lundi 18 janvier 2016

La bonté primordiale

Par ce propos, Chögyam Trungpa nous réaccorde avec le positionnement originel du Bouddha qui a tellement bouleversé les catégories de pensées de son époque : il existe en nous une bonté primordiale, un potentiel de réalisation ; ce potentiel est là, en chacun de nous.
Ce potentiel de bonté n’est jamais acquis, ni saisissable une fois pour toute mais il est possible de lui donner droit ; c’est le possible de l’humanité et le chemin spirituel est une façon de s’y souscrire pour l’éveiller pleinement.
Cette perspective de me mettre sérieusement au travail pour éveiller ce potentiel de réalisation, pour sentir comment cette bonté pourrait guider ma façon d’être au quotidien, a transformé le regard que je porte sur le monde.
Je vois aujourd’hui plus clairement la beauté et la bonté simple du monde : ses couleurs, ses tonalités, sa musique…
Et comme le précise Trungpa dans ce même ouvrage « nous avons vraiment le pouvoir de nous guérir de la dépression si nous reconnaissons que le monde est bon. »
Mathieu Brégegère
Paris

samedi 16 janvier 2016

Homo faber

Homo faber – le Fabriquant. C'est ainsi que l'homme moderne (blanc, mâle... normal quoi !) a rétroactivement baptisé son ancêtre universel – façon de se réclamer d'une lignée d'industriels.
Assis sur mon coussin, je m'interroge (au lieu de suivre mon souffle).
Ne rien vouloir changer, ni le corps ni les événements mentaux, mais simplement les habiter – est-ce possible ? Ou bien suis-je, par atavisme, condamné à fabriquer tout rapport ? A 'bodybuilder' ce monde à force de concepts ?
Quand les outils ordinaires visent à transformer, la méditation propose ne pas faire. Il y a là comme un parfum de scandale pour homo faber, l'agité du bocal.
Et pourtant si ne-pas-faire, bien loin d'une régression, était la meilleure façon de commencer ? Vous avez une journée chargée : commencez par ne rien faire ! Vous ne savez pas comment vous en sortir ? Asseyez-vous là où vous êtes ! La ligne de conduite de la méditation semble assez déraisonnable pour être honnête.
Où mène-t-elle, s'inquiète en moi le technicien ?
Ici.
Bizarre.
Oui, et c'est peut-être cela d'abord qui est fui. Le bizarre de l'ici. Cette vie qui, dès qu'on l'écoute, contredit la fabrication continuelle. C'est effrayant l'ici. Cette faille qui ne sait que s'agrandir et nous rendre si petits.
Faille au bout du souffle – c'est à dire à son départ aussi.
Yves Dallavalle
Chapendu

jeudi 14 janvier 2016

S’examiner soi-même

Faire l’expérience concrète de cet enseignement pour penser notre propre existence est une radicale mise en abîme, les repères que nous nous épuisons à rendre plus solide chaque jour disparaissent aussitôt…
Que faire à partir de cette compréhension de la réalité ? Devenir nihiliste ? Jouir de l’instant sans se soucier des conséquences pour demain ?
Trungpa propose tout simplement de cultiver l’attention par la pratique de la méditation, de « s’examiner soi-même, de scruter les choses nous-mêmes et de passer outre les opinions reçues et aux conclusions du soi-disant sens commun » (Trungpa, méditation et action, Edition Fayard, 1972, p. 13), Cette proposition de Trungpa est elle-même déconcertante : qu’est que ce « soi-même » si le « je » n’existe pas ?
Derrière la dissolution du « je », il n’y a justement pas rien mais une ouverture : la possibilité de donner droit à la « boddhi » ou « esprit d’éveil ». Cet esprit d’éveil est d’une infinie tendresse. Libéré des idées préconçues, nous n’avons plus peur, nous pouvons enfin être nous-mêmes, s’accepter telle que l’on est. Nous devenons alors profondément bon pour nous-mêmes mais aussi pour les autres. 

Mathieu Brégegère
Paris

mardi 12 janvier 2016

Toucher un sens de paix

Je trouve cette citation de Thomas Merton particulièrement inspirante, donnant une indication précieuse sur comment mener son existence dans une perspective éveillée. Elle évite les égarements dans lequel peut nous conduire une entente naïve de ce terme de paix.
La pratique de la méditation ouvre un chemin dont le direction emprunte est la même que celle proposée par Thomas Merton.
Autrement dit, le sens de paix touché en expérimentant la pratique de la méditation ne se traduit pas par une absence de troubles, de conflits, de tensions, de douleurs, de souffrances mais par une capacité à soutenir un rapport de liberté à ces phénomènes lorsqu’ils adviennent dans notre quotidien.
Ce serait un leurre de penser qu’atteindre la paix serait un d’état d’être pouvant se préserver de la souffrance du monde : c’est un idéalisme immature qui a souvent conduit les hommes à justifier les plus terribles des guerres.

Mathieu Brégegère
Paris

dimanche 10 janvier 2016

La méditation ne change pas la réalité mais le rapport à la réalité

Ce propos de Sharon Salzberg en apparence simpliste n’en est pas moins un enseignement profond. La pratique de la méditation n’est pas le nouveau remède miracle pouvant faire disparaître tous nos maux. Les maux sont toujours là mais toute la différence est que nous apprenons à les accepter, pour vivre avec. Nous devenons véritablement courageux.

Fabrice Midal préface son ouvrage Apprentissage de la méditation. Comment vivre dans la plénitude et il estime que celui-ci  "réussit à unir la pratique de l’attention, la régulation de nos émotions et le souci de cultiver bienveillance et affection. " 
Lier aussi directement ces trois éléments est primordial selon lui.
Ce livre, infiniment pédagogique, est une invitation à la pratique de nombreux exercices pour laisser entrer le souffle vivifiant de la méditation au cœur de sa vie quotidienne.

Mathieu Brégegère
Paris

samedi 9 janvier 2016

Présent vivant

Invitée par un ami à relire un passage de Siloé de Paul Gadenne, je ne résiste pas à vous l'offrir en partage:
"La vie, la joie, le bonheur même, toutes ces choses mystérieuses, si fermées, étaient là ouvertes devant lui; et elles étaient résumées dans ces deux mots: être là... A quoi bon désormais aller plus loin, à quoi bon chercher autre chose, puisqu'il avait acquis cette certitude d'être là, qu'aucune autre forme de vie, en aucun autre temps, n'aurait pu lui donner davantage? ... Cette certitude, ce sentiment de la présence de l'être à lui-même, n'était-ce pas justement cela, la vie ?"
 

En pratiquant la méditation je m'entraîne à être là, en distinguant sans relâche l'absence de la présence. L'ennui, la fatigue, l'agitation me traversent mais, courageusement, je marque ce contraste, encore et encore.
Petit à petit la méditation m'amène à reconnaître cette présence vive et à en goûter entièrement la texture. J'en fais l'expérience sur le coussin mais aussi en post-méditation.
Quand au petit matin d'automne la Lune et - tout près d'elle - Vénus tardent à nous quitter, j'arrête le pas de course, je respire et le monde me dit comme il est vivant.

Marine Manouvrier
Bruxelles

vendredi 8 janvier 2016

Un sourire se dessine

« Parfois, parce que vous êtes heureux vous souriez. Mais parfois aussi, parce que vous souriez, vous êtes heureux. »
Thich Nhat Hanh 


Grâce à la pratique de la méditation nous découvrons un sens d’amitié profond pour nous-même : nous arrêtons de nous en vouloir, les pensées ne sont plus vues comme des ennemies, nous savons que nous sommes plus vaste que nos seuls événements mentaux. 


L’inquiétude, le ressentiment, le jeu de nos projections s’arrête.


De là peut apparaître un grand soulagement, une détente véritable, celle de savoir que nous sommes bons comme nous sommes.

Alors un sourire se dessine.
Et nous sentons que la joie est là, à portée de nos lèvres.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

lundi 4 janvier 2016

Improbable instant de joie

Mon dernier trajet en tramway m’a offert un cadeau inattendu. Un passager est entré dans le tram en chaise-roulante. Tout tordu dans son fauteuil, tressautant de mouvements incontrôlés, maigre et le crâne rasé, il fait peine à voir. 
Je me dis que son existence ne doit pas être bien facile. 
A un moment donné, sa tête se tourne dans ma direction et je peux voir un beau regard bleu. Puis l'homme manoeuvre sa chaise électrique, s’approche  de la porte, et se met à siffloter un petit air joyeux en attendant le prochain arrêt. Toute la lourdeur de la situation s’envole, la gaieté de cet homme est communicative, et je sens un vent de joie légère parcourir le tram et toucher tous les passagers. 
Je reçois ce vent de gaieté comme un cadeau espiègle, un rappel que des jambes pour marcher ne garantissent pas notre bonheur. 
Pour se sentir vivant, il faut se donner le temps de célébrer la vie; méditer,  juste être assis en silence, goûter notre présence corporelle, sentir le mouvement de notre respiration, c’est une célébration de la vie qui, quels que soient nos douleurs et nos soucis, peut nous donner un joie profonde.

Dominique Sauthier
Genève

dimanche 3 janvier 2016

La confiance

Voici une petite citation, petite en taille mais immense dans son message.

« Oh ! Comme j’aimerais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens ! …C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour. »
Thérèse de Lisieux


Marine Manouvrier
Bruxelles

L'art de vivre seul

Ne poursuivez pas le passé
Ne vous perdez pas dans le futur.
Le passé n’est plus.
Le futur n’est pas encore.
Regardez attentivement la vie maintenant.
Le pratiquant demeure stable et libre.
Soyons diligents aujourd’hui, demain il sera trop tard.
La mort vient sans prévenir,
et l’on ne marchande pas avec la mort.
Qui sait demeurer nuit et jour dans la présence attentive est appelé par le Bouddha:
“Celui qui connaît l’art de vivre seul.”
Sutra du Bouddha

Et cette photo prise à Genève en novembre dernier, la brèche vive de la pratique.

Rien ne sert de s’appesantir sur la manque de champ à droite et à gauche, le manque de champ en bas et en haut.
Juste y être, là où cela s'ouvre.

Marine Manouvrier
Bruxelles