Elle était là, dans la disposition souriante des participants à tenter pleinement l’aventure, aventure dont l’exigence a réveillé le courage et montré la nécessité d’une douceur accrue envers soi.  Elle a tissé d’un fil d’or les enseignements, montrant que la pratique de la méditation, quand on lâche enfin les exigences que nous nous imposons pour un bien ou un mieux idéalisé ouvre un espace de clarté et de chaleur où nous nous sentons pleinement vivants, comme réconciliés, « contemporains de soi-même » comme le dit Rilke. Et finalement, nous avons ensemble déployé la bienveillance dans toute sa puissance pour baigner le monde entier de sa lumière dorée.
Que cette lumière dorée, que cette bienveillance puisse continuer à adoucir notre regard, attendrir nos coeurs et amener toujours davantage de paix et d’amour dans nos vies et autour de nous.

Dominique Sauthier
Genève

mardi 29 mars 2016

Ensemble, explorer la méditation

Lors du dernier stage de méditation organisé par l’Ecole en Normandie, j’ai été particulièrement frappé par le rôle insoupçonné que joue l’ensemble des participants dans l’exploration de la pratique.
Il peut sembler au premier abord que le fait de pratiquer à plusieurs n’est pas si important – comme la méditation nous permet d’entrer en rapport à soi, on pourrait penser que le faire seul ou le faire à plusieurs ne change rien. Et pourtant, le dernier stage m’a à nouveau fait découvrir un espace où pratiquer ensemble devient une profonde ressource ainsi que la source de nombreuses découvertes.
 
Pratiquer en groupe durant plusieurs jours c’est d’abord partager une aventure commune. On découvre une manière d’être ensemble tout à fait inhabituelle dans un silence qui nous garde et nous relie les uns aux autres.
 
Au fil des jours, on sent que l’on n’est pas seul à rencontrer des difficultés, que tous, nous traversons des moments plus tempétueux et cela donne le courage de continuer. Le groupe rend l’expérience de la pratique plus réelle, aide à ne pas s’enfermer en soi. 

Pratiquer dans ces conditions montre bien que la méditation ne peut être réduite à une expérience vécue dans son intériorité. Au contraire, parce qu’on est tous ensemble, en silence, on reconnaît mieux cet accord presque imperceptible qui nous relie aux autres et au monde. 

Guillaume Vianin
Neuchâtel

lundi 21 mars 2016

Méditer c’est d’abord, juste s’asseoir

Trouver son assise : ajustement de posture pendant un stage.
Cet enseignement élémentaire m’échappe souvent.

C’est pourtant le plus simple, mais comme le rappelle souvent Fabrice Midal : « le plus simple est souvent le plus difficile ».  
C’est profondément vrai ici. Le fait de ne rien avoir à réaliser, ni à construire, est un véritable défi pour notre temps. Nous sommes tellement conditionnés à penser notre existence dans le prisme du multitasking* qu’il semble impossible de ne faire qu’une seule chose à la fois : juste s’asseoir.

C’est simple mais tellement profond. Il ne faut alors pas entendre le simple comme l’absence de complication : le simple c’est mettre les conditions pour toucher ce qui est essentiel, toucher ce qui nourri le profondeur de notre existence.
Juste s’asseoir, c’est nourrir la profondeur de notre existence.
Il n’est donc pas question ici de s’asseoir pour ne plus être débout mais de s’asseoir au sens d’avoir une assise, de trouver son assise. 

On voit en français comment cette expression « il a une bonne assise » désigne un être qui dégage une forme de confiance, il est bien établi dans sa vie, dans son existence. C’est très littéral et ce n’est pas un hasard si quelqu’un est bien assis.

Commencer par avoir une bonne assise c’est donc l’ingrédient initial de la confiance et de la dignité d’être.

Mathieu Brégegère
Paris

* Terme anglophone désignant le fait de pratiquer plusieurs activités en même temps et plus précisément d’utiliser plusieurs moyens de communication de manière simultanée.